Israël interdit l’entrée en Palestine à la cinéaste Anne­marie Jacir, dont le film fait partie de la sélection offi­cielle du Fes­tival de Cannes 2008

Right to Enter, dimanche 4 mai 2008

Offi­ciel­lement sélec­tionnée pour l’édition 2008 du Fes­tival de Cannes qui aura lieu le mois pro­chain, la cinéaste pales­ti­nienne, Anne­marie Jacir a été interdite d’entrée en Palestine le 30 avril dernier à la fron­tière jordanienne.

Elle se rendait chez elle, en Palestine, pour la pre­mière mon­diale de son nouveau film, "Le sel de la mer", qui est le premier long métrage d’une réa­li­sa­trice palestinienne.

Elle a été retenue à la fron­tière pendant six heures, ques­tionnée à maintes reprises, son télé­phone lui a été confisqué puis on lui a interdit l’entrée.

Deux agents du Ministère israélien de l’Intérieur ont escorté Anne­marie jusqu’au bus et elle a été ren­voyée en Jordanie.

Israël continue de refuser à des cen­taines de per­sonnes l’entrée à la Palestine, y compris à des cinéastes remar­quables comme Jacir, et ce en toute impunité.

Anne­marie, qui est ori­gi­naire de Cis­jor­danie, n’a pas été auto­risée à entrer en Palestine pendant neuf mois, ce qui signifie que cer­taines de ses der­nières prises de son film n’ont pas pu être tournées en Palestine et elle a dû les tourner dans un autre endroit, avec la coopé­ration des Français de Marseille.

Lire le récit d’Annemarie Jacir concernant son refus d’entrée :

" J’attendais cette semaine depuis des mois. Cela devait être l’un de mes moments les plus impor­tants - la pre­mière mon­diale de mon long métrage « milh hadha al-​​bahrï » (Le sel de la mer) en Palestine. La pre­mière devait avoir lieu dans le camp de réfugiés d’Amari à Ramallah. Les acteurs et l’équipe, les gens qui ont contribué à la pro­duction du film et ceux qui y ont cru devaient assister à la pro­jection en plein air du film et c’était une occasion de par­tager l’achèvement d’un projet qui a été le résultat de cinq ans de lutte.

Ce qui a rendu cet événement aussi spécial, c’est que cela devait être une grande fête pour nous : « Nous avions appris la nou­velle incroyable que le film avait été sélec­tionné pour le Fes­tival de Cannes en tant que sélection offi­cielle (du 14 au 25 Mai 2008)."

Comme vous le savez peut-​​être, les auto­rités israé­liennes ne m’ont pas auto­risée à revenir en Palestine depuis 9 mois maintenant.

En raison de cela, nous n’avons pas été en mesure de tourner la prin­cipale scène du film et pour finir, la scène a dû être tournée à Mar­seille, en France.

Mon avocat a tra­vaillé pendant huit mois sur la question de mon retour chez moi.

Ainsi, pour la pre­mière du film, j’ai reçu également une invi­tation du Consulat de France à Jéru­salem, qui a soutenu le film et de l’International Art Academy de Ramallah qui a copar­rainé le film. Je ne voulais rien de plus au monde que de revenir enfin en Palestine pour par­tager le film.

D’Amman, en Jor­danie, j’ai pris le bus pour le pont Allenby (Cheikh Hussein) afin de franchir la fron­tière jor­da­nienne et entrer en Cis­jor­danie. Je suis arrivé sur le pont à 10 heures du matin. Les Israé­liens m’ont détenu pendant six heures, période au cours de laquelle j’ai été interrogé environ cinq fois.

Au début, on m’a fait attendre dans la salle prin­cipale avec tout le monde. Au bout d’un certain temps, on m’a emmenée dans une autre pièce à l’arrière, séparée des autres, et j’ai a passé le reste du temps à attendre toute seule.

