Info Gaza n°382 + article du PCHR sur les pêcheurs

Palestinian Centre for Human Rights (PCHR), lundi 11 février 2008

12 tués cette semaine dont 7 poli­ciers dans le sud de la bande de Gaza. 22 blessés par balles pour la plupart des civils dont 4 mineurs et une femme âgée. 54 civils dont 9 mineurs arrêtés en Cis­jor­danie et 40 dans la bande de Gaza.
Maisons détruites à Jéru­salem Est, Jifftlik et Hébron en Cis­jor­danie. Pour­suite du siège des Ter­ri­toires Occupés et attaques par les colons de Hébron, de cer­taines familles pales­ti­niennes et de leurs biens.

la population continue de souffrir aux postes de contrôle des <span class="caps">FOI</span>

Jeudi 31 janvier – 18h50 - L’aviation des FOI survole Beit Hanoun et tire à l’aveugle sur les terres cultivées aux abords de la ville. Mohammed Qadri al-​​Masri, 21 ans est criblé d’éclats alors qu’il est sur le pas de sa porte. L’aviation poursuit ses tirs pendant 15 minutes.

Dimanche 3 février – 07h00- Les garde côtes tirent 3 obus en direction de bateaux de pêche au large de Beit Laya au Nord de la Bande de Gaza, les pêcheurs ramènent leurs bateaux à terre. Pas de victime.

Lundi 4 – 12h.50 – l’aviation tire un missile sur Aamer Rham Qarmout 39 ans, membre des Comités Popu­laires de la Résis­tance. Il se déplaçait à pieds dans la rue Aslan dans Beit Laya. Criblé d’éclats il est conduit à l’hôpital Shiffa de Gaza où il meurt 1heure plus tard. Ismaél Ghaben 24 ans qui était à proximité est blessé. Il est dans un état sérieux.

21h.30 du Haut de leurs miradors situés à la fron­tière à la hauteur de Al Qarrara, les FOI tirent sur plu­sieurs maisons et sur des champs cultivés. Plu­sieurs maisons sont sérieu­sement endommagées.

Mardi 5 – 02h.30 les FOI pénètrent à 2000 mètres de la localité de Al Shuka au SE de Rafah, plu­sieurs maisons sont encer­clées et fouillées , la résis­tance s’oppose à l’occupant. Mahmoud Abou Taha 19 ans est tué d’une balle dans la tête et Baker Abou Rijal 22 ans est tué de 2 balles dans la poi­trine. 40 civils dont plu­sieurs mineurs sont arrêtés.

15h.34 depuis la fron­tière à l’est de Khan Younis, les FOI tirent un missile sol /​sol sur le com­mis­sariat de police situé à Abassan. Ahmed Musabbeh 22 ans, Motaz Abou Shahala 25 ans, Abdoul Abou Nasser 31 ans, Wafi Abou Youssef 22 ans, Mohamed Abou Saada 20 ans, Ussama Abou Saasa 21 ans et Rafat Qudaih 22 ans sont tués sur le coup. Mohamed Al Edrissi 22 ans officier de police est blessé par de nom­breux éclats.

Mer­credi 6 – 0h.50 L’aviation tire sur un groupe de résis­tants dans la rue Al Qerem dans la localité de Jabalia. Rafat Has­souna 24 ans a du se faire amputer les 2 jambes, son état est critique.

6h.00 l’aviation cible son missile sur Suhail Al Ghusain 38 ans, résistant, dans la ban­lieue de Gaza ville il est amputé, son état est critique.

22h.00 depuis la fron­tière à l’est de Gaza ville les FOI tire un missile Sol /​ sol sur plu­sieurs résis­tants regroupés à la station d’essence Al Qadissiya à l’ouest de Beit Hanoun. Wajdi Al Afifi 20 ans est sérieu­sement blessé.

22h.40 l’aviation des FOI tire 2 mis­siles sur une ferme appar­tenant à Zaki Al Dar­dissi, membre du Hamas, dans le village de Bani Suhaila à l’est de Khan Younis. La ferme est sérieu­sement endom­magée. La mère de Dar­dissi, Fariza 80 ans, est touchée par plu­sieurs éclats elle est dans un état cri­tique. Cette ferme avait déjà bom­bardée le 28 juin 2006.


Article du PCHR sur des témoi­gnages indi­vi­duels faisant état des pra­tiques quo­ti­diennes de survie dans la bande de gaza

Afin de mettre en lumière l’impact du siège de la bande de Gaza sur la popu­lation, le P.C.H.R a décidé de publier une série de petits articles basés sur des témoi­gnages indi­vi­duels faisant état des pra­tiques quo­ti­diennes de survie dans la bande de gaza. Ce faisant, le P.C.H.R espère que ces témoi­gnages contri­bueront à mettre en évidence les res­tric­tions et les vio­la­tions imposées à la popu­lation. Celui-​​ci est daté du 4 février 2008

« Je suis pêcheur depuis 36 ans et j’ai com­mencé le métier à l’âge de 15 ans. Je suis natif de Al Jura à 2 kms au sud de Ash­kelon, localité réputée pour ses pêcheurs. Quand mon père a été chassé en 1948 il est venu ici avec son bateau »

Jamal Mohammed Bas­salla est le porte parole du Syn­dicat des pêcheurs de Rafah. Ce syn­dicat compte environ 450 pêcheurs locaux et son siège est sur la plage juste à la sortie de Rafah. Cependant ce matin Jamal et son équipage sont assis sous une bâche en train de boire le thé autour d’un brasero. Aujourd’hui la mer est traî­tresse et il est pré­fé­rable d’attendre que le temps s’améliore.

