Talal Al Atrach, RFI, vendredi 25 avril 2008
Par l’intermédiaire de la Turquie, Israël et la Syrie discutent et négocient discrètement. Selon le journal syrien al-Watan, proche du gouvernement, le Premier ministre israélien Ehud Olmert serait prêt à accepter un retrait du plateau du Golan en échange de la paix. Toujours selon le journal, le Premier ministre turc Reccep Tayyip Erdogan aurait téléphoné en personne au président syrien Bachar al-Assad pour l’en informer.
Le Premier ministre turc, qui mène une médiation entre la Syrie et Israël, a transmis à Damas l’acceptation de son homologue israélien, Ehud Olmert, de rétrocéder à la Syrie l’intégralité du plateau du Golan, en échange de la paix. L’information est venue du journal syrien indépendant al-Watan, proche du pouvoir, qui cite des sources diplomatiques dans la capitale syrienne.
Dimanche dernier, le président syrien avait déclaré qu’une partie tierce amie oeuvrait en vue d’assurer les conditions nécessaires à la reprise des négociations syro-israéliennes. Il s’est toutefois engagé auprès des Syriens à rendre publique toute démarche en ce sens.
Si l’information est vraie, cela voudrait dire que l’exigence de Damas quant au retour intégral du Golan, condition sine qua non à toute nouvelle négociation, aurait été satisfaite. Pour la première fois depuis l’an 2000, la Syrie et Israël semblent décidés à s’engager dans la voie de la paix. Mais d’autre part, ce bouleversement suscite les analyses les plus controversées, car certains observateurs y voient une tentative israélo-américaine d’éloigner Damas de Téhéran en prévision d’une éventuelle attaque contre l’Iran.
Réactions israéliennes
« Un député du Likoud souligne que sans le Golan, Israël aura du mal à protéger le lac de Tibériade, le plus grand réservoir d’eau d’Israël. » [1]
Le 24 avril, après une déclaration de Olmert annonçant qu’Israël ne rendrait jamais le Golan [2] et niant toute discussion, la Syrie s’exprime :
La Syrie confirme la médiation turque pour un retrait israélien du Golan
Le président syrien, Bachar el-Assad confirme la médiation turque entre la Syrie et Israël, et donne le contenu du message transmis par Israël : « l’Etat hébreu est prêt à se retirer du plateau du Golan en échange d’un accord de paix ». L’affaire est jugée suffisamment sérieuse en Israël pour qu’une partie de la classe politique et de l’opinion commence à se mobiliser pour affirmer son refus de toute concession territoriale sur le plateau du Golan.
Le président syrien s’exprime dans une interview au quotidien El Watan, du Qatar, qui ne sera publié que dimanche dans son intégralité, mais dont on connait déjà des extraits.
Bachar el-Assad y confirme la médiation turque, entamée il y a tout juste un an en avril 2007 et il livre le contenu du message transmis par Israël : « l’Etat hébreu est prêt à se retirer du plateau du Golan en échange d’un accord de paix ».
La réaction israélienne à ces propos n’a rien d’un démenti : « Israël veut la paix et souhaite négocier. Nous savons ce que la Syrie attend et elle sait ce qu’Israël attend », explique en substance un porte-parole du ministère israélien des Affaires étrangères.
L’affaire est jugée suffisamment sérieuse en Israël pour qu’une partie de la classe politique et de l’opinion commence à se mobiliser pour affirmer son refus de toute concession territoriale sur le plateau du Golan.
Toute la question est aujourd’hui de savoir si les dirigeants israéliens envisagent un retrait partiel ou total du plateau du Golan conquis en 1967 et annexé en 1981.