De temps en temps, des gens entraient et sor­taient, ils me posaient parfois des ques­tions, parfois ils ne fai­saient que passer. Ils m’ont confisqué mon téléphone.

Pour finir, ils m’ont emmenée une nou­velle fois dans la grande salle et ils m’ont demandé de m’asseoir et d’attendre. Au bout d’environ 20 minutes, une femme en uni­forme bleu (les autres por­taient un uni­forme dif­férent), est venue vers moi avec mon pas­seport à la main et quatre agents de sécurité der­rière elle.

Elle m’a remis mon pas­seport et a dit : « Le ministère israélien de l’Intérieur a refusé votre entrée. »

Je lui ai demandé s’il y avait un motif.

Elle a répondu : « Vous passez trop de temps ici. »

J’ai été ensuite expulsée : escortée par deux des agents à l’extérieur du ter­minal et mise dans un bus à des­ti­nation de la Jordanie.

"Je suis montée dans le bus. J’ai cru que mes jambes ne seraient pas assez fortes pour me porter."

Pour plus d’informations, contacter :

Annmarie Jacir : annemariejacir@​yahoo.​com

Keith Hammond – Comité Ecossais pour les Uni­ver­sités de Palestine : scot.​cam.​ac.​boycot@​googlemail.​com


Com­mu­niqué de Presse

Le film pales­tinien, le sel de la mer ( « milh hadha al Bahr"), réalisé par Anne­marie Jacir et avec en vedette Suheir Hammad et Saleh Bakri, a été accepté dans la "sélection offi­cielle" du Fes­tival de Cannes 2008.

Le Fes­tival de Cannes aura lieu en Mai 2008, qui est aussi le 60ème anni­ver­saire de la Nakba, le net­toyage eth­nique de la Palestine.

Le sel de la mer, le premier long métrage d’une réa­li­sa­trice pales­ti­nienne, raconte l’histoire de réfugiés de troi­sième géné­ration en quête de liberté et est une com­mé­mo­ration de la Nakba [1].

En Mai 1948, Israël a été déclaré "État juif" en dépit du fait que la majorité de la popu­lation autochtone était com­posée d’Arabes pales­ti­niens, de Chré­tiens et de Musulmans. Le diri­geant sio­niste, David Ben Gourion, mit en place le « Plan Dalet" afin de modifier la com­po­sition démo­gra­phique de la Palestine His­to­rique et garantir un contrôle phy­sique sur le territoire.

La suite est la dépos­session et l’expulsion de 780000 Pales­ti­niens de leurs maisons et de leurs terres (75% de la popu­lation). Plus de 530 vil­lages pales­ti­niens ont été dépeuplés et/​ou com­plè­tement rasés. Et l’une des plus grandes et plus anciennes popu­la­tions de réfugiés a été créée.

Avant Cannes, la pre­mière mon­diale du film sera pré­sentée dans le camp de réfugiés d’Amari à Ramallah en pré­sence de la réa­li­sa­trice sa pre­mière mon­diale et des prin­cipaux acteurs

Milh Hadha al-​​Bahr (Sel de la Mer) Palestine 2008 Réalisé par Anne­marie Jacir Produit par JBA Pro­duction 143" min.


[1] L’histoire :

Soraya, 28 ans, née et élevée à Brooklyn, décide de rentrer s’installer en Palestine, le pays d’où sa famille s’est exilée en 1948.

Dès son arrivée à Ramallah, Soraya cherche à récu­pérer l’argent de ses grand-​​​​parents gelé sur un compte à Jaffa mais elle se heurte au refus de la banque. Sa route croise celle d’Emad, un jeune Pales­tinien qui, au contraire d’elle, ne sou­haite qu’une chose, partir pour toujours.

Pour échapper aux contraintes liées à la situation du pays mais aussi pour gagner leur liberté, Soraya et Emad devront prendre leur destin en main quitte à trans­gresser les lois. Dans cette course à la vie, ils nous emmè­neront sur les traces de leur His­toire en Palestine perdue.