Israël : Les opérations en Cisjordanie sont entachées de graves violations des droits humains

Les forces israéliennes ont tué des Palestiniens, détruit des biens et procédé à des arrestations massives

Human Rights Watch, vendredi 4 juillet 2014

(Jérusalem, le 3 juillet 2014) – Les opérations militaires menées par Israël en Cisjordanie suite à l’enlèvement et au meurtre de trois adolescents israéliens constituent une forme de punition collective, a déclaré Human Rights Watch aujourd’hui. Parmi ces opérations, dont certaines sont menées avec un recours illicites à la force, figurent des arrestations arbitraires ainsi que des démolitions illégales de maisons. Lors d’opérations menées dans plusieurs villes, villages et camps de réfugiés, les forces israéliennes ont tué par balles au moins cinq Palestiniens et arrêté au moins 150 personnes sans les inculper formellement.

L’armée israélienne affirme que ces opérations sont menées en guise de réponse aux enlèvements et aux meurtres, et visent à affaiblir le Hamas. Toutefois, le nombre élevé d’arrestations arbitraires et de placements en détention, le recours illégal à la force, la destruction de biens ainsi que les incursions dans des domiciles et des bureaux de journalistes suscitent des préoccupations quant à l’imposition d’une forme de punition collective. Human Rights Watch a enquêté sur deux des cinq cas de Palestiniens abattus, et bien que certains jeunes jetaient des pierres, aucun élément de preuve n’indiquait que les victimes ou d’autres personnes dans la ligne de feu posaient une menace imminente pour la vie des soldats israéliens ou d’autres individus à proximité.

« Les efforts entrepris par Israël pour retrouver les personnes responsables des enlèvements et des meurtres révoltants de ses citoyens ne peuvent justifier le meurtre illégal de civils, ni la destruction de biens ou la détention de centaines de Palestiniens sans procédure régulière », a déclaré Sarah Leah Whitson, directrice de la division Moyen-Orient et Afrique du Nord à Human Rights Watch. « Les assassins qui ont tué les trois adolescents israéliens doivent être retrouvés et traduits en justice, mais une punition collective sans jugement ne fera qu’engendrer plus d’injustice. »

Les forces de sécurité israéliennes devraient aussi prendre toutes les mesures possibles pour empêcher les attaques menées en guise de représailles, comme celles commises à Jérusalem le 1er juillet, lors desquelles des manifestants ont crié « Mort aux Arabes » et agressé plusieurs résidents palestiniens, selon les médias.

Selon les médias, les forces israéliennes ont découvert les corps des trois adolescents enlevés au nord de Hébron, en Cisjordanie. Human Rights Watch a précédemment publié des communiqués condamnant d’abord l’enlèvement des adolescents, puis leur meurtre, suite à la découverte des corps.

Depuis le 12 juin, les forces israéliennes ont arrêté environ 700 Palestiniens dont au moins 450 sont actuellement en détention, selon Addameer, une organisation de défense des droits des prisonniers palestiniens.

Près de 350 Palestiniens se trouvent actuellement en « détention administrative » en Israël, ce qui constitue le nombre le plus élevé depuis 2009. Le gouvernement israélien devrait soit formellement inculper ces détenus d’une infraction pénale, soit les libérer, selon Human Rights Watch.

Dans l’un des incidents sur lesquels Human Rights Watch a enquêté, Ahmed Samada, 20 ans, a été mortellement blessé à la poitrine par les forces israéliennes dans le camp de réfugiés de Jalazon à environ 2h15 du matin le 17 juin. Des résidents du camp ont indiqué à Human Rights Watch que les forces israéliennes étaient entrées dans le camp et avaient à tiré des balles en caoutchouc et des balles réelles sur des jeunes qui jetaient des pierres. Deux témoins interrogés séparément – l’un qui se trouvait avec Samada et l’autre qui a vu l’incident à partir d’un autre immeuble - ont affirmé qu’Ahmed Samada ne lançait pas de pierres et a été abattu alors qu’il s’était réfugié sur un toit pour échapper aux violences.

Dans le deuxième incident sur lesquel Human Rights Watch a enquêté, les forces israéliennes ont fait irruption dans le camp de réfugiés de Qalandia tôt le matin du 20 juin. Mustafa Aslan, 21 ans, a reçu un tir mortel à la tête quand il est monté sur le toit de son immeuble pour vérifier de loin si la voiture de son père était endommagée, selon un témoin ainsi que deux autres personnes qui l’ont ensuite aidé à transporter le corps.

Selon des sources médiatiques ainsi que l’organisation de défense des droits des Palestiniens Al-Haq et le Bureau des Nations Unies pour la coordination des affaires humanitaires (Office for the Coordination of Humanitarian Affairs, OCHA), les forces israéliennes ont également abattu Mahmoud Dudeen, 15 ans, à Dura (sud de la Cisjordanie) le 20 juin, et Ahmad Khaled, 27 ans, dans le camp de réfugiés d’al-Ein à proximité de Naplouse (nord de la Cisjordanie), le 22 juin. Un cinquième Palestinien, Mahmoud Tarifi, 31 ans, a été tué à Ramallah tôt dans la matinée du 22 juin lorsque les forces israéliennes se trouvaient sur les lieux.

L’organisation israélienne de défense des droits humains B’Tselem a recensé au moins 46 incidents survenus entre 2005 et le début de 2013, lors desquels les forces israéliennes ont tué des Palestiniens en Cisjordanie « en tirant à balles réelles sur des personnes qui lançaient des pierres ». Depuis septembre 2000, les forces israéliennes ont tué plus de 3 000 Palestiniens qui ne participaient pas activement au conflit, selon B’Tselem. Selon Yesh Din, une autre organisation israélienne de défense des droits humains, les autorités militaires judiciaires israéliennes n’ont toutefois condamné que six soldats pour le meurtre illégal de Palestiniens ; la sanction la plus sévère a été une peine de prison de sept mois et demi.

Selon Human Rights Watch, les autorités palestiniennes devraient solliciter l’adhésion à la Cour pénale internationale, en tant que tribunal habilité à juger les crimes graves commis par toutes les parties au conflit.