Israël mobilise la Grèce et le sud de l’Europe face aux critiques de Bruxelles

Grâce à ses liens privilégiés avec Athènes, plusieurs pays des Balkans ainsi que Chypre, l’Etat hébreu est parvenu à atténuer les positions de l’UE contre la colonisation.

Cyrille Louis, Le Figaro, jeudi 28 janvier 2016

Les dirigeants israéliens, confrontés aux critiques récurrentes de Bruxelles, cherchent la parade. Après que plusieurs capitales européennes ont récemment haussé le ton contre l’occupation de la Cisjordanie et de Jérusalem-Est, ils s’emploient à constituer une sorte de ligne défensive sur le rivage sud du continent. La Grèce, dont le premier ministre et une partie du gouvernement ont effectué mercredi une visite à Jérusalem, s’est dévouée pour en établir les contreforts. La perspective d’être associée à la commercialisation des gigantesques réserves gazières découvertes au fond de la Méditerranée semble avoir convaincu cet Etat traditionnellement favorable aux Palestiniens d’infléchir sa politique au bénéfice de l’Etat hébreu.

Symbole d’un rapprochement amorcé dès la fin des années 2000, Benyamin Nétanyahou et Alexis Tsipras doivent se rendre ce jeudi à Nicosie afin d’y évoquer avec le président chypriote leurs projets de coopération énergétique. Ils prévoient également d’intensifier leur partenariat en matière de renseignement et de lutte antiterroriste, ainsi que dans le domaine militaire. Depuis la brusque détérioration de ses relations diplomatiques avec la Turquie en 2010, l’Etat hébreu partage avec la Grèce et Chypre une vive défiance envers Ankara. « Leurs intérêts sont liés dans bien des domaines, souligne Oded Eran, ancien ambassadeur d’Israël auprès de l’UE et chercheur à l’Institut d’études pour la sécurité nationale, si bien qu’Israël cherche à en tirer profit pour défendre ses intérêts ».

Athènes rompt le consensus

Cette convergence de vues s’est matérialisée de façon spectaculaire, lundi 18 janvier, lors du Conseil européen des Affaires étrangères. Les ministres des 27, réunis pour l’occasion à Bruxelles, s’apprêtaient à adopter une déclaration commune sur le conflit israélo-palestinien lorsqu’Athènes a brusquement fait voler le consensus en éclat. « A la surprise générale, le ministre grec s’est mis à réclamer la suppression de tous les passages susceptibles d’embarrasser Israël », relate un diplomate européen informé de ces débats. Selon le quotidien israélien Haaretz, ce travail de sape a été conduit à la demande de Benyamin Nétanyahou, qui aurait par ailleurs prié Chypre, la Roumanie, la Bulgarie et la Hongrie de s’y associer. « Pour la première fois, nous avons clairement vu un front totalement aligné sur les positions israéliennes se constituer en notre sein », poursuit le diplomate, qui déplore la « fadeur » du texte finalement adopté par les ministres.

Consternation côté palestinien

Les dirigeants palestiniens, qui voyaient encore récemment Athènes et Nicosie comme deux alliés indéfectibles, peinent à masquer leur consternation - et la gratitude exprimée après que le parlement grec a reconnu l’Etat de Palestine ne semble plus qu’un lointain souvenir. « La perspective de gains économiques à court terme ne devrait pas conduire à mettre en péril l’amitié profonde et précieuse qui unit ces deux pays à la Palestine », estime Nabil Shaath, en charge des questions de politique étrangère au sein du parti du président Mahmoud Abbas. Sous couvert de l’anonymat, un autre responsable palestinien rappelle que l’OLP s’est toujours opposée à la reconnaissance, par les organisations arabes et islamiques, de la souveraineté turque sur la partie nord de Chypre. « Nous le ferons peut-être, désormais, avec un peu moins d’enthousiasme », grince-t-il. Le ministère grec des Affaires étrangères, à l’évidence embarrassé, affirme pour sa part que la position de son pays sur le conflit palestinien demeure « inchangée » et se dit « disposé à fournir ses bons office en tant que médiateur honnête, à la fois partenaire d’Israël et ami de longue date du peuple palestinien », pour un règlement du conflit.