C’est ce point crucial qui avait fait échouer en l’an 2000 des négociations très poussées entre Israël et la Syrie. [3]
Par ailleurs, un sondage publié en Israël le 25 avril insique que deux tiers des Israéliens sont opposés à un retrait intégral du Golan, selon l’Orient le Jour :
"Plus des deux tiers des Israéliens sont opposés à ce qu’Israël se retire de l’ensemble du plateau syrien du Golan conquis en juin 1967 en échange de la paix avec la Syrie, selon un sondage publié hier. 68 % des Israéliens sont opposés à ce qu’Israël se retire de « tout le Golan » contre 32 % en faveur, mais seulement 51 % sont opposés à un retrait partiel du Golan. Les autres 49 % d’Israéliens (juifs et arabes) sont prêts à céder le Golan, intégralement ou en partie, en échange de la paix. Par ailleurs, 74 % des Israéliens « ne croient pas que le président syrien Bachar el-Assad cherche sérieusement » à parvenir à la paix avec Israël, selon cette enquête d’opinion. Le sondage publié par le quotidien Yediot Aharonot a été réalisé par l’institut indépendant Dahaf, sur un échantillon représentatif de 500 Israéliens juifs et arabes, avec une marge d’erreur de 4,5 %." [4]
[1] RFI, Talal Al Atrach, correspondant à Damas
http://www.rfi.fr/actufr/articles/100/article_65384.asp
[2] voir le Monde Ehoud Olmert ne restituera pas le Golan à la Syrie
"Tant que j’occuperai les fonctions de premier ministre, le plateau du Golan demeurera entre nos mains car il est partie intégrante de l’Etat d’Israël", a déclaré Ehoud Olmert, le chef du gouvernement israélien. Ces propos, rapportés mardi 26 septembre dans la presse israélienne, mettent un terme au débat sur la relance des pourparlers de paix avec la Syrie, évoquée depuis l’entrée en vigueur, le 14 août, du cessez-le-feu au Liban. Le président palestinien, Mahmoud Abbas, doit se rendre "dans le courant de la semaine" à Gaza pour reprendre les discussions avec le premier ministre issu du Mouvement de résistance islamique (Hamas), Ismaïl Haniyeh, en vue de former un gouvernement d’union nationale Fatah-Hamas, a-t-on appris, lundi 25 septembre, auprès de la présidence.
"Nous voulons un gouvernement dont le programme sera satisfaisant pour les pays arabes et la communauté internationale", a déclaré Nabil Abou Roudeina, porte-parole de la présidence. Les négociations sur le gouvernement d’union ont été interrompues après les déclarations du Hamas refusant toute reconnaissance d’Israël - une des conditions exigées par la communauté internationale pour la reprise des aides financières.
Selon le Yedioth Ahronoth, des contacts secrets auraient même eu lieu, fin juillet, entre des représentants des deux pays afin de sonder les intentions de chacun et d’éviter une extension du conflit. A la fin de la guerre, il est apparu que la neutralisation du Hezbollah libanais et la cessation de son approvisionnement en armes via la Syrie passaient par la reprise des négociations avec Damas.
Côté syrien, le président Bachar Al-Assad a encore récemment qualifié Israël d’"ennemi" mais, dans un entretien, paru dimanche, au magazine allemand Spiegel, il a exprimé sa volonté de faire la paix avec son voisin. "Mes espoirs de paix peuvent changer, a-t-il prévenu. Et si ces espoirs disparaissent, la guerre peut devenir la seule solution."
Pour leur part, les dirigeants israéliens n’ont pas encore manifesté de réelles intentions de renouer le dialogue. Damas est considéré comme un Etat soutenant le terrorisme, en raison de son appui au Hezbollah mais aussi parce qu’il abrite les responsables politiques du Hamas et du Djihad islamique, deux organisations palestiniennes en lutte contre l’Etat juif. M. Olmert avait récemment estimé que la Syrie ne pouvait pas être "un partenaire" pour des négociations tant que le régime baasiste soutiendrait ces organisations.
La voie vers la paix entre les deux pays passe surtout par la rétrocession à la Syrie du plateau du Golan, occupé en 1967 et annexé en 1981 par Israël. La fin de l’occupation de ce territoire est considérée par Damas comme une question d’"honneur et de dignité". Avant la conférence de Madrid, à l’automne 1991, le président syrien de l’époque, Hafez Al-Assad, avait rappelé à James Baker, alors secrétaire d’Etat américain, "qu’en 1967, 130 000 civils ont été expulsés de 139 villages et que 16 000 Syriens vivent toujours sous domination israélienne".
Cette zone permet en outre le contrôle stratégique des eaux du Jourdain. Au début de 2000, des négociations avec le gouvernement d’Ehoud Barak avaient été sur le point d’aboutir. Le président américain Bill Clinton servait alors d’intermédiaire. Israël acceptait de rendre le Golan en échange d’un traité de paix, mais voulait conserver une bande de 400 à 500 mètres sur la rive nord-est du lac de Tibériade. Une rencontre eut lieu le 26 mars 2000 à Genève entre M. Clinton et Hafez Al-Assad. Le président syrien refusa catégoriquement l’offre et exigea un retour aux frontières de 1967. Malade, il décéda trois mois plus tard.
Michel Bôle-Richard LE MONDE | 26.09.06 | 14h33 • Mis à jour le 24.04.08 : http://www.lemonde.fr
[3] par RFI. Article publié le 24/04/2008 http://www.rfi.fr/actufr/articles/100/article_65435.asp
[4] http://www.lorient-lejour.com.lb/page.aspx?page=article& ;id=370736