Israël-​​ Palestine : La crise de l’eau s’accentue et frappe durement les Palestiniens

Michel Bôle-​​Richard, lundi 18 août 2008

L’eau est un enjeu majeur des négo­cia­tions entre Pales­ti­niens et Israé­liens pour la création d’un Etat pales­tinien. Le pro­cessus d’Oslo avait laissé cette question capitale de côté. Les Israé­liens consomment 3,5 fois plus d’eau que les Pales­ti­niens et contrôlent com­plè­tement les res­sources en eau de la Cisjordanie.

Uri Shani, un uni­ver­si­taire qui préside aux des­tinées de la Water Authority (Mekorot), a lancé, en juillet, un véri­table cri d’alarme : "Israël connaît la pire crise de l’eau de son exis­tence." "Nous allons à la catas­trophe", a-​​t-​​il averti, en pré­cisant qu’un peu partout les signaux d’alerte s’étaient allumés.

Le lac de Tibé­riade, qui fournit un tiers de la consom­mation nationale, a atteint sa ligne rouge (213 mètres au-​​dessous du niveau de la mer). A l’automne, il pourrait atteindre la ligne noire au-​​dessous de laquelle ce grand réservoir serait en péril en raison des risques de sali­ni­sation et d’apparition d’algues toxiques. Uri Shani a fait un état des lieux de tous les bassins aqui­fères. Leur niveau n’a jamais été aussi bas. Le bassin de la côte a déjà atteint la ligne noire, ce qui signifie qu’il y a déjà eu des infil­tra­tions d’eau de mer et que "des dégâts peut-​​être irré­ver­sibles ont été causés", a-​​t-​​il souligné.

Uri Shani a déjà prévenu que les pro­chaines années ris­quaient d’être pires. Une série de mesures ont été et vont être prises. L’arrosage public pourrait être interdit dès l’an pro­chain. "Israël deviendra jaune et il faudra apprendre à nager dans des pis­cines vides", a prévenu Uri Shani. Les quan­tités d’eau uti­lisées par l’agriculture seront réduites d’un tiers. Une cam­pagne nationale a été lancée pour inciter la popu­lation à écono­miser l’eau. Son prix va aug­menter. Depuis quatre ans, il pleut de moins en moins. Pour l’année 2008, le déficit prévu sera de 350 mil­lions de mètres cubes. Et la consom­mation domes­tique aug­mente de 4 % par an.

Le manque de pluie frappe aussi durement la Cis­jor­danie. Un tiers en moins au cours du dernier hiver. "2008 a été déclarée année de séche­resse. La situation au sud et à l’est d’Hébron, à Bethléem, à Jénine est pré­oc­cu­pante", dit Ayman Rabie, res­pon­sable de l’organisation non gou­ver­ne­mentale (ONG) Pales­tinian Hydrology Group. L’approvisionnement venant d’Israël a été réduit de 20 à 30 %, affirme l’Office de coor­di­nation pour les affaires huma­ni­taires de l’ONU (OCHA). Il y a désormais des cou­pures d’eau. Des camions-​​citernes pal­lient les manques, mais l’eau est quatre fois plus chère.

B’Tselem, orga­ni­sation israé­lienne de défense des droits de l’homme, lance un cri d’alarme, indi­quant que 20 % de la popu­lation de Cis­jor­danie n’est pas connectée au réseau et que les réserves de l’hiver sont épuisées. "J’ai demandé 8 mil­lions de mètres cubes sup­plé­men­taires à Mekorot. Ils m’ont été refusés", s’inquiète Shaddad Al-​​Attili, res­pon­sable de la Pales­tinian Water Authority (PWA). Le déficit se situera cette année aux alen­tours de 69 mil­lions de mètres cubes.

A Gaza, "c’est catas­tro­phique", raconte M. Al-​​Attili, qui explique que la nappe phréa­tique est à un niveau cri­tique, qu’elle est tota­lement polluée par l’eau de la mer et par les rejets des eaux usées qui ne sont pas traitées. "Seuls ceux qui ont les moyens peuvent s’acheter un appareil pour purifier l’eau. On va au-​​devant d’une catas­trophe sani­taire", s’alarme Ayman Rabie.

