Israël : Le can­didat qui veut le job d’Olmert voulait autrefois « tuer 70 Pales­ti­niens par jour »

Donald Macintyre, mercredi 6 août 2008

Shaul Mofaz, l’un des prin­cipaux can­didats au poste de Premier ministre israélien demandait la mort de 70 Pales­ti­niens à l’époque où il était chef de l’armée lors du deuxième Intifada, selon un best-​​seller écrit par deux jour­na­listes israéliens.

Le compte-​​rendu d’un exposé s’adressant en Mai 2001 aux prin­cipaux com­man­dants de l’armée en Cis­jor­danie ren­force l’image de faucon dont jouit Shaul Mofaz.

Il apparaît aujourd’hui comme le prin­cipal rival de la Ministre des Affaires étran­gères, Tzipi Livni, pour la direction du parti Kadima aban­donnée par Ehud Olmert.

M. Mofaz devrait mettre en avant ses réfé­rences en tant qu’ancien chef d’Etat-Major et Ministre de la Défense dans sa cam­pagne pour battre Mme Livni, la plus popu­laire des can­didats israé­liens auprès de l’opinion publique pour la suc­cession de M. Olmert comme chef du parti.

Selon le livre Boo­merang, d’Ofer Shelah, jour­na­liste au Yedhiot Aha­ronot, et Raviv Drucker, de Channel 10, M. Mofaz a convoqué une réunion des com­man­dants de Bri­gades et de régi­ments en Cis­jor­danie occupée à Ammu­nition Hill à Jéru­salem. Cela s’est déroulé au début de la période où Ariel Sharon était premier ministre quand l’Intifada battait son plein.

Le livre, qui était très cri­tique, est basé sur de nom­breux inter­views avec des res­pon­sables et sur une recherche docu­men­taire, a surtout fait du bruit lorsqu’il a été publié en 2005 en raison de son allé­gation que M. Sharon avait, en grande partie, démantelé les colonies juives à Gaza pour éluder la menace d’une incul­pation de corruption.

Les deux jour­na­listes disent dans le livre que, lors de la réunion de Jéru­salem - "dans un acte excep­tionnel" - le chef d’Etat-Major a ordonné à la per­sonne habi­tuel­lement chargée dans de telles occa­sions d’enregistrer les décla­ra­tions des offi­ciers de l’armée d’arrêter le faire. Le général alors prévenu, dit le livre, sans faire de remarques sous forme de cita­tions directes, qu’il n’y aurait plus de "mes­sages à l’Autorité Pales­ti­nienne pour lui dire comment agir ». Au lieu de cela, les auteurs disent que M. Mofaz a pré­senté ce que qu’ils appellent " un prix à fixer". Les auteurs disent qu’il a dit qu’il voulait "tuer 10 Pales­ti­niens" dans chaque brigade territoriale.

Le livre continue en rap­portant qu’un haut gradé a ensuite chu­choté au com­mandant du Com­man­dement Central, Yitzhak Eitan, qu’il serait bien avisé de demander un tel ordre par écrit et a ajouté : "Il s’agit de 70 morts par jour".

Il a ensuite dit que le général Eitan avait convoqué le len­demain le même groupe d’officiers et "a précisé que ce qu’avait déclaré Mofaz ne devait pas être compris comme un ordre et ne devrait pas être considéré comme une directive d’action".

Mais le livre ajoute qu’un haut res­pon­sable, le com­mandant de brigade de la région d’Hébron, le colonel Yehuda Albek, "pré­férait la version de Mofaz" à celle du Général Eitan.

Le len­demain, il a com­mencé une action près de Dahariya contre la police pales­ti­nienne "qui n’avait pas commis d’actes hos­tiles". Un policier a été tué et plu­sieurs ont été blessés. Quand le colonel a été sommé au quartier général du Com­man­dement Central d’expliquer l’opération à ses supé­rieurs concernés, il a déclaré qu’elle cor­res­pondait aux obser­va­tions faites plus tôt par le chef d’Etat-Major, affirme le livre.

Hier, le bureau de M. Mofaz n’a pas donné de réponse immé­diate aux ques­tions posées sur la version du livre.

Pendant ce temps, Ben­jamin Neta­nyahu, le chef du Likoud, a appelé à une élection immé­diate, élection qu’il gagnerait selon les son­dages. "Peu import qui dirige Kadima. Ils font tous partie de la série d’échecs de ce gou­ver­nement », a t-​​il dit. M. Néta­nyahu pourrait y par­venir, si le vain­queur à la direction de Kadima ne par­vient pas à former une coa­lition viable pour rester au pouvoir.

Dans ce cas, les élec­tions pour­raient avoir lieu au début de l’année pro­chaine - avec la pos­si­bilité que M. Olmert reste comme premier ministre intérimaire.