Israël condamne à la prison un dirigeant de la lutte populaire

Ma’an news, vendredi 23 juillet 2010

Selon des res­pon­sables du Comité popu­laire de Bi’lin, un orga­ni­sateur pales­tinien de mani­fes­ta­tions, empri­sonné en 2005, est passé en jugement et a été condamné mer­credi 22 juillet. Il est en attente d’un deuxième procès

Ils déclarent qu’Abdallah Abu Rahmah a été condamné à deux mois d’emprisonnement et 6 mois de prison avec sursis lors d’un procès qui s’est étalé sur 5 ans, avec une litanie d’accusations qui incluent "des acti­vités contre l’ordre public" , de l’"obstruction à soldat dans l’accomplissement de son devoir," et de l’"incitation."

Le verdict est attendu pro­chai­nement dans l’affaire prin­cipale concernant Abu Rahmah, pour laquelle il est déjà empri­sonné depuis décembre 2009, ont ajouté des res­pon­sables du Comité.

Le Comité popu­laire de Bil’in a déclaré que la der­nière condam­nation était basée sur des "accu­sa­tions clai­rement liées à la liberté de parole" et "sim­plement pour avoir pris part à ces mani­fes­ta­tions" affirmant qu’aucune preuve de vio­lence à l’encontre des forces de sécurité israé­liennes n’a été pro­duite pendant le procès.

Selon ses amis, toutes les accu­sa­tions contre Abu Rahmah ont été ampli­fiées, et ils pré­cisent que selon l’acte supposé d’obstruction à un officier, il "criait sur un officier de police et refusait de quitter le lieu d’une mani­fes­tation," puis qu’il était resté devant chez lui alors que l’armée avait imposé un couvre-​​feu dans le village.

Quant à l’accusation d’incitation, définie comme « la ten­tative, verbale ou autre, d’influencer l’opinion publique dans la région, de façon à per­turber la paix ou l’ordre publics », Abu Rahmah a été jugé cou­pable d’avoir incité les autres mani­fes­tants à "continuer à avancer [vers leurs terres lors d’une mani­fes­tation à Bil’in], affirmant que la terre leur appartenait,"selon une déclaration.

Les mani­fes­ta­tions qu’ Abu Rahmah a par­ticipé à orga­niser dans le village s’opposent à la construction du mur israélien de sépa­ration qui coupe les vil­la­geois de 49 % de leurs terres ances­trales, qu’ils uti­lisent pour cultiver et faire paître leurs bêtes.

En 2004 la Cour inter­na­tionale de Justice a émis un avis qui affirme que le mur de sépa­ration construit à l’intérieur de la Cis­jor­danie est illégal dans son entièreté et qu’il devait être démantelé.

Une décision de la haute Cour de Justice israé­lienne a affirmé que le tracé du mur en 2002 ne pouvait "s’expliquer que par la volonté d’inclure la [future] partie orientale de [la colonie de ] Mat­ti­tyahu East, à l’ouest de la bar­rière, puisqu’il est douteux qu’il existe par ailleurs une raison de sécurité mili­taire pour décider du tracé là où il se trouve actuel­lement." Cette décision appelait à établir un nouveau tracé pour le mur.

"Le tri­bunal mili­taire ouvre une voie dan­ge­reuse en cri­mi­na­lisant les pro­tes­ta­tions légi­times en Cis­jor­danie. Abu Rahmah a été arrêté, pour­suivi et condamné dans le but explicite d’envoyer un message : la lutte des Pales­ti­niens, même civile, ne sera pas tolérée ," a déclaré Gaby Lasky , l’avocat de Abu Rahmah après l’annonce de la condamnation.

Au nom du Comité popu­laire de Bil’in, Mohammed Khatib a dit : "Dans mon village nous avons appris que quand nous nous battons pour nos droits, quand nous révélons ce qui nous est fait, nous pouvons obtenir des vic­toires, et le tracé du Mur est effec­ti­vement en cours de modification."

Israël "essaie de nous inti­mider, de nous dis­suader de nous battre pour nos droits - mais quelles autres options avons nous ? Le Mur et les colonies sur nos terres ont tous été construits en contra­vention du droit inter­na­tional et même du droit israélien, mais c’est nous qui finissons en prison" a -t-​​il déclaré.