Israël : avancée record des projets de colonisation depuis 1992

Netanyahu a appelé l’ONU à démanteler l’UNRWA.

L’Orient le Jour avec AFP, mardi 13 juin 2017

Israël a fait avancer cette année son plus grand nombre de projets de colonisation dans les Territoires palestiniens depuis 1992, a affirmé dimanche le ministre de la Défense israélien Avigdor Lieberman.

Depuis le début de l’année, des projets concernant la construction de 8.345 logements en Cisjordanie, un territoire palestinien occupé par l’armée israélienne depuis un demi-siècle, ont avancé et franchi différentes étapes procédurales, a précisé M. Lieberman au début du conseil des ministres. Sur ces 8.345 logements, 3.066 sont maintenant prêts à être mis en chantier immédiatement, a-t-il ajouté. "Les chiffres pour la première moitié de 2017 sont les plus élevés depuis 1992", s’est félicité ce partisan de la colonisation des Territoires palestiniens.

La colonisation, c’est-à-dire la construction d’implantations civiles en territoire occupé, est illégale au regard du droit international. Elle est aussi considérée par l’essentiel de la communauté internationale comme faisant obstacle à la paix, qui se fait attendre depuis des décennies entre Israéliens et Palestiniens.

Non seulement elle rogne le territoire sur lequel les Palestiniens aspirent à former un Etat indépendant qui coexisterait avec Israël ; mais en fragmentant la continuité des territoires, elle menace de rendre impossible la création d’un Etat palestinien et donc la réalisation de la solution dite à deux Etats, référence diplomatique de la communauté internationale, disent ses détracteurs. Le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu rejette ces accusations.

3.000 en une semaine

Les chiffres dévoilés par le ministre de la Défense sont similaires à ceux publiés la semaine dernière par l’ONG israélienne anticolonisation La Paix maintenant. Celle-ci avait affirmé que 7.721 unités de colonisation ont progressé d’une manière ou d’une autre cette année, soit le triple de ce qui avait été enregistré en 2016. L’ONG n’a pas pu confirmer dans l’immédiat si ce chiffre était le plus haut depuis 1992 comme le soutient le ministre.

Sur la seule semaine dernière, des plans de construction pour 3.000 logements ont reçu une approbation intermédiaire. La plupart doivent être érigés dans des colonies déjà existantes mais certains seront aussi construits dans la première nouvelle colonie approuvée depuis 25 ans, selon La Paix maintenant. Le gouvernement Netanyahu fait la part belle aux partisans de la colonisation dont il dépend pour sa majorité au Parlement.

Le président américain Donald Trump, qui affirme vouloir relancer le processus de paix entre Israéliens et Palestiniens, avait fini par appeler M. Netanyahu à la retenue, lors de la visite du Premier ministre à la Maison Blanche en février.

Plus de 600.000 colons israéliens vivent aujourd’hui une coexistence souvent conflictuelle avec près de trois millions de Palestiniens en Cisjordanie et à Jérusalem-Est, également occupée depuis 1967 et annexée par Israël.

Netanyahu veut démanteler l’UNRWA

Par ailleurs, le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, a appelé l’ONU à démanteler l’UNRWA, son agence d’aide aux réfugiés palestiniens qu’il accuse d’être anti-israélienne, a indiqué un communiqué de son bureau.

M. Netanyahu a précisé qu’il avait présenté cette proposition lors de la visite la semaine dernière en Israël de la représentante des Etats-Unis à l’ONU, Nikki Haley, qui a accusé notamment le Conseil des droits de l’Homme de l’ONU, qui siège à Genève, de parti pris contre Israël. "Je lui ai dit que le moment est venu pour les Nations unies de reconsidérer le maintien de l’UNRWA", a ajouté le Premier ministre.

Selon lui, alors que des millions d’autres réfugiés dans le monde sont pris en charge par le Haut commissariat de l’ONU aux réfugiés (HCR), les Palestiniens sont les seuls à disposer d’un organisme qui leur est propre.

"Au sein des institutions de l’UNRWA, il y a une forte hostilité à l’égard d’Israël", a ajouté Benjamin Netanyahu lors du conseil des ministre hebdomadaire. "L’existence même de l’UNRWA perpétue et ne résout pas le problème des réfugiés palestiniens", a également souligné le chef du gouvernement. "C’est pourquoi il est temps de démanteler l’UNRWA et de fusionner ses activités avec celles du HCR", a-t-il conclu.

Le porte-parole de l’UNRWA Chris Gunness a réagi en affirmant que l’avenir de l’agence ne pouvait pas être décidé unilatéralement. "L’UNRWA reçoit son mandat de l’Assemblée générale des Nations unies qui est seule à pouvoir le modifier par un vote majoritaire", a affirmé le porte-parole à l’AFP, en rappelant que l’Assemblée générale avait prolongé en décembre de trois ans le mandat de l’UNRWA.

Cet organisme gère des centaines d’écoles accueillant des enfants palestiniens dans la bande de Gaza, en Cisjordanie occupée et à Jérusalem-Est annexée ainsi qu’au Liban, en Jordanie et en Syrie. L’UNRWA distribue de l’aide et a ouvert des centres de formation d’enseignants, des dispensaires et offre des services sociaux.

En février, l’UNRWA avait annoncé avoir suspendu le directeur palestinien d’une de ses écoles dans la bande de Gaza accusé d’être un membre actif du Hamas. Le 1er juin, l’UNRWA a protesté auprès du Hamas après la découverte d’un tunnel creusé entre deux de ses écoles dans la bande de Gaza. Le Hamas a rejeté ces accusations.

La bande de Gaza étant soumise aux blocus israélien et égyptien, les tunnels sont l’un des derniers moyens restant aux Gazaouis pour acheminer les marchandises de contrebande et au Hamas pour menacer Israël. Les tunnels ont été l’une des armes les plus redoutées des Israéliens et l’un des objectifs primordiaux de la guerre de 2014 dans la bande de Gaza.