Incohérence humanitaire

Michel Warschawski, jeudi 4 février 2010

Si on peut dire un grand bravo aux équipes israé­liennes de secou­ristes qui sont venues en aide aux Haïtiens,on peut regretter leur absence à Gaza, à 40km de Tel-​​Aviv.

Le trem­blement de terre à Haïti et la catas­trophe huma­ni­taire qui lui a fait suite ont pro­voqué une extra­or­di­naire vague de soli­darité inter­na­tionale. On ne peut que s’en féli­citer, même si cer­tains Etats ne sont pas uni­quement motivés par des consi­dé­ra­tions huma­ni­taires dés­in­té­ressées, et que de futurs contrats de recons­truction pointent à l’horizon.

L’Etat d’Israël n’a pas manqué à l’appel et des équipes de recherches de sur­vi­vants – mon­dia­lement reconnues pour leur expertise en la matière – se sont immé­dia­tement rendues sur place, ainsi qu’un hôpital de cam­pagne, com­prenant chi­rur­giens, infir­miers et para-​​médics. Selon les jour­na­listes sur place, ils ont fait un travail remar­quable, tout comme leurs col­lègues accourus des quatre coins de la planète. Mais n’en rajoutons pas trop : il n’est pas néces­saire de tra­verser l’océan et de faire plus de 10.000 kilo­mètres en avion pour que nos équipes médi­cales ren­contrent une crise huma­ni­taire qui, jusqu’à présent a fait beaucoup moins de morts, mais n’en est pas moins d’une gravité extrême.

Il y a un an, l’armée israé­lienne atta­quait la popu­lation civile de Gaza, faisait 1.400 morts, des mil­liers de blessés graves et des dizaines de mil­liers de sans-​​logis. Hormis les efforts de l’Association des médecins pour les droits de l’homme, nous n’avons vu aucune mobi­li­sation huma­ni­taire du côté israélien de la fron­tière, mais au contraire, un silence com­plice avec ce que le rapport Gold­stone décrit comme une longue série de crimes de guerre, voire de crimes contre l’humanité.

Même après l’arrêt de l’offensive mili­taire, un million et demi d’hommes, de femmes, de vieillards et d’enfants sur­vivent dans une pré­carité extrême, man­quant de nour­riture, d’eau, de médi­ca­ments et de matériel médical, retenus à la fron­tière par un blocus sévère qui dure main­tenant depuis plus de trois ans. Loin de moi l’idée de nier l’esprit de soli­darité des équipes israé­liennes qui se trouvent main­tenant à Haïti, mais on ne peut pas ne pas relever son absence dès lors qu’il s’agit de la crise huma­ni­taire de Gaza, à 40 kilo­mètres de Tel-​​Aviv.

Sans parler évidemment de son ins­tru­men­ta­li­sation par l’appareil de pro­pa­gande gou­ver­ne­mental, qui ne cesse d’organiser des confé­rences de presse et de dif­fuser des rap­ports offi­ciels sur l’action huma­ni­taire israé­lienne. Après les guerres huma­ni­taires de Bernard Kouchner, l’Etat d’Israël peaufine aujourd’hui la pro­pa­gande huma­ni­taire comme outil de pour tenter de faire oublier les désastres huma­ni­taires dont il porte l’entière responsabilité.

Alors, disons-​​le tout fort : bravo pour les équipes médi­cales israé­liennes mais n’oubliez pas de tra­duire Ehud Olmert, Tzipi Livni et Ehud Barak devant la Cour Inter­na­tionale de La Haye pour les hôpitaux qu’ils ont bom­bardés, les ambu­lances qu’ils ont détruites et les équipes médi­cales qu’ils ont assas­sinées il y a tout juste un an. Ca, ce serait de la cohé­rence humanitaire.