Israël choisit la ligne dure contre les manifestations en Cisjordanie

Isabel Kershner, mardi 9 février 2010

"Israël a compris la menace que repré­sente le mou­vement popu­laire et son potentiel d’expansion"

Nilin ; Depuis plus d’un an, ce village a été au centre des mani­fes­ta­tions heb­do­ma­daires contre la bar­rière de sécurité israé­lienne, qui tra­verse ses terres. Main­tenant, le village semble être au centre d’une cam­pagne d’arrestations israé­lienne plus intensive.

Appa­remment inquiets que les mani­fes­ta­tions pour­raient s’étendre, l’armée et les forces de sécurité israé­liennes ont récemment com­mencé à réprimer, à arrêter des orga­ni­sa­teurs locaux et des mili­tants ici et à mener des raids noc­turnes sur les maisons des autres.

Muhammad Amira, ins­ti­tuteur et membre du comité popu­laire de Nilin, le groupe qui organise des mani­fes­ta­tions, a dit que son domicile a été per­qui­si­tionné par l’armée aux pre­mières heures du 10 janvier. Les soldats ont vérifié ses papiers d’identité, ont fouillé la maison et ont vérifié ses enfants qui dormaient.

Il a ajouté : "Ils m’ont dit : « Nous savons qui vous êtes. » "

Les cinq der­nières années, chaque ven­dredi, les Pales­ti­niens mani­festent contre la bar­rière. Ils sont ren­forcés par des sym­pa­thi­sants israé­liens et des volon­taires étrangers qui docu­mentent les affron­te­ments qui résultent avec des caméras vidéo, et mettent souvent les images les plus dra­ma­tiques sur You Tube.

Israël dit que la bar­rière, en construction depuis 2002, est essen­tielle pour empêcher les kami­kazes d’atteindre ses villes. Les Pales­ti­niens s’y opposent car la majeure partie de son tracé tra­verse le ter­ri­toire de la Cisjordanie.

Alors que les mani­fes­ta­tions heb­do­ma­daires sont consi­dérées comme une résis­tance non-​​violente, elles se ter­minent géné­ra­lement à des affron­te­ments vio­lents entre les forces de sécurité israé­liennes et des jeunes lan­ceurs de pierres pales­ti­niens masqués. "Ce ne sont pas des sit-​​ins avec des gens qui chantent« We Shall Overcome », a déclaré le major Peter Lerner, porte-​​parole du Com­man­dement central de l’armée israé­lienne, qui contrôle la Cis­jor­danie. "Ce sont des émeutes vio­lentes, illé­gales et dangereuses."

D’autres Pales­ti­niens sont en train de "se joindre au mou­vement" dit-​​il, et elles les mani­fes­ta­tions " pour­raient dégénérer ".

Les pro­tes­ta­tions ont com­mencé au début dans le village voisin de Bilin, qui est devenu un symbole du défi pales­tinien après avoir eu gain de cause devant la Cour suprême israé­lienne sti­pulant que la bar­rière doit être réamé­nagée afin qu’elle prenne moins de terres agri­coles. Selon des res­pon­sables mili­taires, les travaux pour déplacer la bar­rière vont com­mencer le mois prochain.

Comme une intifada ram­pante à temps partiel, les pro­tes­ta­tions du ven­dredi ont gagné du terrain. Nabi Saleh, un autre village près de Ramallah, est devenu le nouveau centre des affron­te­ments, après que des colons juifs ont pris le contrôle d’une source d’eau natu­relle située sur des terres du village.

Récemment, un ven­dredi, un groupe de vil­la­geois âgés a marché vers la source. Ils ont été accueillis par des gaz lacry­mo­gènes et des gre­nades assom­mantes, et des échauf­fourées ont eu lieu avec des soldats sur la route. D’autres vil­la­geois ont dévalé les pentes et, uti­lisant des frondes, ils ont envoyé des volées de pierres sur les Israéliens.

"Israël a compris la menace que repré­sente mou­vement popu­laire et son potentiel d’expansion", a déclaré Jonathan Pollak, un anar­chiste israélien, porte-​​parole du Comité de coor­di­nation de la lutte popu­laire, comité basé à Ramallah. « Je crois que le but est de l’écraser avant qu’il ne devienne incontrôlable ».

Ces der­niers mois, le pré­sident de l’Autorité Pales­ti­nienne, Mahmoud Abbas, et d’autres leaders du courant dominant Fatah ont adopté Bilin comme modèle de résis­tance légitime.

Le mou­vement a aussi com­mencé à sus­citer un soutien inter­na­tional. Le comité de coor­di­nation de la lutte popu­laire reçoit un finan­cement d’une agence gou­ver­ne­mentale espa­gnole, selon le coor­don­nateur du comité, Mohammed Khatib de Bilin.