L’eau est un enjeu majeur des négo­cia­tions entre Pales­ti­niens et Israé­liens pour la création d’un Etat pales­tinien. Le pro­cessus d’Oslo avait laissé cette question capitale de côté. Les Israé­liens consomment 3,5 fois plus d’eau que les Pales­ti­niens et contrôlent com­plè­tement les res­sources en eau de la Cisjordanie.

Shaddad Al-​​Attili avoue son impuis­sance. "Il n’est pas pos­sible de creuser un puits sans l’autorisation d’Israël et les accords ne sont donnés que pour le bassin oriental, le plus profond, et quel­quefois pour celui du nord, le moins fourni. Pour la nappe occi­dentale, la plus impor­tante, c’est impos­sible. Or notre popu­lation a doublé depuis que l’Autorité pales­ti­nienne a été créée et notre allo­cation en eau est tou­jours la même. Nous mourrons de soif alors que les Israé­liens pensent seulement à réduire leur consom­mation." Les Pales­ti­niens veulent que leur eau leur soit rendue. "Israël alloue seulement 20 % de l’eau puisée en Cis­jor­danie et empêche la PWA de déve­lopper des res­sources addi­tion­nelles", s’insurge B’Tselem.

Ayman Rabie raconte : "Il faut des permis pour creuser des puits à une pro­fondeur requise, entre­prendre des réha­bi­li­ta­tions du réseau, construire un réservoir, com­mander des pompes ou des tuyaux. Et ces der­niers ne doivent pas être d’une largeur supé­rieure à 8 inches (20 cen­ti­mètres) pour que l’on n’ait pas trop d’eau." Ayman Rabie explique aussi que les colons font ce qu’ils veulent, qu’ils ont de l’eau 24 heures sur 24 et qu’il suffit de se pro­mener en Cis­jor­danie pour voir le contraste entre les colonies vertes et les vil­lages pales­ti­niens arides.

Non seulement l’eau est rare, mais celle qui est uti­lisée souille les pay­sages et le sous-​​sol, car Israël ne donne pas d’autorisation pour la construction de centres de retrai­tement. 90 % des effluents sont rejetés non traités.

Shaddad Al-​​Attili enrage car, depuis plu­sieurs années, il ne peut uti­liser l’argent alloué par la com­mu­nauté inter­na­tionale pour construire les unités de trai­tement des eaux. L’Agence fran­çaise de déve­lop­pement a, par exemple, engagé 50 mil­lions d’euros pour des projets qui restent gelés faute d’un accord israélien. "En fait, dit Ayman Rabie, nous aurions le feu vert si les colonies étaient auto­risées à se connecter sur le réseau de retrai­tement des eaux, ce qui revien­drait à léga­liser leur existence."

A l’avenir, Israël va devoir non seulement répartir l’eau plus équi­ta­blement mais aussi trouver des res­sources sup­plé­men­taires pour éviter une pénurie crois­sante. En 2001, une com­mission de la Knesset avait déjà dressé un constat alarmant et demandé que des mesures soient prises, notamment pour la construction d’usines de des­sa­lement de l’eau.

L’objectif était d’atteindre la pro­duction de 400 mil­lions de mètres cubes en 2006. Aujourd’hui, 130 mil­lions de mètres cubes pro­viennent de trois usines. Trois autres vont per­mettre d’augmenter la capacité à 500 mil­lions de mètres cubes, en 2012, et 750 mil­lions, en 2020. Il est aussi prévu de favo­riser le retrai­tement des eaux usées qui ali­mentent en bonne partie l’agriculture.

Mohsé Perl­mutter, de la société de pro­tection de la nature, pense que "le plan d’urgence vient trop tard" et annonce des len­de­mains dif­fi­ciles pour Israël. Surtout si les Pales­ti­niens exigent le contrôle de leurs res­sources en eau.


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Le projet de canal mer Rouge-​​mer Morte inquiète les écolo­gistes Photo : Tamar Dressler/​IRIN

HER­ZELIYA, 4 août 2008 (IRIN) - Les asso­cia­tions de défense de l’environnement ont exprimé des pré­oc­cu­pa­tions concernant le projet de construction d’un canal reliant la mer Rouge à la mer Morte, et visant à sauver cette der­nière en y déversant les eaux de la première.

