Il y avait un cessez-​​le-​​feu ?

Amira Hass, mardi 1er mai 2007

Même quand elle ne tue pas, l’occupation mili­taire est un feu israélien inin­ter­rompu depuis qua­rante ans - sans rapport avec les moyens de riposte uti­lisés ou non par les Palestiniens.

Les dis­cus­sions sur un cessez-​​le-​​feu et sa rupture dis­pensent les Pales­ti­niens de recon­naître ouver­tement l’échec de leur démons­tration de roquettes Qassam. Les pro­po­si­tions d’élargissement du cessez-​​le-​​feu mettent fin à la nécessité d’un débat interne pales­tinien sur la des­truc­tivité et l’absence d’espoir de la « lutte armée » dans sa version suicides.

Cessez-​​le-​​feu est encore une notion vide qui nous enseigne que les repré­sen­tants pales­ti­niens - élus ou non, Hamas, Fatah ou OLP-​​Tunis, depuis Mahmoud Abbas jusqu’au dernier des porte-​​parole des « Bri­gades » - ont scru­pu­leu­sement veillé à tomber dans les pièges que leur tendait la poli­tique israé­lienne d’occupation. Les dis­cus­sions pour ou contre un cessez-​​le-​​feu s’intègrent au tableau de la situation par­fai­tement dis­tordu qu’Israël construit depuis sep­tembre 2000, avec deux camps en conflit, symé­triques, se com­battant. Les Pales­ti­niens sont les agres­seurs et Israël, l’agressé, se défend et riposte.

Le samedi et le dimanche qui ont précédé la « rupture du cessez-​​le-​​feu » pales­tinien, des soldats de l’armée israé­lienne ont tué neuf Pales­ti­niens. Dont une jeune fille de 17 ans, un garçon de 15 ans et un policier qui était sur le toit de sa maison et n’était impliqué dans aucun « combat ».

Le 21 avril à cinq heures du matin, une unité de l’armée israé­lienne a attaqué Kafr Dan, dans la région de Jénine. Les soldats ont mis la main sur plu­sieurs maisons pour en faire des posi­tions de tir. La plupart des tirs visaient une maison du quartier ouest. Dans une autre maison de ce quartier, Mohamed Abed, 23 ans, est monté sur le toit. Il a été abattu. Aux dires des soldats, ils auraient repéré un homme armé et ils ont tiré. Selon des sources pales­ti­niennes, Abed n’était pas armé et voulait seulement exa­miner ce qui se passait dehors.

Samedi soir, entre neuf et dix heures, une unité de l’armée israé­lienne a attaqué le camp de réfugiés de Jénine. La routine. Des véhi­cules mili­taires ont encerclé la maison de la famille Baraysh. Le fils, militant du Jihad Isla­mique, est recherché. De ce qui a été publié dans les médias, on peut com­prendre qu’aux dires de l’armée israé­lienne, les habi­tants de la maison ont été appelés à sortir et que « pour une raison qui n’est pas claire, l’adolescente est restée dans la maison ». Faux, dit-​​on dans le camp de réfugiés : les parents et la fille, Boushra, étaient tous dans la maison quand la fille a été abattue. Le soldat qui a tiré une balle dans la tête de cette élève du secon­daire et l’a tuée, on suppose dans le camp qu’il se trouvait dans un cercle éloigné de posi­tions de tirs et d’observation. Le frère recherché n’a pas été trouvé.

Dimanche, à dix heures du matin, une unité de l’armée israé­lienne a envahi le village de Dayr Abou Mash’al, au nord de Ramallah, blo­quant tous les accès et ins­taurant le couvre-​​feu. Des ado­les­cents, dont Khaled Zahran, 15 ans, ont lancé des pierres sur les soldats. Ceux-​​ci ont riposté en ouvrant le feu. Zahran a été touché au ventre et est mort ensuite de ses blessures.

Cinq des tués étaient des hommes armés du Jihad Isla­mique et du Fatah. Ils ont été tués lors d’incursions de routine à Jénine et Naplouse, incur­sions dont per­sonne ne se soucie d’examiner quand elles ont eu lieu, ni si elles avaient pour but d’opérer une arres­tation ou de tuer dans le cadre d’une exé­cution extra­ju­di­ciaire. Le sixième tué est un employé de la muni­ci­palité de Gaza, âgé de 43 ans, touché, samedi soir, par un missile israélien qui a frappé sa voiture alors qu’il était à Beit Hanoun. De sources pales­ti­niennes, il ne s’agirait pas d’un acti­viste « mili­taire ». Une demi-​​heure plus tôt, un autre missile avait raté trois mili­tants du Jihad Islamique.

Mais même si aucune de ces neuf per­sonnes n’avait été tuée, il n’y aurait eu de cessez-​​le-​​feu ni samedi ni dimanche. Tout comme il n’y a pas eu de cessez-​​le-​​feu la semaine passée, ni les semaines précédentes.

Parce que même quand elle ne tue pas, l’occupation mili­taire est un feu israélien inin­ter­rompu depuis qua­rante ans - sans rapport avec les moyens de riposte uti­lisés ou non par les Pales­ti­niens. Chaque inter­diction que met l’Administration civile à la construction d’une maison pales­ti­nienne, chaque inter­diction de quitter Gaza pour se rendre en Cis­jor­danie, chaque shekel des taxes qu’Israël ne transfère pas [à l’Autorité Pales­ti­nienne], chaque check­point à l’intérieur de la Cis­jor­danie, chaque dounam de terres volé depuis 1967, chaque colonie, grande ou petite, ancienne ou nou­velle, qu’elle fasse partie du consensus ou non, c’est tout cela le feu israélien, que ni les roquettes Qassam mais pas davantage les manoeuvres de la négo­ciation poli­tique n’ont pu faire cesser.