Israël arrête un second humanitaire pour aide au Hamas

Le Shin Beth accuse Wahid Borsch de « s’être servi de son poste pour fournir une assistance matérielle aux activités terroristes et militaires » du parti palestinien.

L’Orient le Jour avec AFP, mercredi 10 août 2016

Des enfants palestiniens devant un projet de construction financé par l'Arabie saoudite et exécuté par le Pnud à Rafah, hier, au sud-est de la bande de Gaza. Said Khatib/AFP

Israël a annoncé hier l’arrestation d’un second humanitaire palestinien accusé de s’être mis au service du Hamas dans la bande de Gaza. L’arrestation de Wahid Borsh est la seconde annoncée par Israël en moins d’une semaine après celle du directeur à Gaza de World Vision.

Ce n’est plus cette fois la grande ONG chrétienne américaine World Vision qui est sous la loupe israélienne, mais le Programme des Nations unies pour le développement (Pnud), et à travers lui toute l’activité onusienne. Le gouvernement israélien a laissé entendre que ces arrestations pourraient ne pas être les dernières. Le Pnud s’est dit « très inquiet des allégations des autorités israéliennes », promettant « un examen interne minutieux (...) des circonstances entourant ces accusations ».Wahid Borsh, 38 ans et originaire de Jabalia (nord de la bande de Gaza), a été arrêté le 16 juillet dans des circonstances non précisées et a été inculpé hier, a indiqué la sécurité intérieure israélienne dans un communiqué publié par le gouvernement. Ingénieur employé depuis 2003 par le Pnud et travaillant dans la bande de Gaza, il est accusé de « s’être servi de son poste pour fournir une assistance matérielle aux activités terroristes et militaires du Hamas », dit le Shin Beth.

Des gravats déroutés

Approché par un haut responsable de la branche du Hamas, Wahid Borsh avait accepté que les camions évacuant les gravats pour le Pnud les déchargent sur le chantier de construction d’une jetée destinée aux activités navales du Hamas, selon son acte d’inculpation.

Autres incriminations rapportées par le Shin Beth, mais ne figurant pas dans l’acte d’inculpation : des interventions auprès de responsables du Pnud pour qu’ils donnent la priorité à des secteurs habités par des membres du Hamas. Malgré ces accusations, le Pnud s’est dit confiant d’avoir « des mesures fortes en place » pour éviter le détournement de l’aide.

Pour rappel, Israël avait annoncé la semaine passée l’arrestation le 15 juin du directeur à Gaza de l’ONG World Vision, Mohammad Halabi. Les services israéliens l’accusent d’avoir détourné chaque année 7,2 millions de dollars pour le Hamas et sa branche armée. Les autorités israéliennes ont vu dans ces deux dossiers la confirmation de ce qu’elles disent depuis longtemps.

« Tendance inquiétante »

« Il ne s’agit pas d’un cas isolé, mais d’une tendance inquiétante à l’exploitation systématique des organisations onusiennes par les terroristes du Hamas », a déclaré dans un communiqué l’ambassadeur d’Israël aux Nations unies, Danny Danon. Selon le Shin Beth, Wahid Borsh a dit que d’autres humanitaires palestiniens servaient aussi le Hamas. Les Nations unies doivent écarter tous leurs employés travaillant en même temps pour le Hamas, couper tous les ponts avec des organisations qui le soutiennent et mettre en place de vigoureux mécanismes de contrôle, a estimé Danny Danon.

Comme dans le cas de World Vision, un porte-parole du Hamas, Hazem Qassem, a jugé les nouvelles accusations israéliennes « dénuées de fondement » et participant d’un plan visant à « étouffer la bande de Gaza ». World Vision a dit prendre les accusations très au sérieux. Mais, sans s’exprimer sur la responsabilité de son directeur, elle a jugé irréalistes les chiffres avancés par Israël pour le mettre en cause.

L’arrestation du directeur de World Vision a cependant suscité l’émoi et des interrogations parmi les nombreuses organisations intervenant à Gaza et les pays donateurs qui les financent. Elles s’inquiètent des répercussions sur leurs activités alors qu’entre Israël et le Hamas, leur tâche est déjà ardue. L’Allemagne et l’Australie ont déjà annoncé suspendre leur aide à World Vision.