Israël et la Turquie renouent après des années de brouille

Des négociations secrètes menées en Suisse ont abouti à une entente en vue de la normalisation des relations entre Israël et la Turquie.

La Croix, mardi 5 janvier 2016

L’assaut par l’armée israélienne contre un bateau turc en route pour Gaza, en mai 2010, avait ouvert une grave crise diplomatique entre les deux pays.

« Israël a besoin d’un pays comme la Turquie dans la région », a déclaré le président turc Recep Tayyip Erdogan dont les propos ont été publiés dans la presse turque samedi 2 janvier. « Nous devons également accepter (le fait) que nous avons besoin d’Israël. C’est une réalité dans la région », a-t-il ajouté. Rien ne s’opposera à la normalisation des relations entre les deux pays « si des mesures mutuelles sont appliquées sincèrement » a-t-il précisé.

Un tournant après cinq années de brouille

Ces propos marquent un tournant après cinq années de brouille entre les deux pays qui avait démarré après la mort de neuf Turcs, tués par l’armée israélienne lors de l’assaut que celle-ci avait menée contre le bateau turc Mavi Marmara qui tentait de briser le blocus de la bande de Gaza, le 31 mai 2010.

« Nous ne pardonnerons jamais », avait déclaré le président d’alors, Abdallah Gül, qui avait même parlé de « 11 septembre turc ». Déjà mises à mal par l’opération militaire israélienne « Plomb durci » dans la bande de Gaza en 2008-2009, les étroites relations entre les deux pays avaient été rompues.

Des négociations secrètes menées en Suisse

Mais des négociations entre les deux États ont été secrètement menées fin 2015 en Suisse. Selon des responsables israéliens, la Turquie et l’État hébreu se sont entendus sur une compensation des victimes du raid israélien en 2010, le retour des ambassadeurs dans les deux capitales, l’abandon des poursuites judiciaires engagées par la Turquie contre Israël et l’interdiction d’entrée sur le territoire turc de Salah al-Arouri, haut cadre du Hamas bien qu’Ankara n’ait jamais confirmé sa présence sur le sol turc.

Évoquant de possibles allégements du blocus sur la bande de Gaza, Recep Tayyip Erdogan a déclaré qu’Israël avait suggéré qu’il autoriserait le passage des biens et de matériel de construction s’ils venaient de Turquie. « Nous devons voir un texte écrit pour garantir que l’accord sera bien respecté », a-t-il toutefois précisé.

Un premier rapprochement en 2013

En 2013, le président Barack Obama avait œuvré au rapprochement entre les deux pays. Benyamin Netanyahou avait alors présenté des excuses au peuple turc.

Mais en dépit de l’ouverture de discussions, les tensions étaient toujours vives entre les deux pays. En mai 2014, la justice turque avait condamné par contumace quatre responsables militaires israéliens impliqués dans l’assaut meurtrier de 2010.

Le coup de froid entre la Turquie et la Russie

Début 2015, les responsables des deux pays s’étaient livrés à nouveau à de violentes joutes verbales. Le premier ministre turc Ahmet Davutoglu avait accusé son homologue israélien de commettre à Gaza « des crimes contre l’humanité ». Le ministre israélien des affaires étrangères, Avigdor Liebermann, avait répliqué en traitant Recep Tayyip Erdogan de « petit caïd antisémite ».

Désormais, l’actuel rapprochement entre les deux États intervient alors que la Turquie prévoit de réduire sa dépendance au gaz russe. La relation s’est détériorée avec Moscou depuis qu’elle a abattu un avion militaire russe le 24 novembre 2015. Or Israël est devenu producteur de gaz, grâce à des gisements exploités en Méditerranée.

Marie Verdier (avec AFP)