Investir massivement pour sauver Jérusalem-​​Est

Khaled Hroub, samedi 29 mai 2010

Néta­nyahou aurait expliqué son intention de venir à bout de ce qui reste de Jérusalem-​​Est en y pro­cédant à une colo­ni­sation intensive. Face à cette volonté de judaï­sation, il faut donner aux Arabes de Jéru­salem les moyens de rester.

C’est le titre que mon ami Hani Al-​​Masri a donné à l’un de ses récents articles. Mais cette phrase n’est pas de lui. Il ne fait que reprendre une décla­ration du Premier ministre d’Israël Benyamin Néta­nyahou. Elle a été rap­portée par de hauts res­pon­sables après deux réunions à huis clos, l’une avec le gou­ver­nement, l’autre avec des diri­geants du mou­vement des colons, le 25 décembre dernier. Néta­nyahou y aurait expliqué son intention de venir à bout de ce qui reste de Jérusalem-​​Est en y pro­cédant à une colo­ni­sation intensive. Il aurait également jus­tifié sa décision de sus­pendre la colo­ni­sation en Cis­jor­danie pendant une période de dix mois, car cela per­met­trait de mieux absorber Jérusalem-​​Est afin de faire de la ville la capitale éter­nelle et unifiée du peuple juif : “Mon but est de trans­former l’Est en quar­tiers mixtes, avec des Juifs et des Pales­ti­niens, comme à Haïfa et à Jaffa, de sorte que l’Autorité pales­ti­nienne ne puisse pas les reven­diquer comme capitale d’un futur Etat palestinien.”

Face à cette volonté de judaï­sation, il faut donner aux Arabes de Jéru­salem les moyens de rester. Tout le monde connaît les pro­blèmes qu’ils doivent affronter : la pau­vreté, le chômage, l’impossibilité d’accéder à des loge­ments en nombre suf­fisant, etc. Par ailleurs, des patho­logies sociales telles que la toxi­co­manie et le vol se sont déve­loppées sous l’effet des pres­sions écono­miques israé­liennes des­tinées à les faire partir.

Beaucoup ont déjà cédé. C’est une honte de voir le nombre d’habitants arabes reculer pour cause de pau­vreté. Ceux qui y vivent encore ont besoin d’être aidés. Pas par des affir­ma­tions ver­bales de soli­darité, mais concrè­tement, par des moyens finan­ciers et écono­miques. Il serait pos­sible de changer radi­ca­lement la situation en uti­lisant sim­plement une petite partie des capitaux arabes, capitaux dont tout le monde sait comment ils sont dilapidés.

Quand on se promène dans la ville, on voit de nou­velles construc­tions réa­lisées grâce à des inves­tis­seurs juifs amé­ri­cains, euro­péens, russes et aus­tra­liens. Pendant ce temps, Arabes et musulmans restent les bras croisés. Ils expliquent leur attitude par leur refus de la nor­ma­li­sation des rela­tions avec Israël. Le résultat est que le terrain est aban­donné à l’ennemi. Nous avons fini par être pri­son­niers de nos propres slogans, tel­lement sacra­lisés que per­sonne n’ose les remettre en question. Cette attitude relève de la cécité politique.

Jérusalem-​​Est a besoin d’investisseurs afin d’affirmer sa dimension arabe et musulmane et afin de ne pas la laisser en proie à la judaï­sation. Celle-​​ci s’intensifie chaque jour sous nos yeux, et nous sommes là à lancer des slogans. De plus en plus furieux, mais dans un méga­phone hors-​​service.