Israël Netanyahou bien placé pour gouverner

Renée-​​Anne Gutter, vendredi 20 février 2009

Le leader d’extrême droite Avigdor Lie­berman exprime sa pré­fé­rence pour le chef du parti de droite Likoud. Mais il recom­mande un gou­ver­nement d’union nationale avec Kadima. Il n’est pas sûr que cela enchante Tzipi Livni.

La ten­dance se précise : c’est Ben­jamin Neta­nyahou, du parti de droite Likoud, qui a toutes les chances de se voir confier la for­mation du pro­chain gou­ver­nement israélien. Le pré­sident de l’Etat, Shimon Pérès, a terminé jeudi soir son marathon de consul­ta­tions avec les diverses fac­tions par­le­men­taires qui ont émergé des récentes légis­la­tives. Et plus de la moitié des députés se sont pro­noncés en faveur de M. Neta­nyahou. Tous appar­tenant à la droite.

Les légis­la­tives ont donné à M. Neta­nyahou un siège de moins qu’à sa rivale Tzipi Livni, du parti cen­triste Kadima (27 contre 28 sur les 120 sièges de la Knesseth), mais elles l’ont doté d’un bloc de droite de 65 sièges, avec en plus du Likoud, deux partis ultra-​​orthodoxes, deux partis ultra­na­tio­na­listes et, surtout, le parti anti-​​arabe d’Avigdor Lie­berman, Israël Bei­ténou, devenu le troi­sième en impor­tance dans la constel­lation par­le­men­taire israélienne.

Avant d’annoncer son choix défi­nitif, M. Pérès compte revoir M. Neta­nyahou et Mme Livni ce ven­dredi. Appa­remment, pour les convaincre d’envisager une union gou­ver­ne­mentale entre eux. D’autant plus qu’une telle union est également la condition posée désormais par l’incontournable "Ivet". En effet, la recom­man­dation faite par M. Lie­berman à M. Pérès a été déter­mi­nante. Sans elle, l’appui pour M. Neta­nyahou aurait perdu sa majorité absolue, et M. Pérès - qui émane lui-​​même de Kadima - aurait pu être tenté de confier la for­mation gou­ver­ne­mentale à Mme Livni. A peine rentré mer­credi soir d’une semaine de congé privé en Bié­lo­russie, M. Lie­berman [1] avait laissé le pays dans le sus­pense jusqu’à la der­nière minute, notamment jusqu’à son arrivée à la rési­dence du pré­sident à Jéru­salem, jeudi matin. Son entourage avait tou­tefois laissé entendre ces der­niers jours qu’il ne se pro­non­cerait "ni pour Tzipi, ni pour Bibi", afin de laisser ses propres options ouvertes. Et depuis la semaine der­nière, le Likoud et Kadima menaient chacun sépa­rément des négo­cia­tions qui sem­blaient pro­met­teuses avec ses délégués.

C’est donc à la sur­prise générale que M. Lie­berman s’est clai­rement et expli­ci­tement pro­noncé en faveur de M. Neta­nyahou. "Bibi" n’est cependant pas au bout de ses peines. Car M. Lie­berman a posé ses condi­tions. Primo, M. Neta­nyahou doit former "le plus large gou­ver­nement pos­sible". A savoir une union Likoud-​​Kadima-​​Israël Bei­ténou à laquelle d’autres partis pourront se joindre par la suite s’ils le désirent.

Secundo, cette union pourra uni­quement être dirigée par M. Neta­nyahou. Pas question pour M. Lie­berman d’alternance à la tête du gou­ver­nement. Il n’a pas exclu de siéger dans un gou­ver­nement Neta­nyahou étroit, uni­quement de droite, mais celui-​​ci sera, selon lui, "un gou­ver­nement de para­lysie". Or Livni refuse caté­go­ri­quement de s’allier Neta­nyahou en position subor­donnée. Elle a déclaré jeudi qu’elle "ne servira pas de feuille de vigne" à un gou­ver­nement qui ne pro­mouvra pas le pro­cessus de paix. Et son parti est de plus en plus résolu à aller dans l’opposition, d’où il pourra exploiter l’instabilité interne et la para­lysie poli­tique du gou­ver­nement Neta­nyahou pour reprendre sa propre ascension vers le pouvoir.

[1] voir aussi :

Les déboires de Lieberman

Le chef du parti d’extrême droite Israël Bei­teinou, Avigdor Lie­berman, est soup­çonné de cor­ruption et va être interrogé par la police dans les pro­chaines semaines, a indiqué jeudi la radio militaire.

M. Lie­berman est soup­çonné de cor­ruption, de fraude, de blan­chiment d’argent et d’abus de confiance. Il aurait reçu de "très impor­tantes sommes d’argent en pro­ve­nance de l’étranger" pour financer ses cam­pagnes élec­to­rales. Ces fonds auraient transité par des sociétés fic­tives et dif­fé­rents comptes bancaires.

Les enquê­teurs ont ren­contré mer­credi le pro­cureur général Menahem Mazuz pour lui pré­senter les résultats de leurs inves­ti­ga­tions et lui demander son feu vert pour pro­céder à l’interrogatoire de M. Lie­berman dans les pro­chaines semaines. (AFP)