Israël : isolement, quel isolement ?

Dans cet article, Alain Gresh s’interroge sur le réel isolement d’Israël sur la scène internationale. Alors qu’une majorité d’Etats a reconnu l’Etat palestinien, Israël a néanmoins réussi à déconnecter ses relations bilatérales du conflit, et Israël n’a jamais eu dans son histoire une activité diplomatique aussi intense.

Alain Gresh - blog Nouvelles d’Orient, mardi 11 octobre 2011

Il est toujours facile de prendre ses désirs pour la réalité et de penser que le gouvernement d’Israël est désormais isolé, faible, sans alliés extérieurs. Il est vrai qu’une majorité d’Etats a reconnu la Palestine, et c’est positif. Mais, déjà en 1988, cela avait été le cas quand le Conseil national palestinien avait annoncé la création d’un Etat.

L’un des grands succès de la politique internationale des gouvernements israéliens successifs est d’avoir réussi à déconnecter leurs relations bilatérales du conflit : malgré la politique d’occupation et de rejet des résolutions de l’ONU, Israël est devenu un Etat comme les autres, avec lequel l’Europe (mais pas seulement) développe des relations denses qui, qu’on le veuille ou non, renforcent son intransigeance.

Dans une tribune publiée dans le Jerusalem Post du 9 octobre, « Isolation ? What isolation ? », Danny Ayalon, le vice-ministre des affaires étrangères, explique que son gouvernement n’est pas isolé. Et il a des arguments. Même si le texte sert aussi à des motifs de politique intérieure – montrer que son gouvernement n’est pas plus isolé que les gouvernements israéliens précédents (ce qui est vrai) –, il est intéressant dans son argumentation.

« Depuis des décennies, les demandes palestiniennes à l’ONU ont obtenu une majorité écrasante, quel que soit leur caractère faux ou provocateur. Pour la première fois, et cela est sans précédent, les dirigeants palestiniens ont entendu de forts messages de critique, voire de rejet. » Et il ajoute que le fait que les demandes palestiniennes de reconnaissance à l’ONU n’aient pas reçu d’approbation est « presque sans précédent et devrait être noté ».

Mais le constat va au-delà, affirme le ministre. Jamais dans l’histoire Israël n’a eu autant de représentations diplomatiques ; jamais les officiels israéliens n’ont été autant invités ; jamais Israël n’a eu autant d’occasions de faire comprendre sa politique.

« Deux exemples notables de ces succès sont la récente acceptation d’Israël dans l’Organisation de coopération et de développement économique (OCDE) et l’Organisation européenne de recherche nucléaire (CERN). »

« L’intensification de notre coopération trilatérale avec des partenaires comme l’Allemagne, le Canada et l’Italie dans les pays en voie de développement permet des bénéfices réels pour ces peuples et a aidé à redéfinir Israël comme un partenaire important dans des domaines comme la lutte contre la désertification, la gestion de l’eau ou les techniques agricoles modernes. »

« En 2009, nous avons tenu la conférence Watec, qui a été très appréciée. Il y a quelques mois, nous avons reçu la conférence des femmes dirigeantes dans les domaines de la science, de la technologie et de l’innovation, à laquelle ont participé des femmes de toute la planète, et notamment la secrétaire générale adjointe de l’ONU, Asha-Rose Migiro, et la directrice Irina Bokova. »

Soulignant l’engagement de son pays aux Nations unies sur des sujets qui ne concernent ni le conflit, ni l’holocauste, le ministre note la multiplication des contacts bilatéraux, des réunions à haut niveau, des relations économiques, l’augmentation du commerce extérieur, etc.

« La plupart des problèmes que nous affrontons, poursuit-il, n’ont rien à voir avec le conflit sur la Palestine. »

« La détérioration de nos relations avec la Turquie a commencé bien avant que notre gouvernement n’entre en fonction. L’exemple le plus éclatant en a été l’humiliation publique infligée par le premier ministre Erdogan à Shimon Perès lors de la réunion de début 2009, alors qu’Israël était dirigé par l’un des gouvernements les plus “colombes” de son histoire. »

Le ministre ment ici avec cynisme. S’il est vrai que la détérioration des relations avec la Turquie a commencé avant l’arrivée du gouvernement Nétanyahou, c’est bien le caractère extrémiste du gouvernement israélien dirigé par Olmert (le plus « colombe » selon lui), qui venait d’écraser Gaza sous les bombes, qui a été à l’origine de l’incident cité.

« Le printemps arabe qui s’est étendu au Proche-Orient et en Afrique du Nord n’a aucun rapport avec Israël ou notre conflit avec les Palestiniens. Il est difficile d’en prévoir la suite, mais s’il aboutit à plus de liberté, de démocratie et de développement, cela profitera à toute la région. »

Là aussi, le ministre est loin de la vérité. Il sait très bien que des pays arabes plus démocratiques seront plus solidaires des Palestiniens, ce que l’exemple égyptien montre clairement.

En conclusion, Ayalon affirme :

« Israël est membre de plus de forums internationaux, participe à plus d’événements internationaux, signe et met en œuvre plus d’accords bilatéraux, et est mieux intégré dans les questions mondiales que jamais. Cela ne fait peut-être pas la Une des médias, mais c’est la base fondamentale pour le renforcement de notre statut international. »

Cette vision est bien sûr trop idyllique. Israël a perdu son allié turc, subit les conséquences des changements en Egypte, et est plus isolé dans l’opinion internationale. Mais il faut être clair : il a payé un prix très modeste pour son refus de négocier et, même par rapport à il y a dix ans, ses relations avec nombre de pays (Union européenne, Russie, Chine, etc.) se sont améliorées. Ne pas le comprendre, c’est ne pas comprendre pourquoi, dans le rapport de forces actuel, sans sanctions véritables, toute négociation israélo-palestinienne est vouée à l’échec.