Israël-​​Palestine : Salah Hamouri : "Je n’ai pas été défendu comme un vrai citoyen français"

Armin Arefi - Lepoint​.fr, jeudi 22 décembre 2011

Libéré dimanche soir, le Franco-​​Palestinien Salah Hamouri revient pour Le Point​.fr sur ses sept années de cap­tivité en Israël.

Le jeune Franco-​​Palestinien a été arrêté le 13 mars 2005 à l’âge de 19 ans. © Mohamad Torokman /​ Reuters

Sept ans. Il aura fallu presque sept ans pour que le jeune Franco-​​Palestinien Salah Hamouri recouvre la liberté. Une peine purgée dans sa quasi-​​totalité pour que le pré­sident Nicolas Sarkozy inter­vienne en sa faveur, à l’occasion de la seconde vague de libé­ration de 550 pri­son­niers pales­ti­niens obtenue par le Hamas, en échange de la libé­ration du soldat franco-​​israélien Gilad Shalit. Pourtant, sept années durant, Salah Hamouri, accusé d’avoir par­ticipé à un complot visant à assas­siner le rabbin ultraor­thodoxe Ovadia Yossef, n’a cessé de clamer son inno­cence. D’autant que l’acte d’accusation du jeune homme de 26 ans repose sur un complot "loin de la réa­li­sation" et avec "des éléments essen­tiels man­quants". Dans une interview au Point​.fr, le Franco-​​Palestinien explique pourquoi Paris a fait véri­ta­blement preuve d’un "deux poids deux mesures" entre son cas et celui du soldat Gilad Shalit.

Le Point​.fr : Salah Hamouri, quand avez-​​vous appris votre libération ?

Salah Hamouri : J’ai été transféré de ma prison mer­credi dernier à six heures du matin vers un autre centre péni­ten­tiaire du nord d’Israël, où j’ai passé une nuit. Cela a recom­mencé le jeudi, à 6 h 30, où j’ai été transféré dans une autre prison, au nord, où j’ai cette fois passé sept heures. C’est là que la Croix-​​Rouge m’a annoncé que mon nom figurait sur la liste de la seconde vague de pri­son­niers pales­ti­niens libérés. J’ai été ensuite à nouveau déplacé dans une prison, dans le Sud cette fois. J’y ai passé les trois der­niers jours, tota­lement isolé, avant ma libé­ration dimanche à 22 heures.

Comment avez-​​vous réagi à cette annonce ?

Recouvrer la liberté est tout sim­plement extra­or­di­naire. C’est comme une renais­sance pour moi. Mais je n’arrive même pas à l’exprimer avec des mots. La liberté était ce qu’il y avait de plus cher à mes yeux.

Vous attendiez-​​vous à être libéré ?

Ayant fini ma peine, je devais nor­ma­lement être libéré le 28 novembre. Mais les auto­rités israé­liennes en ont décidé autrement. Ils ont annulé une loi admi­nis­trative qui retirait une semaine à chaque année de condam­nation (cette loi auto­risait la justice mili­taire israé­lienne à convertir au cours d’une même peine les années civiles - 365 - en années admi­nis­tra­tives - 345 jours. Dès lors, le Franco-​​Palestinien devait passer 140 jours sup­plé­men­taires en prison, et ne pas sortir avant mars 2012, NDLR). Après la pre­mière vague de libé­ration de pri­son­niers, cette mesure per­mettait ainsi à la justice de remplir ses quotas de pri­son­niers pales­ti­niens en nous main­tenant en prison.

Le pré­sident Sarkozy est intervenu en votre faveur auprès du rabbin Ovadia Yossef. Avez-​​vous davantage d’informations à ce sujet ?

Je continue de croire que ma libé­ration a été obtenue grâce aux efforts depuis sept ans de mon comité de soutien en France, présidé par Jean-​​Claude Lefort (député hono­raire com­mu­niste, NDLR). C’est ce soutien qui a accentué la pression sur le gou­ver­nement français afin qu’il utilise à son tour ses moyens de pression sur le gou­ver­nement israélien pour obtenir ma libé­ration. Celle-​​ci est la consé­quence directe du travail acharné de mon comité de soutien.

Comment considérez-​​vous l’action du gou­ver­nement français qui a demandé votre libé­ration au bout de sept ans ?

