Israël et son image

Michel Warschawski, jeudi 11 mars 2010

Un an après les mas­sacres de Gaza, la Semaine contre l’apartheid israélien vise à attirer l’attention de l’opinion inter­na­tionale sur les dis­cri­mi­na­tions de l’état hébreu envers la Palestine.

Le mou­vement de soli­darité avec la Palestine orga­nisait, dans de nom­breux pays d’Europe et d’Amérique, à partir du 4 mars, une Semaine contre l’apartheid israélien : confé­rences et mani­fes­ta­tions visaient à mettre en évidence la dis­cri­mi­nation à l’encontre des Pales­ti­niens qui carac­térise le régime israélien. Certes, Israël n’est pas l’Afrique du Sud, ne serait-​​ce que parce qu’un million de Pales­ti­niens ont le droit de vote et une dizaine d’entre eux siègent au Par­lement. Pourtant, le régime israélien a plu­sieurs traités qui évoquent l’apartheid : la dis­cri­mi­nation entre citoyens juifs et non juifs qui est ins­crite dans la défi­nition même d’Israël comme Etat juif et dans de nom­breuses lois et pra­tiques gouvernementales.

Ensuite, dans l’existence de « Ban­toustans pales­ti­niens », zones auto­gérées par l’Autorité pales­ti­nienne, mais contrôlées par l’Etat hébreu. Comme en Afrique du Sud des der­nières décennies de l’apartheid, les Pales­ti­niens y ont leur admi­nis­tration et leurs forces de police, mais le pouvoir réel est aux mains d’Israël. Apar­theid comme phi­lo­sophie aussi puisque ce mot signifie en néer­landais « sépa­ration » et que celle-​​ci est au coeur de l’idéologie sio­niste domi­nante, et a sous-​​tendu la guerre de 1948 : pour le sio­nisme, Israël doit être un « Etat juif » dans un sens démo­gra­phique, c’est à dire un Etat de Juifs uni­quement, ou aussi uni­quement que possible.

Cette Semaine contre l’apartheid israélien a eu un réel écho, en par­ti­culier à cause de « l’effet Gaza » qui, un an après le mas­sacre, continue à sen­si­bi­liser l’opinion inter­na­tionale. Elle n’a pas non plus laissé indif­fé­rents Israël et ses amis : le Par­lement de l’Ontario au Canada, par exemple, a adopté une motion dénonçant cette ini­tiative ; plu­sieurs députés israé­liens ont demandé de retirer l’immunité par­le­men­taire au député arabe Jamal Zahalka et de l’inculper, ainsi que moi-​​même … pour tra­hison, pour avoir par­ticipé à cette cam­pagne internationale.

Paral­lè­lement, le gou­ver­nement de Tel-​​Aviv a décidé de lancer une contre-​​offensive et d’organiser des événe­ments visant à mettre en évidence la démo­cratie israé­lienne. Cette cam­pagne de pro­pa­gande n’a que peu d’effet, depuis que les opi­nions publiques ont été confrontées aux images du mas­sacre de Gaza. C’est ce qui peut expliquer pourquoi une partie de la classe poli­tique israé­lienne a pris la décision de renoncer à ce qu’elle appelle la « bataille inter­na­tionale sur l’image d’Israël ».

Pour le mou­vement de soli­darité, au contraire, cet état d’esprit cri­tique envers Israël offre l’occasion de donner un second souffle à la cam­pagne de BDS (Boycott, dés­in­ves­tis­sement, sanc­tions) qui mobilise des dizaines de mil­liers de per­sonnes sou­haitant se servir de la cam­pagne inter­na­tionale contre l’apartheid en Afrique du Sud comme modèle pour isoler le régime colonial israélien. Dans cette cam­pagne, la France a pris un retard certain, comparé aux pays anglo­saxons et scan­di­naves. Il est temps que le mou­vement de soli­darité avec la Palestine passe la vitesse supé­rieure et fasse de la cam­pagne BDS une priorité.