Israël-Palestine : la conférence accouche… d’un projet de conférence

L’obsession de la recherche du consensus le plus large et la peur d’assumer une attitude ferme face à Israël ont produit le résultat attendu mais redouté : un texte plein de bonnes intentions mais sans ambition ni courage.

René Backmann, Mediapart, lundi 13 juin 2016

La conférence internationale sur la relance du processus de paix israélo-palestinien qui a réuni vendredi dernier à Paris les représentants de 29 pays et organisations internationales (ONU, Union européenne, Ligue arabe) s’est terminée dans la soirée par un communiqué, rédigé en anglais, qui fera date. Non par son éclat diplomatique, mais par sa brièveté (moins de 25 lignes) et l’extrême prudence de son contenu.

Certes, dans le « non-papier » préparatoire distribué, avant les travaux à tous les participants, (lire ici l’analyse de ce document) Paris préconisait « une approche consultative, recherchant le consensus le plus large, plutôt qu’une approche prescriptive », mais en matière de communication consensuelle, une sorte de record du plus petit commun dénominateur a été établi. Alors que le texte initial proposé par Paris soulignait que la solution à deux Etats « seule option viable » pour résoudre le conflit était « menacée au point d’être rendue presque impraticable par le développement incessant de la colonisation, y compris dans les zones les plus sensibles », le communique final de la réunion se borne à constater que les « actes de violence qui se poursuivent et l’activité de colonisation en cours mettent gravement en péril les perspectives de solution à deux Etats ».

Selon le communiqué, « les participants ont souligné que le statu quo n’est pas durable et insisté sur l’importance, pour les deux parties de faire la preuve, par leurs choix politiques et leurs actes, de leur engagement sincère en faveur de la solution à deux Etats, pour rebâtir la confiance et créer les conditions permettant de mettre un terme à l’occupation israélienne commencée en 1967 et de résoudre tous les problèmes du statut permanent à travers des négociations directes ». Pour le texte préparatoire, la recherche d’une solution devait être fondée sur cinq résolutions du Conseil de sécurité, les principes de la Conférence de Madrid, l’Initiative de paix arabe de 2002 et la feuille de route du Quartet. Le communiqué final ne mentionne plus que deux résolutions réclamant le retrait israélien « de » ou « des » territoires palestiniens occupés et l’Initiative de paix arabe.

A la satisfaction des Palestiniens, qui dénonçaient la stratégie constante de procrastination utilisée par les négociateurs israéliens, le non-papier mentionnait la nécessité d’adopter « une méthode et un calendrier » précis pour le déroulement des négociations à venir et annonçait la création d’un « groupe de pilotage » chargé de préparer la seconde conférence, au dernier trimestre de cette année, avec la participation, cette fois, des Israéliens et des Palestiniens.

Le communiqué se borne, sur ces points à indiquer que « les participants ont discuté les différentes voies par lesquelles la communauté internationale pourrait aider à faire avancer les perspectives de paix, y compris en fournissant aux parties des incitations significatives à conclure la paix ». Après avoir souligné l’apport potentiel de l’Initiative de paix arabe à la paix dans la région et salué le rôle du Quartet et des acteurs régionaux majeurs, le communiqué se borne à indiquer, en conclusion que les participants ont favorablement accueillie « l’offre de la France de coordonner l’effort des pays intéressés et d’organiser une conférence régionale avant la fin de l’année ». Comme dans le non-papier, pas un mot sur les six dossiers majeurs de la négociation : tracé des frontières, arrangements et garanties de sécurité, destin des réfugiés, partage de Jérusalem, question des colonies et des échanges de territoire, répartition des ressources en eau.

Rien sur les moyens d’inciter ou de contraindre Israël à accepter une négociation sur des bases nouvelles, c’est-à-dire sous le regard de représentants de la communauté internationale, et non, comme ce fut - vainement – le cas jusqu’à présent, dans un face à face à huis clos, sous le patronage bienveillant de Washington.

Il a fallu toute l’expérience du diplomate chevronné qu’est Pierre Vimont, ancien ambassadeur de France à Washington, chargé de l’organisation de cette conférence pour réunir les participants, dont le secrétaire d’Etat américain John Kerry, le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon, la responsable de la diplomatie européenne Federica Mogherini – au dépit probable de Nicolas Sarkozy, toujours aussi lucide et avisé en politique étrangère, qui annonçait « un désastre diplomatique comme rarement on en a vu ». Il faudra bien davantage que l’énergie et les talents d’un diplomate pour passer de cet échange de vues préparatoire à la véritable négociation, prévue lors de la deuxième conférence.

Surtout si Benjamin Netanyahou, plus que jamais lié aux colons et positionné à l’extrême droite par son alliance avec Avigdor Lieberman s’obstine impunément dans la préservation du statu quo, la poursuite de la colonisation et le refus de tout dialogue autrement qu’à ses conditions. Pour l’instant, il lui faut affronter les révélations par Mediapart et Haaretz sur ses relations avec le sulfureux « homme d’affaires » Arnaud Mimram (lire ici l’article de Fabrice Arfi) et il est difficile de dire s’il sortira indemne de cette épreuve politique et s’il sera encore au pouvoir dans six mois…