Israël démolit 313 constructions palestiniennes en six semaines

Plus de 500 Palestiniens ont été déplacés en raison des démolitions depuis le début de 2016, dont la grande majorité en Cisjordanie.

Natasha Roth, +972 Mag, vendredi 26 février 2016

Une enfant est assise près de sa tente démolie, fournie par l'UE, dans le village de Fasayil dans la Vallée du Jourdain, en Cisjordanie le 10 février 2016. Ce jour-là les autorités israéliennes ont mené des démolitions importantes dans quatre zones de la Vallée du Jourdain. Sept maisons familiales et six abris pour les animaux ont été démolis, laissant 71 personnes sans toit au-dessus de leur tête. De plus, un ensemble de tuyaux qui apporte de l'eau à 300 personnes a été délibérément endommagé. (Activestills.org)

Israël a démoli 313 constructions palestiniennes en Cisjordanie et à Jérusalem-Est entre le 1er janvier et le 15 février 2016, soit plus de la moitié du total pour toute l’année 2015. Plus d’un tiers de ces démolitions a été effectué en l’espace d’une semaine, entre le 9 et le 15 février, selon l’office humanitaire de l’ONU, OCHA.

Le rythme intensif des démolitions depuis de l’année est en net contraste avec une relative accalmie à la fin de 2015, qui elle-même a suivi plusieurs vagues d’importantes démolitions tout au long de l’été dernier. Plus de 500 Palestiniens ont été déplacés en raison des démolitions depuis le début de 2016, la grande majorité d’entre eux en Cisjordanie.

Les communautés palestiniennes des Collines d’Hébron du Sud, de la Vallée du Jourdain et de la zone E1 autour de Ma’ale Adumim ont été particulièrement affectées, selon l’association israéliennes des droits de l’homme, B’Tselem. La raison majeure à la base de ces démolitions est variable dans ces trois régions.

Dans les Collines d’Hébron du Sud, huit villages se situent dans la “Zone de Tirs 918”, une zone d’entraînement militaire décrétée unilatéralement par l’armée israélienne. Pendant les 15 dernières années, l’armée a essayé de forcer les Palestiniens à évacuer ce territoire afin de pouvoir l’utiliser pour des exercices militaires. La dernière vague de démolitions a eu lieu au début de février quand l’Administration Civile — le gouvernement militaire israélien en Cisjordanie — a démoli 22 constructions dans deux villages distincts.

La Vallée du Jourdain est un objectif à long terme de la politique d’annexion du gouvernement israélien. Les démolitions, les exercices militaires dérangeants et destructeurs et le redécoupage arbitraire des terres sont tous utilisés afin de regrouper les habitants des zones palestiniennes dans des enclaves de plus en plus petites, avec le but ultime de les faire partir totalement. L’ Administration Civile a exécuté une série de démolitions dans la Vallée du Jourdain en janvier et au début de février.

Une Palestinienne cuit du pain dans les ruines de sa maison démolie, Karzaliya, Vallée du Jourdain, Cisjordanie, 11 février 2016. (Activestills.org)

Les Palestiniens vivant dans la zone E1 autour de la colonie de Ma’ale Adumim, pendant ce temps, sont en permanence menacés d’expulsion en raison des projets israéliens de créer un territoire d’un seul tenant entre Jérusalem et la colonie. Plusieurs phases de démolitions y ont eu lieu en janvier. Dimanche, la seule école à Abu al-Nuwaar, une communauté bédouine dans la zone E1, a été démolie par les autorités israéliennes.

Environ un tiers des constructions de Cisjordanie détruites cette année par Israël avaient été financées par les Européens, selon un reportage dans Haaretz (en hébreu). Le rythme en a significativement monté en puissance depuis 2015 : 104 constructions financées par les Européens ont été démolies cette année, contre 108 l’année dernière.

Selon le rapport d’Haaretz, l’Administration Civile a été mise sous pression depuis l’intérieur du gouvernement pour accélérer le rythme des démolitions de maisons, bien que l’administration n’ait pas confirmé si ceci avait effectivement mené à l’accroissement de l’activité depuis le début de l’année.

Israël a émis plus de 14.000 ordres de démolition à l’encontre de constructions palestiniennes dans la Zone C de la Cisjordanie, qui est entièrement sous contrôle sécuritaire et administratif israélien, depuis 1988. Environ 3.000 démolitions ont été exécutées dans cette période, en laissant quelque 11.000 ordres en suspens qui concernent plus de 17.000 constructions.

Le gouvernement israélien soutient que de telles démolitions sont ordonnées et exécutées en raison de l’absence de permis de construire, mais entre 2010 et 2014 seulement 1,5 pour cent des demandes de permis par les Palestiniens en Cisjordanie ont été approuvées.

La Coordination des Activités du Gouvernement dans les Territoires (CAGT), l’organisme qui préside l’Administration Civile, n’a pas répondu à une demande de commentaire sur ce problème. Dans le cas où une réponse serait reçue, elle serait ajoutée à cet article.

Mise à jour : Après que cet article a été publié, +972 Magazine a reçu la réponse suivante de la CAGT : “En ce qui concerne l’application des lois contre la construction illégale, l’Administration Civile, par son autorité et ses pouvoirs, prend des mesures de mise en oeuvre contre la construction illégale, conformément aux priorités et aux principes opérationnels.”

La CAGT n’a pas répondu à la question sur l’étendue des territoires dans la Zone C de la Cisjordanie allouée au développement de la Palestine, et sur la proportion des habitants palestiniens de la Zone C qui bénéficieraient de ces projets.

Traduit de l’anglais par Y. Jardin, du GT de l’AFPS sur les prisonniers