« Il faut deux ou trois heures pour pré­parer les bateaux à prendre la mer, mais tous les jours on est en stand by, dit Jamal, On vérifie les filets, le niveau de gasoil, la charge des bat­teries, les vivres, le GPS.. en un mot tout ce qui est néces­saire pour aller pêcher. Et dès que le temps s’améliore on est prêt à appareiller »

En été Jamal a 18 hommes d’équipage et ils restent en pêche pendant 24 heures d’affilée. Mais en hiver ils ne sont que 6 ou 7. Ils tra­vaillent ensemble depuis des années et se com­prennent au moindre signe. Ils sont 3.500 pêcheurs pro­fes­sionnels répartis le long des 40 kilo­mètres de côte que compte la bande de gaza. A eux tous ils sou­tiennent écono­mi­quement quelque 40.000 per­sonnes entre les méca­ni­ciens, les mareyeurs et les mil­liers de familles vivant de la pêche locale. Mais cette activité a été décimée, en par­ti­culier depuis ces 5 der­nières années, à cause des res­tric­tions sans cesse crois­santes de l’occupant imposées comme une punition col­lective – notamment la dis­tance à laquelle les pêcheurs peuvent s’éloigner du rivage sans être l’objet d’arraisonnements et ou bombardements.

Les accords inté­ri­maires pour Gaza et la Cis­jor­danie, signés entre Israël et l’O.L.P. et 1944-​​5 ne s’étaient déjà pas conformés aux stan­dards inter­na­tionaux relatifs notamment au “droit de pêche” dans ses eaux ter­ri­to­riales. Tou­tefois ces accords sti­pulent que les pêcheurs de la bande de Gaza peuvent s’éloigner à 20 miles nau­tiques du rivage (environ 37 kilo­mètres). Mais aujourd’hui Jamal et ses col­lègues font savoir qu’ils ne peuvent plus pêcher au delà de 2.500 mètres du rivage sans risquer de prendre des pro­jec­tiles : « Si nous allons plus loin en mer les Israé­liens peuvent nous tirer dessus, détruire nos filets et nos bateaux ou nous obliger à regagner le rivage. Nous souf­frons de ces mesures res­tric­tives depuis 2003 et depuis peu ils uti­lisent des roquettes et des héli­co­ptères contre nous. »

Le syn­dicat des pêcheurs de Rafah dit que les garde-​​côtes israé­liens équipés de lance-​​missiles patrouillent 24h. sur 24 7 jours sur 7 et que les pêcheurs n’ont aucune chance de s’éloigner du rivage sans être pris pour cibles.

Israël pro­clame que ces res­tric­tions en matière de pêche font parties de la stra­tégie mili­taire globale pour com­battre la contre­bande d’armes et les attentats sui­cides. Mais Khalil Shahin directeur de l’Unité des Droits Sociaux et Eco­no­miques au PCHR fait res­sortir Qu’Israël n’a jamais honoré les accords inté­ri­maires. « Israël n’a jamais autorisé les pêcheurs à aller jusqu’à 20.000miles nau­tiques, le plus loin qu’ils aient été auto­risés à été 12.000 c’était au cours des années 90 quand les pêcheurs rame­naient quelques 3.000tonnes de poisons par an . Mais la pro­duction a plongé depuis 2.002 à cause de ces res­tric­tions tou­jours crois­santes. Aujourd’hui les pêcheurs ne ramènent plus jamais plus de 500 tonnes par an, c’est la consé­quence inévi­table de la vio­lation per­ma­nente par Israël des accords intérimaires. »

Non seulement bateaux, filets, et autres maté­riels de pêche sont endom­magés ou détruits, mais encore 70 pêcheurs ont été arrêtés l’année der­nière. Jamal Bas­salla et ses col­lègues sont en colère et se consi­dèrent frustrés de ne plus pouvoir gagner hono­ra­blement leur vie sans risquer leur vie. Un autre syn­di­ca­liste Abdoullah déclare qu’il prend à chaque fois des risques « Je mène mon bateau à 4 ou 5kms du rivage mais que puis-​​je dans ces hauts fonds. Quel­quefois je m’en sors mais la plupart du temps alors que nous sommes en pêche ils se mettent à nous tirer dessus et nous obligent à rejoindre le rivage, du coup on est obligé d’abandonner toute la pêche. »

Les pêcheurs de Rafah insistent sur le fait que toutes ces res­tric­tions ont affecté le type de poisson devenu habitué aux eaux peu pro­fondes, comme la sardine. Ils ont eu recours à des filets dont les mailles étaient plus petites afin d’attraper des poissons plus jeunes et plus petits. Et Djamal s’en défend, disant qu’il n’avait pas le choix face au blocus israélien. Et pourtant les pêcheurs ont été sérieu­sement cri­tiqués pour ce genre de pêche qui a épuisé les stocks marins. Ironie du sort : le nombre de pêcheurs a aug­menté depuis le milieu des années 90 et cela parce que des mil­liers d’hommes qui tra­vaillaient aupa­ravant en Israël se dont recon­vertis pour survivre.

Le plus grande res­source natu­relle de Gaza c’est la mer et pourtant pour tous ces hommes du syn­dicats des pêcheurs de Rafah la solution à leurs pro­blèmes est d’une sim­plicité radicale : Ils ne n’accepteront rien de moins que leurs droits tels qu’ils sont définis dans les accords intérimaires.

« Nous avons besoin de la mer, dit Djamal. Je suis un pêcheur ins­truit et com­pétent, j’ai une licence de géo­graphie, mais si je suis revenu à la pêche, c’est parce que j’aime la mer, j’ai 2 frères et 6 fils. Ils sont tous pêcheurs, nous avons nos bateaux et nos filets, nous sommes prêts à tout instant à retourner pêcher. »