Israël:Pour ses opposants, Tzipi Livni n’est pas une" héroïne " du Mossad

Serge Dumont, dimanche 27 juillet 2008

Le voile a été levé sur le passé de la ministre des Affaires étrangères.

« La poi­gnar­deuse ». C’est ainsi que l’entourage d’Ehoud Olmert qua­lifie la ministre des Affaires étran­gères, Tzipi Livni. Parce qu’elle a entamé une cam­pagne pour « une poli­tique propre » alors que le premier ministre est empêtré dans une sombre affaire de cor­ruption. Et parce que, son­dages à l’appui, elle se profile comme le pro­bable futur leader du parti Kadima. Donc comme le futur chef du gou­ver­nement au len­demain de pri­maires prévues à la mi-​​septembre.

Barrer la route

Certes, Tzipi Livni n’est pas la seule à briguer ce fau­teuil puisque le ministre de l’Intérieur, Meïr Shitrit, et celui des Trans­ports, Shaoul Mofaz, sont également can­didats. A en croire les son­dages, le premier n’aurait aucune chance mais pas le second, qui met en avant sa car­rière de chef de l’état-major au début de la deuxième Intifada, puis de ministre de la Défense d’Ariel Sharon.

De l’avis de la plupart des com­men­ta­teurs, Mofaz « n’est pas très cha­ris­ma­tique mais son passé mili­taire parle pour lui ». Unis à ceux d’Ehoud Olmert, ses par­tisans tentent en tout cas de barrer la route de Tzipi Livni en l’accusant de « manquer d’expérience sécu­ri­taire au moment où le pays est confronté à la menace nucléaire iranienne ».

La ministre des Affaires étran­gères ne se laisse pas faire. Son entourage rap­pelle ainsi à l’envi qu’elle a été un agent du Mossad entre 1980 et 1984. Donc qu’elle n’est pas selon eux « ignare en matière sécu­ri­taire ». Tous les coups sont permis dans le cadre de la lutte actuelle pour la conquête du pouvoir. Le mois passé, des sym­pa­thi­sants de Tzipi Livni ont ainsi inspiré une série d’articles selon les­quels la future ministre aurait « mené au risque de sa vie la chasse aux ter­ro­ristes de l’OLP (l’Organisation de libé­ration de la Palestine) » au début des années 1980.

Les ennemis de la ministre ont riposté cette semaine en révélant une partie du secret cou­vrant les acti­vités de Tzipi Livni au Mossad. Consi­dérée comme une « brillante recrue », Tzipi Livni aurait d’abord opéré dans plu­sieurs capi­tales euro­péennes, dont Paris. Là, dotée d’une fausse identité, elle était semble-​​t-​​il chargée de main­tenir en état les « safe houses » (appar­te­ments clan­destins) louées par le service. Elle veillait à ce que les lumières y soient régu­liè­rement allumées, à ce que le courrier soit relevé et à ce que la consom­mation en eau et en gaz soit constante. Cela afin de ne pas éveiller les soupçons de voisins ou d’agents de quartier.

Débuts « prometteurs »

A son retour à Tel-​​Aviv, la future ministre a été admise au cours de for­mation d’agents opé­ra­tionnels, le « saint des saints » du Mossad. Ses débuts dans ce sémi­naire ont, dit-​​on, été « pro­met­teurs ». Mais, un beau jour, elle a surpris ses ins­truc­teurs en pré­sentant sa démission pour épouser l’homme d’affaires avec lequel elle est encore mariée aujourd’hui. Selon les spé­cia­listes de la presse israé­lienne, il est donc impen­sable qu’elle ait mené des opé­ra­tions dan­ge­reuses en Europe, puisqu’elles sont réservées aux agents spé­cia­lement formés pour cela.