Israël . Lieberman aimait les pots-​​de-​​vin

Pierre Barbancey, lundi 6 avril 2009

Le nouveau ministre des Affaires étran­gères, d’extrême droite, opposé à la création d’un État pales­tinien, est rat­trapé par son passé.

À peine nommé ministre des Affaires étran­gères du gou­ver­nement dirigé par Benyamin Neta­nyahou, le chef de l’extrême droite israé­lienne, Yisraël Beïtenu, Avigdor Lie­berman, occupe les titres de l’actualité, essen­tiel­lement sur deux dos­siers. L’un relève du droit commun [1].

La police israé­lienne l’a interrogé, jeudi, durant sept heures et demie, dans le cadre d’une enquête ouverte, il y a neuf ans, sur des affaires de cor­ruption, blan­chiment d’argent et abus de confiance dont il se serait rendu cou­pable. La presse israé­lienne a rap­porté que Lie­berman aurait, notamment, reçu des pots-​​de-​​vin via une firme de consul­tants, dirigée par sa fille Michal, qui a été inter­rogée ainsi que plu­sieurs des col­la­bo­ra­teurs, avant les élec­tions du 10 février. Évidemment, Avigdor Lie­berman s’estime victime d’une cam­pagne de dif­fa­mation. Il a déjà demandé à la justice d’ordonner la clôture de l’enquête le concernant. Cet ancien caporal de l’armée israé­lienne et ex-​​videur de boîte de nuit, venu d’URSS en 1978, rapi­dement inscrit au Likoud (droite) après avoir hébraïsé son prénom d’Evet en Avigdor, est un adepte de la poli­tique bull­dozer. En 1999, frustré par les com­promis rendus néces­saires par les coa­li­tions poli­tiques, il fonde Yisraël Beïtenu (Israël, notre maison) et prône un échange de ter­ri­toires entre les loca­lités où vivent 1,5 million d’Arabes Israé­liens et les colonies juives de Cis­jor­danie. Il vit d’ailleurs lui-​​même dans une de ces implan­ta­tions. Ce qui n’a pas empêché Lie­berman de par­ti­ciper à dif­fé­rents gou­ver­ne­ments dans le passé, jusqu’à être vice-​​premier ministre et ministre des Affaires stra­té­giques, notamment dans le cabinet dirigé par Ehoud Olmert.

Ironie de l’histoire, Lie­berman est aujourd’hui ministre des Affaires étran­gères du fait du résultat de sa for­mation aux der­nières élec­tions légis­la­tives. Un scrutin qui s’est tenu pour cause de démission du premier ministre, Ehoud Olmert, lui-​​même impliqué dans des scan­dales finan­ciers. Ce qui n’a rien d’extraordinaire en Israël où de nom­breux diri­geants sont (ou ont été) impliqués dans des affaires de cor­ruption et de mal­ver­sation. C’est notamment le cas d’Ariel Sharon et même de Benyamin Neta­nyahou, inquiété en son temps. Sans parler de l’ancien pré­sident d’Israël, Moshe Katsav, accusé de har­cè­lement sexuel. Lie­berman avait inauguré son poste, mer­credi, par une décla­ration fra­cas­sante reniant le pro­cessus de paix lancé en novembre 2007 à Anna­polis. « Le gou­ver­nement israélien n’a jamais ratifié Anna­polis, pas plus que la Knesset », a-​​t-​​il fait valoir, estimant que le seul document liant Israël était la « feuille de route » de 2003 qui pré­voyait la création d’un État pales­tinien pour… 2005.

[1] voir aussi Radio Canada :

Pour une seconde journée d’affilée, ven­dredi, la police israé­lienne a interrogé pendant de longues heures le nouveau ministre des Affaires étran­gères, Avigdor Lie­berman, sur des sus­pi­cions de pots-​​​​de-​​​​vin, de cor­ruption, de blan­chiment d’argent et d’abus de confiance.

La police a fait savoir qu’il serait sous peu interrogé à nouveau.

Selon les médias israé­liens, le chef du parti d’extrême droite Israël Bei­tenou, clé de voûte de la coa­lition au pouvoir, aurait reçu d’importantes sommes d’argent de l’étranger pour financer ses campagnes électorales.

La police affirme avoir ras­semblé quelques mil­liers de docu­ments poten­tiel­lement incri­mi­nants pour M. Lie­berman, notamment auprès de ses avocats et des auto­rités chy­priotes, depuis le début de l’enquête, il y a plus d’un an, rap­porte le quo­tidien israélien Haaretz.

Un officiel du dépar­tement chy­priote de lutte contre le blan­chiment d’argent a confirmé avoir reçu d’Israël de mul­tiples demandes d’informations au sujet de tran­sac­tions concernant Avigdor Lieberman.

La somme de ces docu­ments four­nirait les détails d’une nébu­leuse de sociétés fic­tives struc­turant le réseau de blan­chiment qu’auraient mis sur pied Lie­berman et ses aco­lytes. S’y trouvent notamment des infor­ma­tions sur de nom­breux trans­ferts d’argent et des comptes ban­caires. Un cabinet-​​​​conseil dirigé par sa fille, Michal Lie­berman, ferait partie de l’équation.

Tou­jours selon Haaretz, qui cite des sources poli­cières, M. Lie­berman pourrait être inculpé d’ici quelques mois.

Selon le porte-​​​​parole de la police, Mickey Rosenfeld, le ministre des Affaires étran­gères nie toutes les allé­ga­tions et affirme qu’il s’agit d’un coup politique monté.

M. Lie­berman avait été convoqué une pre­mière fois en avril 2007 dans le cadre de cette enquête. La police s’était abs­tenue dans les récentes semaines de le convoquer à nouveau, en raison des négo­cia­tions en cours pour la for­mation d’un gou­ver­nement de coalition.

M. Lie­berman a demandé à la justice israé­lienne d’agir de façon expé­ditive dans le dossier, sou­tenant qu’il est dérai­son­nable de laisser planer sur un homme public de telles allégations. http://​www​.radio​-canada​.ca/​n​o​u​v​e​l​l​e​s​/​I​n​t​e​r​n​a​t​i​o​n​a​l​/​2009​/​​04​/​​03​/​​003​-​i​s​r​a​e​l​-​l​i​e​b​e​r​m​a​n​.​shtml