Baudouin Loos, samedi 20 mars 2010
Conflit israélo-palestinien … le nœud du problème gît dans l’occupation.
Les années s’écoulent et tout se passe comme si le conflit israélo-palestinien restait insoluble. Ces dernières décennies, seule la période dite d’« Oslo », de la signature des accords du même nom en 1993 à l’assassinat du Premier ministre israélien Yitzhak Rabin en 1995, a offert un vent d’espoir. Sinon, la région a accumulé déceptions et bains de sang.
Il serait vain de nier la complexité du dossier et, donc, la difficulté de dresser la part exacte des responsabilités de chacun. Mais tout de même, le nœud du problème gît dans l’occupation. Le monde entier, Israël compris, reconnaît la nécessité de créer un État palestinien dans les territoires occupés. Mais les Israéliens n’ont toujours pas accepté le prix à payer pour la paix.
Ce constat se fonde sur une observation simple : depuis 1993, le nombre de colons juifs a plus que doublé dans les territoires supposés devenir l’État palestinien (territoires qui ne représentent que 22 % de la Palestine du mandat britannique). Pourquoi continuer à construire dans ces colonies au mépris du droit international et de l’esprit même de la paix que l’on dit chercher ?
Cette question demeure sans réponse, sauf à accréditer l’hypothèse qu’Israël ne cherche pas vraiment la paix. Si même les Américains et les Européens, longtemps bien complaisants avec Israël, se paient maintenant le luxe d’une tension non désirée avec ce pays, c’est que les choses sont allées trop loin [1]. Les horreurs de l’offensive israélienne sur Gaza, à l’hiver 2008-2009, restent dans les mémoires.
La dernière crise concerne Jérusalem. C’est l’un des points cruciaux à régler (avec le tracé des frontières et donc l’avenir des colonies, et aussi le sort des réfugiés palestiniens). Les Israéliens bâtissent à bon rythme dans la partie arabe de la ville sainte. Bill Clinton avait émis ses « paramètres » pour parvenir à la paix en décembre 2000. Il est sage de les considérer. Pour Jérusalem, il disait : les quartiers juifs seront la capitale d’Israël, les quartiers arabes celle de la Palestine. Mais la colonisation juive intensive de la partie palestinienne de la ville rendra un jour ce plan inapplicable, si ce n’est déjà le cas.
Oui, il y a un prix à la paix. Il est cher mais pas exorbitant. Israël doit s’en accommoder.
[1] voir aussi Françoise Germain-Robin
La politique coloniale de Benyamin Netanyahou à Jérusalem désavouée par Bruxelles et Washington. L’envoyé spécial d’Obama reporte son retour à Tel-Aviv. Le jeu avec le feu de Tel-Aviv suscite la réprobation internationale. Le torchon brûle-t-il entre Israël et l’administration Obama ?
L’annonce par le gouvernement israélien de la construction de 1 600 logements dans la partie arabe de Jérusalem, promise à devenir la capitale du futur État palestinien, a semé le trouble entre Washington et son « allié stratégique ». L’envoyé spécial de Barack Obama dans la région, George Mitchell, a reporté sine die le voyage qu’il devait y faire hier. Cela pourrait passer pour un simple mouvement d’humeur si la secrétaire d’État, Hillary Clinton, n’avait précisé les trois conditions à son déplacement : annulation du programme de construction annoncé, gestes de « bonne volonté envers les Palestiniens » (levée des restrictions de circulation et libération de prisonniers) et engagement solennel de Netanyahou à des négociations de paix sérieuses, y compris sur Jérusalem. Des conditions jugées inacceptables par la droite et l’extrême droite israéliennes au pouvoir. Renoncer au plan de judaïsation de Jérusalem-Est serait un casus belli pour le parti Shass d’Eli Yishai, le ministre de l’Intérieur, qui a mis le feu aux poudres en annonçant les nouvelles constructions. Si Netanyahou cédait aux pressions américaines, sa coalition gouvernementale éclaterait. D’autant que les passions se déchaînent : le propre beau-frère du Premier ministre a traité à la radio Obama d’« antisémite ». « Ce n’est pas Netanyahou qu’il n’aime pas, c’est l’État d’Israël », a-t-il dit.
L’Europe va-t-elle enfin se décider à frapper du poing sur la table ?
Pendant ce temps, certains réclament la démission d’une équipe qui met en péril la sacro-sainte alliance avec les États-Unis. « En moins d’un an, Netanyahou a réussi à provoquer deux crises majeures : avec les Palestiniens et avec Washington », écrit le journal israélien Haaretz. Netanyahou, pris entre le marteau et l’enclume, joue le pragmatisme a minima : hier, il a levé le bouclage de la Cisjordanie et de Jérusalem. Une mesure d’apaisement après les violents incidents de mardi, ou des centaines de jeunes Palestiniens ont affronté les forces d’occupation à coups de pierres. Un « jour de colère » comme on n’en avait plus vu depuis des mois et qui fait craindre la « nouvelle intifada » que le Hamas appelle de ses vœux.
Dans ce chaos dangereux, l’Europe va-t-elle enfin se décider à frapper du poing sur la table, comme l’y autorise son engagement dans le Quartet, qui s’est donné pour mission la création d’un État palestinien et qui se réunit demain ? Rien n’est moins sûr. Israël montre toujours le plus profond mépris pour l’UE, priée de « payer et se taire ». Alors qu’elle entamait hier sa première visite en Israël, la presse ignorait Lady Ashton, nouvelle « ministre des Affaires étrangères » de l’UE. Son homologue, l’ultranationaliste Avigdor Liebermann, a déjà qualifié d’« inacceptables » les propos qu’elle a tenus au Caire en exigeant « la fin de la colonisation, y compris à Jérusalem ». Quant à son intention de se rendre à Gaza, elle est tout simplement qualifiée de « loufoque et ridicule » !
publié par l’Humanité