Israël : des ministres s’en prennent à la communauté arabe

Afp, lundi 17 mai 2010

"Les Arabes israé­liens consti­tuent notre prin­cipal pro­blème, car ils aspirent à un Etat bina­tional et c’est très dan­gereux", a déclaré le chef de la diplo­matie, l’ultranationaliste Avigdor Lieberman.

Plu­sieurs ministres israé­liens ont vivement reproché dimanche aux repré­sen­tants de la com­mu­nauté arabe d’Israël de sou­tenir le "droit au retour" des réfugiés palestiniens.

"Les Arabes israé­liens consti­tuent notre prin­cipal pro­blème, car ils aspirent à un Etat bina­tional et c’est très dan­gereux", a déclaré le chef de la diplo­matie, l’ultranationaliste Avigdor Lie­berman, avant le début du conseil des ministres heb­do­ma­daire à Jérusalem.

"Tous les diri­geants arabes israé­liens ont par­ticipé à des mani­fes­ta­tions en réclamant le droit au retour", a déploré M. Lie­berman en faisant allusion aux Pales­ti­niens qui ont été poussés à l’exil lors de la création d’Israël le 15 mai 1948 et la pre­mière guerre israélo-​​arabe qui a suivi.

Le ministre des Finances, Youval Steinitz, du parti Likoud (droite), a de son côté estimé qu’"il faut songer à priver de leur natio­nalité israé­lienne ceux qui menacent l’existence de l’Etat et appellent à la vio­lence contre les forces de sécurité".

Tous deux ont ainsi cri­tiqué les mani­fes­ta­tions orga­nisées ven­dredi et samedi par les Arabes d’Israël pour marquer la "Nakba" (catas­trophe), qu’a été pour les Pales­ti­niens l’exode massif des réfugiés.

La com­mu­nauté des Arabes israé­liens, des­cen­dants des 160.000 Pales­ti­niens restés sur leurs terres après la création de l’Etat hébreu en 1948, compte 1,3 million de per­sonnes, soit près de 20% de la popu­lation totale d’Israël.

Plus de 760.000 Pales­ti­niens sont partis pour fuir l’avancée des forces juives ou ont été chassés de chez eux. Aujourd’hui, l’ONU estime à quelque 4,7 mil­lions le nombre de ces réfugiés avec leurs des­cen­dants dis­persés au Liban, en Syrie, en Jor­danie et dans les ter­ri­toires de Cis­jor­danie et de la bande de Gaza.

Répondant à l’appel du Mou­vement isla­mique israélien, des mil­liers d’Arabes israé­liens se sont ras­semblés ven­dredi soir à Kafr Kanna (Galilée) pour marquer la Nakba en scandant "la Palestine aux Pales­ti­niens", selon des témoins. "Un jour, les clefs que vous portez accro­chées autour du cou, ouvriront les portes de vos maisons à Jéru­salem, Acco (Saint Jean d’Acre), Lod ou Ramla", des villes israé­liennes à popu­lation arabe et juive, a déclaré à la foule le chef du Mou­vement isla­mique, cheikh Raëd Salah. Il a fait allusion aux clefs des maisons perdues que Pales­ti­niens et Arabes israé­liens conservent pour reven­diquer leur droit au retour dans leurs foyers.

Interrogé par l’AFP sur ces propos, le ministre tra­vailliste des Affaires sociales, Yitzhak Herzog, les a qua­lifiés de "très graves", mais s’est empressé d’ajouter qu’"en fin de compte, c’est le pro­cessus de paix avec les Pales­ti­niens qui per­mettra à Israël de pré­server ses droits". Des pour­parlers israélo-​​palestiniens indi­rects, dits de "proximité", ont récemment été lancés sous l’égide des Etats-​​Unis.

La réso­lution 194 de l’ONU, adoptée le 11 décembre 1948 et renou­velée chaque année, stipule que "les réfugiés (pales­ti­niens) qui désirent rentrer dans leurs foyers et vivre en paix avec leurs voisins devraient y être auto­risés le plus vite possible".

Tous les gou­ver­ne­ments israé­liens se sont opposés au droit au retour arguant qu’un afflux massif de réfugiés pales­ti­niens ferait perdre à Israël son "caractère juif".