Selon les écolo­gistes, en effet, trop peu de recherches ont été menées sur la question et les autres options pos­sibles n’ont pas été envisagées.

« Nous nous inquiétons de ce qui arrivera à la mer Morte lorsque cette quantité d’eaux marines lui sera ajoutée », a déclaré Gidon Bromberg, de Friends of the Earth Moyen-​​Orient, lors d’une audience publique orga­nisée le 30 juillet par la Banque mon­diale à Her­ziliya, à la suite de deux autres audiences, tenues l’une à Ramallah, l’autre à Amman.

Selon M. Bromberg, on ignore également les réper­cus­sions qu’aura l’extraction de ces eaux sur la mer Rouge, et les pro­blèmes qui risquent d’être causés par l’acheminement d’une telle quantité d’eau à travers le désert.

Cer­tains experts ont notamment fait remarquer que cette région était connue pour son activité sismique.

Dans le cadre du projet mer Rouge-​​mer Morte, les eaux pré­levées dans la mer Rouge seraient pour partie des­salées à des fins de consom­mation par les Israé­liens, les Jor­da­niens et les Pales­ti­niens. Le reste de ces eaux ser­virait à sauver la mer Morte.

La mer Morte en danger

Le niveau des eaux de la mer Morte continue de chuter à raison d’un mètre par an environ, et la mer Morte a perdu environ un tiers de son volume, essen­tiel­lement au cours des 30 der­nières années.

En plus d’être un écosystème unique et riche en minéraux, la mer Morte est connue sous le nom de « mer de sel » en hébreu, pour sa teneur remar­qua­blement élevée en sel.

Selon les écolo­gistes, l’exploitation excessive des minéraux de la mer Morte, et l’assèchement et la pol­lution du Jourdain, sa source d’eau natu­relle, ont contribué à la chute du niveau de ses eaux.

Si toutes les parties pre­nantes (les écolo­gistes, les entre­prises, les divers gou­ver­ne­ments et leurs citoyens) s’accordent à dire que la mer Morte doit être sauvée, il reste à savoir comment.

« Même avec ce conduit, qu’il soit construit ou non, le Jourdain doit être réha­bilité », a sou­ligné Nader el Khatib, écolo­giste pales­tinien de l’Organisation pales­ti­nienne pour le déve­lop­pement des eaux et de l’environnement.

L’écologiste doute également qu’il soit pos­sible d’acheminer les eaux des­salées du Golfe d’Aqaba jusqu’en Cis­jor­danie et que cela constitue la solution la meilleure et la moins chère à la crise hydrique palestinienne.

En outre, s’il est vrai que la chute d’eaux dans cette région, la plus basse sur terre, per­met­trait de pro­duire de l’hydro-électricité, la com­bustion de car­bu­rants fos­siles res­terait néan­moins néces­saire pour des­saler et dis­tribuer l’eau, ajoutant aux pré­oc­cu­pa­tions des écologistes.

Diverses idées ont déjà été sug­gérées par le passé concernant le des­sa­lement de l’eau de la Médi­ter­ranée au profit de la Cisjordanie.

Mais de nom­breux écolo­gistes s’accordent à dire que sauver le Jourdain, dont les eaux sont également détournées par la Syrie, Israël et la Jor­danie à des fins de consom­mation, est une option qui n’a pas été envi­sagée comme il se doit.

Une étude qui s’achèvera en 2010

Un res­pon­sable de la Banque mon­diale a expliqué à IRIN que les ques­tions sou­levées étaient prises en consi­dé­ration dans le cadre d’une étude qui devrait être achevée en 2010.

Selon les écolo­gistes, néan­moins, le comité qui envisage des solu­tions alter­na­tives est composé de res­pon­sables des gou­ver­ne­ments et non d’experts indépendants.

« Nous nous opposons à ce que la Banque [mon­diale] nomme, en col­la­bo­ration avec les gou­ver­ne­ments, un groupe d’experts sélec­tionnés par les auto­rités des eaux », a déclaré M. Bromberg à IRIN, à l’issue de l’audience.

Au début de la semaine, le Par­lement israélien avait formé une com­mission d’enquête indé­pen­dante, pour mener des recherches sur la crise hydrique israé­lienne, une mesure favo­ra­blement accueillie, entre autres, par les écolo­gistes.  [1]