Israël/​ Syrie : Le Golan, un simple détail

Yassine El-​​Haj Saleh, samedi 12 juillet 2008

Si Washington garantit la survie de son régime, Bachar El-​​Assad serait prêt à signer un accord avec Israël, même déséquilibré.

On parle à nouveau de l’éventualité d’un accord [de paix] entre la Syrie et Israël. Celui-​​ci nor­ma­li­serait leurs rela­tions bila­té­rales et per­met­trait le retour de la sou­ve­raineté syrienne sur le plateau du Golan, tout en per­mettant aux Israé­liens de contrôler ses res­sources aquifères.

Par ailleurs, un calen­drier de retrait courant sur cinq à quinze années prévoit de faire du Golan une zone démi­li­ta­risée. Les négo­cia­tions ont été menées de manière indi­recte en Turquie et en Suisse, et le résultat a été qua­lifié par Ibrahim Süleyman, un homme d’affaires amé­ricain d’origine syrienne, de “formule belle et simple”.

Or le compte n’y est pas. La Syrie souffre davantage qu’Israël de pro­blèmes d’eau. Une répar­tition en fonction des besoins de chacun aurait été plus équi­table, d’autant que le droit inter­na­tional spé­cifie que le Golan et ses res­sources appar­tiennent bien à la Syrie.

Cela étant, il ne faut pas se laisser dicter sa conduite par un sen­timent d’injustice, mais par des consi­dé­ra­tions ration­nelles. Il est peut-​​être dans l’intérêt de la Syrie de signer un accord injuste. Pre­miè­rement, parce qu’il vaut mieux éviter l’affrontement mili­taire avec un ennemi plus fort. En second lieu, parce que cela pourrait lui per­mettre de réa­liser des objectifs dans d’autres domaines. La Syrie pourrait y gagner des marges de manœuvre pour réformer son économie, ses ins­ti­tu­tions et sa légis­lation, pour accorder davantage de liberté et de justice à ses citoyens, et pour lever l’état d’urgence [qui est en vigueur depuis 1963]. Autrement dit, la nor­ma­li­sation diplo­ma­tique avec Israël pourrait per­mettre la nor­ma­li­sation poli­tique avec sa propre popu­lation. Ce serait le seul moyen de sur­monter les oppo­si­tions que sus­ci­terait la signature d’un accord injuste avec Israël.

Or, jusque-​​là, l’apaisement avec Israël n’a pas fait pro­gresser la paix civile en Syrie. On peut se demander s’il n’y a pas un lien entre l’état d’urgence décrété par le régime syrien et l’état de guerre dans lequel il prétend être avec Israël. La popu­lation se résigne à la situation actuelle, mais, une fois la paix signée, elle risque de réclamer de pro­fonds changements.

Selon Alon Liel, l’interlocuteur [israélien] d’Ibrahim Süleyman, “Ehoud Olmert ne peut signer d’accord avec Damas s’il n’obtient pas de garantie sur la fin de l’alliance entre la Syrie et l’Iran”. Cela est vrai. Mais, de son côté, la Syrie ne peut signer d’accord avec Israël si elle n’obtient pas de garantie sur la pérennité de son régime. C’est pour cette raison que les Etats-​​Unis s’opposent à un tel accord. Et c’est pour cette même raison que les Syriens posent comme condition d’obtenir des garanties amé­ri­caines. Selon Liel, “un accord de paix doit faire partie d’un ensemble. Si un régime doit passer du camp iranien au camp occi­dental, c’est aux Etats-​​Unis d’en décider.” Et de garantir la pérennité et la sta­bilité du régime en question.

Tout le reste relève du détail, y compris le plateau du Golan. L’accord ne signi­fiera donc pas la fin des obs­truc­tions et de la “résis­tance”, ni le début d’un réel chan­gement. Car, pour sa propre survie, le régime syrien ne saurait se passer d’un ennemi.