"Bilin n’est plus seulement la lutte pour Bilin", a déclaré M. Khatib, qui a été arrêté en août et est en attente d’un procès pour inci­tation [à mani­fester]. « Cela fait partie d’une lutte nationale", a-​​t-​​il dit, ajoutant que la fin de l’occupation israé­lienne était le but ultime. Jeudi, avant l’aube, les soldats sont venus au domicile de M. Khatib à Bilin et l’ont emmené à nouveau.

Les res­pon­sables de la sécurité d’Israël nient avec véhé­mence qu’ils agissent pour réprimer la déso­béis­sance civile, affirmant que la sécurité est leur seule pré­oc­cu­pation. Entre autres, ils affirment que les comités popu­laires encou­ragent les mani­fes­tants à saboter la bar­rière, bar­rière qu’Israël considère comme un outil de sécurité indispensable.

Les auto­rités israé­liennes ont également porté leur attention sur les mili­tants étrangers, expulsant ceux qui ont dépassé la durée du visa ou qui n’ont pas res­pecté leurs moda­lités. Dans un cas, les soldats ont effectué un raid dans le centre de Ramallah, où l’Autorité pales­ti­nienne a son siège, pour enlever une femme tchèque qui tra­vaillait pour le « Inter­na­tional Soli­darity Movement », un groupe pro-​​palestinien.

Les groupes israé­liens de défense des droits de l’Homme comme B’Tselem et Yesh Din se plaignent depuis long­temps des mesures sévères uti­lisées pour réprimer les pro­tes­ta­tions, y compris des balles en caou­tchouc et des muni­tions réelles de calibre .22. Les auto­rités israé­liennes disent que les tirs réels sont des­tinés à être uti­lisés uni­quement dans des situa­tions dan­ge­reuses, et non pas pour contrôler la foule. Mais les groupes des droits de l’Homme disent que les armes sont parfois mal uti­lisées, appa­remment en toute impunité, avec des membres des forces de sécurité qui sont rarement tenues de rendre des comptes.

Environ une cen­taine de soldats et de poli­ciers des fron­tières ont été blessés dans les affron­te­ments depuis 2008, selon les mili­taires. Mais les mani­fes­tants ne sont pas armés, ont fait valoir leurs avocats, alors que les Israé­liens réagissent parfois avec une force poten­tiel­lement meurtrière.

Tristan Anderson, 38 ans, un militant amé­ricain d’Oakland, en Cali­fornie, a été griè­vement blessé quand il a été frappé au front par une bombe lacry­mogène à grande vitesse au cours d’un affron­tement dans Nilin au mois de Mars.

Après des mois dans un hôpital israélien, M. Anderson a retrouvé un certain mou­vement d’un côté, et a com­mencé à parler. Mais il a des lésions céré­brales graves, selon sa mère, Nancy, et le pro­nostic est incertain.

L’avocat israélien des Anderson, Michael Sfard, est convaincu que le pro­jectile de gaz lacry­mogène a été tiré direc­tement sur les mani­fes­tants, contrai­rement aux règle­ments. Pourtant, les auto­rités israé­liennes qui ont enquêté sur l’épisode ont récemment décidé de classer l’affaire sans qu’il y ait des poursuites.

Selon des res­pon­sables israé­liens, l’enquête a révélé que les forces de sécurité israé­liennes avaient agi en conformité avec la régle­men­tation. Mais des témoins insistent que le pro­jectile a été tiré d’un mon­ticule distant de moins de 60 mètres de l’endroit où était M. Anderson . S’il avait été tiré cor­rec­tement, en arc, soutiennent-​​ils, il aurait volé des cen­taines de mètres. Dix-​​neuf Pales­ti­niens ont été tués dans des affron­te­ments autour de la bar­rière de sécurité depuis 2004. Un mois après que M. Anderson a été blessé, Bassem Abou Rahma, un militant connu de Bilin, a été tué lorsque le même type de pro­jectile de gaz lacry­mogène l’a frappé à la poitrine.

Aqel Srur, de Nilin, l’un des trois Pales­ti­niens qui ont témoigné devant la police israé­lienne dans l’affaire Anderson, a été tué par une balle de calibre .22 en Juin.

Jusqu’à présent, les mili­tants semblent déter­minés. Salah Muhammad Kha­wajeh, un membre du comité popu­laire de Nilin et un autre témoin local dans l’affaire Anderson, a raconté que, lorsqu’il a été convoqué pour un inter­ro­ga­toire, il y a deux mois, il a été averti qu’il pouvait finir comme M. Srur.

Le fils de M. Kha­wajeh, 9 ans, a été blessé à l’arrière de la tête par une balle en caou­tchouc lors d’une mani­fes­tation ce mois.

Mais, comme M. Khawajeh l’a dit, « Nous continuons à venir. »