Irak-​​Syrie : Premier décès dans les camps de réfugiés palestiniens

IRIN, mardi 20 novembre 2007

Après avoir fui les vio­lences en Irak, quelque 2 000 Pales­ti­niens se retrouvent bloqués à la fron­tière irako-​​syrienne, sans aucune assis­tance médicale, et un réfugié néces­sitant des soins d’urgence est décédé le 13 novembre, a indiqué une équipe du Haut com­mis­sariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR).

Selon le HCR, près de 11 enfants du camp d’Al-Waleed souffrent de leu­cémie, de dou­leurs dor­sales, d’eczéma et de pro­blèmes intes­tinaux, mais aucun d’eux ne peut se faire soigner en Irak.

« Il ya de nom­breuses per­sonnes qui pré­sentent des patho­logies graves, voire très graves, parmi la popu­lation du camp d’Al-Waleed », a déploré Anita Raman, chargée d’information aux opé­ra­tions du HCR en Irak. « Les cas de cancer, de maladies car­diaques et d’infirmité [pro­voqués par une dégra­dation de l’état de santé des malades, des patho­logies congé­ni­tales et la vio­lence] sont rela­ti­vement cou­rants dans le camp ».

Le 13 novembre, le HCR a enre­gistré le premier cas de décès parmi les réfugiés du camp d’Al-Waleed. Akram Mohammed Rizq al-​​Assaf, un réfugié pales­tinien, est décédé d’une crise car­diaque. Il avait été iden­tifié comme un patient néces­sitant des soins d’urgence et une évacuation vers un pays étranger. Il laisse une famille de cinq enfants qui vivent eux aussi dans le même camp.

« Au mois de juin, j’ai vu des enfants du camp qui souf­fraient de maladies car­diaques et de patho­logies congé­ni­tales et d’autres qui se remet­taient de bles­sures causées par des éclats d’obus de mortier tirés sur leur quartier », a fait remarquer Mme Raman.

Près de 430 Pales­ti­niens vivent dans le camp de réfugiés d’Al-Tanf dans le no-man’s-land entre l’Irak et la Syrie ; quelque 1 560 autres ont trouvé refuge dans le camp d’Al-Waleed, du côté irakien de la fron­tière, selon le HCR.

« Le camp est appro­vi­sionné en eau par des camions citernes et la pénurie de ser­vices sani­taires pose pro­blème ; le camp est infesté de rats et de ser­pents et il faut plu­sieurs heures pour accéder à des ser­vices médicaux très limités », a affirmé Mme Raman. « Les cas de trau­ma­tisme sont fré­quents chez les rési­dents du camp, surtout chez les enfants ; pour bon nombre de parents, il n’est pas pos­sible d’aller tra­vailler et de laisser leurs enfants seuls car ils ont encore peur après avoir quitté Bagdad ».

Ahmed Muf­fitlak, porte-​​parole de l’Association des musulmans pales­ti­niens, à Bagdad (Pales­tinian Muslims Association/​PMA), a confié à IRIN que près de 40 Pales­ti­niens arri­vaient chaque semaine dans les camps avec juste quelques effets personnels.

« Les gens sont malades et vivent dans la pau­vreté ; une situation à laquelle il faut trouver une solution urgente. Nous en appelons à la com­pré­hension des autres pays ».

M. Muf­fitlak a par ailleurs ajouté que tous les enfants et adultes vivant dans les camps étaient mal­nutris, man­quaient de médi­ca­ments et dor­maient dans le désert.

« Très peu d’organisations viennent en aide à ces popu­la­tions et malgré les efforts que déploie le HCR pour leur apporter une assis­tance, il reste beaucoup à faire pour sauver ces per­sonnes et donner un minimum de dignité à leur vie ».

Le HCR a lancé un appel à la com­mu­nauté inter­na­tionale pour l’évacuation des enfants malades, et jusqu’à présent, seuls le Chili et le Soudan ont fait savoir qu’ils étaient dis­posés à accueillir cer­tains de ces enfants.

« Les Pales­ti­niens d’Irak ont par-​​dessus tout besoin d’une solution durable à leur pro­blème ; d’un pays sûr, sans vio­lence et dis­cri­mi­nation, où ils pourront recons­truire leur vie », a affirmé Mme Raman.

« En raison de l’insécurité générale, de plus en plus de familles conti­nuent d’affluer aux fron­tières, où le HCR et ses par­te­naires veillent constamment à la pro­tection, à l’assistance et à l’enregistrement de ces groupes vulnérables ».

M. Muf­fitlak a confié à IRIN que de nom­breux Pales­ti­niens avaient payé d’importants pots-​​de vin pour obtenir des cartes d’identité ira­kienne, espérant qu’elles leur garan­ti­raient une protection.

« Chaque carte d’identité coûte environ 10 000 dollars amé­ri­cains. La plupart des Pales­ti­niens vivant encore en Irak n’ont pas assez d’argent pour se faire établir de fausses cartes d’identité et sont contraints de se déplacer du nord au sud, et vice versa, en fonction des condi­tions de sécurité », a-​​t-​​il poursuivi.

« On ne connaît pas le nombre de Pales­ti­niens tués en Irak depuis le début l’invasion du pays, en 2003, par les forces de la coa­lition dirigées par les Etats-​​Unis, mais on estime qu’il y en a eu plu­sieurs cen­taines, la plupart d’entre eux ayant été tués par des mili­tants de groupes hos­tiles au régime de Saddam Hussein », a affirmé Muffitlak.