Israël-Palestine : les renseignements militaires contredisent Netanyahu

D’après "Haaretz", le chef des renseignements de Tsahal estime que l’incitation à la haine ne suffit pas à expliquer les violences palestiniennes.

Armin Arefi, Le Point, jeudi 5 novembre 2015

Déjà rappelé à l’ordre par les plus grands historiens de la Shoah après ses propos incendiaires dédouanant Hitler de l’idée de l’extermination des Juifs, Benyamin Netanyahu est à nouveau contredit, cette fois en privé, par le chef des renseignements de l’armée israélienne, sur l’origine de la flambée de violence actuelle en Israël et dans les territoires palestiniens. Alors que le Premier ministre israélien répète à l’envi que c’est l’incitation à la haine proférée par l’Autorité palestinienne de Mahmoud Abbas et le Hamas qui pousse nombre de jeunes Palestiniens à attaquer au couteau des citoyens israéliens, le major général Herzl Halevi aurait déclaré dimanche, lors du cabinet ministériel hebdomadaire, que la rage et la frustration ressenties par les jeunes Palestiniens faisaient partie des raisons expliquant leur passage à l’acte, rapporte le quotidien israélien de gauche Haaretz.

D’après le chef des renseignements de Tsahal, beaucoup de ces jeunes ont agi par désespoir face à la situation actuelle dans les territoires palestiniens. "Ils ont senti qu’ils n’avaient rien à perdre", aurait déclaré le militaire, selon trois participants à la réunion, qui ont rapporté ses propos à Haaretz, sous couvert d’anonymat. Pour autant, le major général Herzl Halevi n’épargne pas Mahmoud Abbas, dont il souligne le double jeu. S’il convient que le président de l’Autorité palestinienne a donné l’ordre à ses forces de sécurité d’empêcher les attaques contre les Israéliens en territoire palestinien, et qu’il a décidé d’autres mesures pour apaiser la situation, le chef des renseignements israéliens ajoute que "de l’autre côté, Mahmoud Abbas possède des forces qui agissent sur le terrain pour maintenir un certain degré d’activité", autrement dit de tension.

Implacable rhétorique gouvernementale

Les assertions du militaire israélien ont en tout cas provoqué la colère du ministre israélien de l’Immigration. D’après Haaretz, Zeev Elkin a accusé le major général Herzl Halevi de minimiser les effets de l’incitation à la haine côté palestinien et de ne blâmer qu’Israël. Conservant son sang-froid, et citant les nombreuses vidéos d’attaques au couteau et commentaires de jeunes Palestiniens diffusés sur les réseaux sociaux, le chef des renseignements de l’armée israélienne aurait alors concédé au ministre : "Oui, il y a aussi l’incitation à la haine."

Cette implacable rhétorique gouvernementale avait déjà été martelée par le ministre israélien de l’Intérieur lors de sa récente visite à Paris. Interrogé par Le Point sur l’idée que le geste d’un enfant de 13 ans s’attaquant à un Juif au couteau, tout en étant certain d’être abattu après, pouvait davantage traduire son désespoir face au manque de perspectives, Silvan Shalom n’en démordait pas et répondait que "tout cela repose sur l’incitation [à la haine]. Uniquement cela. Nous n’avons rien fait à ce jeune de 13 ans." Avant de demander : "Quel genre d’occupation un jeune de 13 ans ressent-il ?"

Ce n’est pas la première fois que le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahu est contredit par l’un de ses chefs militaires. En août dernier déjà, le chef d’état-major de l’armée israélienne, le général Eizenkot, expliquait dans un rapport dévoilé par Mediapart pourquoi l’Iran n’était pas la menace principale pour Israël, contrairement aux dires de Netanyahu, pour qui la République islamique demeure une menace existentielle. Cela n’a visiblement pas empêché son ministre de l’Intérieur, Silvan Shalom, de surenchérir lors de sa récente visite à Paris en déclarant que "la véritable menace à laquelle nous devons faire face est l’Iran. Pas Daesh [acronyme arabe de l’organisation État islamique, NDLR], ni le Hamas, ni cette nouvelle forme de violence [palestinienne au couteau, NDLR]".