Israël-​​Palestine : l’UE hausse le ton

Nathalie Janne d’Othée, mardi 31 août 2010

La Haute Repré­sen­tante Ashton a en effet réaf­firmé que l’UE consi­dérait le tracé du mur se situant en ter­ri­toire pales­tinien comme illégal.

Cette semaine [24 août], Lady Ashton a créé la sur­prise en se déclarant concernée par le sort d’Abdallah Abu Rahma, un des leaders du mou­vement de résis­tance popu­laire du petit village de Bil’in en Cis­jor­danie. La Haute Repré­sen­tante a précisé que « l’UE consi­dérait le tracé du mur comme illégal là où il était construit sur le ter­ri­toire Pales­tinien » et que « l’emprisonnement pos­sible de Mr Abu Rahma était destiné à l’empêcher lui et d’autres Pales­ti­niens d’exercer leur droit légitime de pro­tester contre l’existence de la bar­rière de sépa­ration d’une manière non-​​violente » [1].

Cette décla­ration est lancée la veille d’une relance des pour­parlers directs entre Pales­ti­niens et Israé­liens, dans lequel le Quartet jouera un rôle de médiateur. Même si les Etats-​​Unis occupent une position domi­nante dans cet ensemble, la décla­ration d’Ashton sur le sort d’Abdallah Abu Rahma est de taille à inquiéter les auto­rités israé­liennes. Israël n’a d’ailleurs pas tardé à exprimer sa désap­pro­bation face à cette ten­tative d’ingérence de l’UE dans son système judi­ciaire. Mais la véri­table crainte d’Israël est de voir l’UE se détacher des posi­tions amé­ri­caines et emprunter une position plus ferme vis-​​à-​​vis de l’occupation israé­lienne lors des futures négociations.

Des négo­cia­tions qui s’annoncent chao­tiques eu regard de l’actualité de cette semaine. C’est davantage une rési­gnation qu’un réel enga­gement que Washington avait arraché la semaine passée à l’Autorité Pales­ti­nienne. Contraint par les argu­ments écono­miques amé­ri­cains, Mahmoud Abbas a fina­lement accepté tant bien que mal de négocier sans condition préa­lable. Néan­moins cette semaine l’AP s’est rétractée en annonçant qu’elle se reti­rerait de la table de négo­cia­tions si le mora­toire sur la colo­ni­sation n’était pas pro­longé. Depuis une semaine, Mahmoud Abbas a en effet du mal à jus­tifier son geste face à une opinion publique qui l’accuse d’avoir capitulé face aux pres­sions amé­ri­caines et israéliennes.

Neta­nyahou a donc été sommé par l’administration amé­ri­caine de donner des garanties sur la colo­ni­sation. Pour s’en sortir sans par ailleurs froisser les fac­tions d’extrême droite de sa coa­lition, ce dernier a consenti à un « mini-​​gel » de la colo­ni­sation pour pro­longer le mora­toire. Ce « mini-​​gel » ne concernera que les ten­ta­tives de colo­ni­sation illé­gales, au cœur de la Cis­jor­danie, et non les grandes colonies de peu­plement comme Ariel, Maale Adoumim, Modiin Illit, etc. Pourtant, ce sont bien ces der­nières qui posent le plus de pro­blèmes aux Pales­ti­niens. Pour la plupart englobées par le mur de sépa­ration Israël et reliées entre elles par des routes réservées aux Israé­liens, elles mor­cellent la Cis­jor­danie en une mul­titude d’ilots isolés (voir la carte de l’OCHA).

La prise de position de la baronne Ashton est donc loin d’être insi­gni­fiante. La Haute Repré­sen­tante a en effet réaf­firmé que l’UE consi­dérait le tracé du mur se situant en ter­ri­toire pales­tinien comme illégal. Si elle continue à suivre cette logique, l’UE pourrait main­tenant exercer des pres­sions sur Israël afin qu’il concède davantage qu’un « mini-​​gel » sur la colo­ni­sation. Dans le cas contraire, il est fort à craindre que l’on assiste seulement à des « mini-​​négociations ».

[1] voir Décla­ration :

EUROPEAN UNION Brussels, 24 August 2010 A 167/​​10

Sta­tement by the Spo­kes­person of High Repre­sen­tative of the Union for Foreign Affairs and Security Policy on conviction of human rights defender Abdallah Abu Rahma

The spo­kes­person of High Repre­sen­tative of the Union for Foreign Affairs and Security Policy/​​Vice

Pre­sident of the Com­mission Catherine Ashton issued the fol­lowing statement today :

"The High Repre­sen­tative is concerned by the conviction of 39-​​year-​​​​old Abdallah Abu Rahma in an Israeli military court on charges of inci­tement and orga­nising and attending demons­tra­tions. He is due to be sen­tenced shortly. The EU considers Abdallah Abu Rahma to be a Human Rights Defender com­mitted to non violent protest against the route of the Israeli sepa­ration barrier through his West Bank village of Bil’in.

The EU considers the route of the barrier where it is built on Pales­tinian land to be illegal. The High Repre­sen­tative is deeply concerned that the pos­sible impri­sonment of Mr Abu Rahma is intended to prevent him and other Pales­ti­nians from exer­cising their legi­timate right to protest against the exis­tence of the sepa­ration bar­riers in a non violent manner. "

Note to Editors : The EU attended all court hea­rings in the case of Abdallah Abu Rahma, who has been in detention since 10 December 2009."