L’intervention du gou­ver­nement français n’est arrivée que trop tar­di­vement. J’aurais voulu être libéré il y a des années. Or, pendant tout ce temps, les demandes de libé­ration for­mulées par Paris n’étaient que trop timides. Je n’ai pas été défendu comme un vrai citoyen français.

Estimez-​​vous avoir été traité de la même façon que le soldat franco-​​israélien Gilat Shalit ?

Il est clair que, pendant toutes ces années de détention, il y avait une dif­fé­rence entre moi, un civil, et Gilad Shalit, un soldat. Mal­heu­reu­sement, la France n’a pas réagi sur les bases du droit international.

Receviez-​​vous en prison des informations sur la mobilisation en votre faveur ?

Mes amis et mes parents m’en infor­maient. Cela a été quelque chose de magni­fique pour moi, et cela m’a soutenu psy­cho­lo­gi­quement. Cela m’a donné d’autant plus de foi et de croyance. La nécessité d’une amitié pro­fonde entre tous les peuples.

Vous avez donc entendu parler du soutien de François Cluzet, et de la polé­mique qu’il a suscitée…

Cet acteur a réalisé un geste tout bon­nement héroïque, qui m’a énor­mément touché. Je l’ai d’ailleurs contacté et remercié depuis ma cellule. En s’exprimant au 13 heures de France 2 à mon sujet, François Cluzet a fait un choix d’autant plus admi­rable qu’il a subi par la suite beaucoup de pres­sions diverses… C’est pourtant ce que l’on appelle la liberté d’expression.

Comment avez-​​vous été traité en prison ?

Comme tous les pri­son­niers pales­ti­niens, nous vivions dans des condi­tions dif­fi­ciles, à huit par cellule. Les Israé­liens nous met­taient constamment sous pression, de toutes les façons pos­sibles. On nous empê­chait par exemple de recevoir des livres, d’étudier, ou parfois de recevoir des visites.

Pourquoi avez-​​vous mené une grève de la faim en septembre ?

Je n’étais pas seul. Nous étions 234 pri­son­niers poli­tiques à pro­tester contre l’aggravation de nos condi­tions de détention depuis l’enlèvement du soldat Shalit. Cela m’a valu une semaine d’isolement, sans pos­si­bilité de voir ni ma famille, ni mon avocat, ni même le consul de France. Mais au bout du compte, l’administration israé­lienne s’est résignée à accepter nos reven­di­ca­tions, même si elles n’ont pas été appli­quées à ce jour.

Vous avez été accusé d’avoir par­ticipé à un complot visant à assas­siner le rabbin ultraor­thodoxe Ovadia Yossef.

Les Israé­liens conti­nuent de parler de délit d’intention. Ma seule réponse, c’est que, pendant ce temps, 11 000 Pales­ti­niens, dont 350 enfants, ont été arrêtés. C’est très grave. Du point de vue israélien, tout le peuple pales­tinien est condamné d’avance.

On vous accuse d’être un militant poli­tique proche du Front de libé­ration de la Palestine…

Je suis tout d’abord membre du peuple pales­tinien. Ce peuple, vivant sous l’occupation, est donc néces­sai­rement politisé. J’ai tou­jours été militant pour les libertés de mon peuple. Ce droit à la liberté est reconnu au niveau inter­na­tional. Tous les peuples, les Français, les Viet­na­miens et autres y ont droit. Je ne pense pas qu’il eût été accep­table en France de condamner la résis­tance du peuple français à l’occupation durant la Seconde Guerre mon­diale. Par consé­quent, je trouve inac­cep­table de condamner notre lutte. Notre peuple ne doit pas être exclu de l’histoire.

Maintenant que vous êtes libre, qu’allez-vous faire ?

Je vais rester quelques jours auprès de ma famille. Je vais ensuite essayer de me rendre en France pour remercier tous ceux qui se sont mobi­lisés pour moi. Je suis français, ne l’oubliez pas.

Pendant votre incar­cé­ration, les Pales­ti­niens ont connu deux bou­le­ver­se­ments majeurs. La demande de Mahmoud Abbas d’adhésion d’un État pales­tinien à l’ONU ainsi que les deux vagues de libé­ration de détenus pales­ti­niens obtenues par le Hamas en échange de la libé­ration de Gilad Shalit. Comment les avez-​​vous accueillies ?

Il existe bien évidemment une contra­diction entre les deux méthodes. Je considère néan­moins les deux comme très impor­tantes. Celle du Hamas m’a libéré, et celle de Mahmoud Abbas, je l’espère, per­mettra de libérer mon peuple.