Israël n’arrivera pas à imposer un accord

Entretien avec Ali Jarbawi, lundi 10 mars 2008

Israël doit choisir ce qu’ il veut vraiment : arriver à un accord poli­tique avec les Pales­ti­niens ou imposer son propre accord. Si Israël veut imposer un accord, après tout, c’est lui la force occu­pante, et c’est fort pos­sible qu’il arrive à imposer cer­taines choses aux Pales­ti­niens. Mais il ne pourra pas imposer l’adhésion à un tel accord.

Bit­ter­lemons : L’Autorité Pales­ti­nienne clame haut et fort qu’elle a réussi à res­taurer l’ordre à Naplouse et à convaincre les com­bat­tants de déposer les armes. Pensez-​​vous que c’est une réussite significative ?

Jarbawi : C’est un important succès sur le plan domes­tique pour les Pales­ti­niens – pour la sécurité et la sta­bilité de la Palestine. Les Israé­liens ont tout fait pour trans­former la Cis­jor­danie en une suc­cession de cantons séparés les uns des autres. Le projet pour­suivi était de « découper » chaque canton et de lui donner son auto­nomie. Ce qui se passait à Naplouse ren­forçait le projet israélien et confortait son objectif de miner toute autorité cen­trale palestinienne.

Que la police pales­ti­nienne soit déployée à Naplouse et que le calme règne dans les rues, cela démontre que l’autorité cen­trale en Cis­jor­danie contrôle la situation. Cela montre également que la Cis­jor­danie est un ter­ri­toire indivisé, et que malgré les bar­rages rou­tiers et les obs­tacles, la poli­tique israé­lienne visant à découper la Cis­jor­danie en cantons n’arrive pas à ses fins. Si on lui en laisse la pos­si­bilité, l’Autorité Pales­ti­nienne peut fonc­tionner – et même bien fonctionner.

bit­ter­lemons : Peut-​​on rai­son­na­blement exiger de l’Autorité Pales­ti­nienne d’être intrai­table sur les ques­tions de sécurité dans les cir­cons­tances actuelles ?

Jarbawi : Naplouse en est un bel exemple : en dépit des entraves et des obs­tacles qu’elle ren­contre, l’Autorité Pales­ti­nienne peut fonc­tionner. Mais Israël ne veut pas d’une Autorité Pales­ti­nienne qui fonc­tionne. Israël ne veut pas aider ce gou­ver­nement. Au contraire, Israël prospère sur les conflits internes pales­ti­niens et sur les situa­tions de non-​​droit. Israël n’agit pas comme elle le devrait si elle voulait réel­lement arriver à un accord poli­tique. Elle n’aide pas l’Autorité Pales­ti­nienne à contrôler la Cis­jor­danie et préfère voir la Cis­jor­danie divisée.

bit­ter­lemons : En l’absence de toute action d’Israël pour geler les nou­velles implan­ta­tions de colonies, tout par­ti­cu­liè­rement à Jéru­salem, ou pour déman­teler les avant-​​postes, pour combien de temps le calme peut-​​il régner en Cisjordanie ?

Jarbawi : Pour arriver à un accord, il faut la coopé­ration de la com­mu­nauté inter­na­tionale, de l’Autorité Pales­ti­nienne et d’Israël. Entre les Israé­liens et nous, ce doit être un dia­logue entre deux inter­lo­cu­teurs. Mais les Israé­liens ne veulent que d’un dia­logue à sens unique. Israël exige la sécurité avant de remplir le moindre de ses engagements.

Cette approche n’a jamais fonc­tionné par le passé et ne fonc­tionnera jamais. Les Pales­ti­niens n’accepteront pas que leurs terres soient confis­quées, que les colonies conti­nuent à se construire, que les bar­rages rou­tiers per­sistent ou qu’on les empêche de déve­lopper leur économie pendant encore long­temps. Israël doit prendre cela en compte. Il ne peut pas avoir le beurre et l’argent du beurre. Israël doit choisir ce qu’ il veut vraiment : arriver à un accord poli­tique avec les Pales­ti­niens ou imposer son propre accord. Si Israël veut imposer un accord, après tout, c’est lui la force occu­pante, et c’est fort pos­sible qu’il arrive à imposer cer­taines choses aux Pales­ti­niens. Mais il ne pourra pas imposer l’adhésion à un tel accord.

Les deux parties doivent remplir leur part du contrat simul­ta­nément. Le passé montre qu’on n’arrivera à rien si l’on ne répond pas aux demandes de base des Pales­ti­niens. Israël ne peut pas espérer vivre en sécurité tant que les Pales­ti­niens ne vivent pas en sécurité, ce qui se pourrait se tra­duire par un accord poli­tique qui garan­tirait les demandes de base des Pales­ti­niens, une solution à deux états pour tous les ter­ri­toires occupés, etc…

bit­ter­lemons : L’Autorité Pales­ti­nienne ne contrôle pas la Bande de Gaza et Israël peut tou­jours dire qu’à Gaza, la vio­lence continue. Comment régler ce problème ?

Jarbawi : Israël a fait la même chose avec Arafat, en le cloî­trant dans son QG de Ramallah tout en l’accusant d’être res­pon­sable de la moindre escar­mouche dans les ter­ri­toires occupés. Je ne pense pas qu’on arrivera à un accord global si Israël n’accepte pas les termes de l’accord d’Oslo. Celui-​​ci considère la Cis­jor­danie et la Bande de Gaza comme une seule et même entité géo­gra­phique. C’est pourquoi Oslo faisait allusion à un passage ter­ri­torial entre les deux zones. Ce passage est indis­pen­sable si Israël veut aboutir à un accord. Israël ne peut pas séparer ces deux zones tout en espérant en même temps qu’une autorité pales­ti­nienne cen­trale contrôle les deux.

Il ne peut pas y avoir d’accord sans trêve. Mais cette trêve ne peut pas être imposée uni­quement aux Pales­ti­niens. Si Israël est inté­ressé, une trêve peut être négociée. Le Pré­sident Mahmoud Abbas a déjà réussi par le passé à mettre en place un cessez-​​le-​​feu uni­la­téral du côté pales­tinien, mais Israël n’y a pas pris part, a continué ses incur­sions et ses assas­sinats, ce qui a au bout du compte pré­cipité l’échec du cessez-​​le feu.

Si Israël veut aller vers une solution à deux états telle que l’envisagent les Amé­ri­cains, cela doit se faire en concer­tation. Israël doit faire sa part de chemin et les Pales­ti­niens également. Israël ne peut pas s’attendre à ce que les Pales­ti­niens ne résistent pas à l’occupation alors qu’il continue à tuer tous les jours