Israël ; Une société qui aime se faire peur

Gilad Nathan, samedi 7 mars 2009

Pour main­tenir l’état d’urgence, les Israé­liens ont besoin d’entretenir un sen­timent de menace exté­rieure. Aujourd’hui l’Iran, demain le Pakistan, et pourquoi pas, après-​​demain, le Tadjikistan ?

Malgré le conflit inter­mi­nable entre Israël et le peuple pales­tinien, et en dépit d’une situation écono­mique et sociale pro­prement catas­tro­phique, cer­tains s’acharnent à se foca­liser sur la menace ira­nienne, la nou­velle menace “exis­ten­tielle et stra­té­gique” qui a pris la place de la menace ira­kienne depuis la chute de Saddam Hussein. Tout se passe comme si nous étions per­pé­tuel­lement menacés dans notre exis­tence par des Etats avec les­quels nous n’avons pas de fron­tières com­munes et, surtout, dont les diri­geants ne seraient mus que par un seul objectif : l’anéantissement d’Israël.

L’inconscience de ceux qui ne jurent que par la menace ira­nienne est assez unique en son genre. Après tout, l’Iran n’est pas la seule menace qui pèse sur la survie d’Israël. Aux confins de l’Asie cen­trale, il y a un autre pays dont la majorité de la popu­lation est un groupe de langue persane. Au-​​delà de l’Afghanistan et de l’Ouzbékistan, il existe un autre pays qui secrète en son sein un poison qui menace l’existence d’Israël : le Tad­ji­kistan. Car, enfin, pourquoi attendre la conquête de l’Iran par les Etats-​​Unis ou un effon­drement inté­rieur du régime des mollahs ? Les Tadjiks, un peuple iranien et musulman, sont d’ores et déjà la pro­chaine menace qui vise Israël. Notre Etat ne vit-​​il pas sous une menace per­ma­nente ? Si ce ne sont pas les Ira­niens, ce sont donc les Tadjiks. Si ce ne sont pas les Tadjiks, ce sont donc les Pakis­tanais. Et si ce ne sont pas les Pakis­tanais, ce sont donc les Ouï­gours. Ainsi, la menace exis­ten­tielle qui pèse sur Israël vient de contrées situées de plus en plus pro­fon­dément en Orient, et seule la région autonome juive du Biro­bidjan n’est pas hostile à Israël – du moins pour l’instant.

Il est peut-​​être temps que l’Etat d’Israël cesse de chercher à l’autre bout du monde les raisons de la per­pé­tuation de cet état d’urgence per­manent dans lequel vivent ses citoyens. Plus de quatre-​​vingt-​​huit ans après les événe­ments de 1921 [émeutes pales­ti­niennes contre la décla­ration Balfour], qui mar­quèrent le début du conflit armé entre Juifs et Arabes au Moyen-​​Orient, en passant par la guerre ­d’indépendance et jusqu’à ce jour, les citoyens israé­liens vivent dans une situation de menace exis­ten­tielle. Pourtant, à part la date du 25 mai 1948, lorsque les armées arabes se sont retrouvées au cœur même du ter­ri­toire israélien, Israël n’a plus jamais été vraiment menacé dans son exis­tence. Certes, Israël n’a jamais manqué d’ennemis qui avaient juré publi­quement de le détruire, comme Nasser, Saddam Hussein ou Arafat. Mais il est évident qu’il ne s’est jamais agi que d’une rhé­to­rique creuse, que les faits ont cruel­lement démentie.

Ceux qui rêvent aujourd’hui d’éliminer par le glaive la menace ira­nienne trou­veront demain un épou­vantail de rechange, lorsque l’Iran ne fera plus l’affaire, un épou­vantail qui effraiera autant l’opinion que les armes non conven­tion­nelles de Saddam Hussein ou que la Charte nationale pales­ti­nienne. Or ce qui menace réel­lement l’existence d’Israël en tant qu’Etat juif et démo­cra­tique, c’est la per­pé­tuation de l’occupation de la Cis­jor­danie et du bou­clage de la bande de Gaza, la crise écono­mique, le chômage, le manque de redis­tri­bution, les rap­ports troubles entre l’argent et le pouvoir, et, surtout, cette haine de l’autre et de l’étranger qui ronge la société israélienne.