Il y a 60 ans, la Naqba

Pierre Stambul, jeudi 8 mai 2008

Les Israé­liens parlent de l’indépendance d’Israël, pro­clamée le 14 mai 1948 et aus­sitôt enté­rinée par l’ONU. Pour les Pales­ti­niens, c’est la Naqba, la catas­trophe, la des­truction de leur société et de leurs vil­lages suivie de l’exil de la grande majorité de la population.

Aujourd’hui, il y a environ 5 mil­lions de Juifs et 5 mil­lions de Pales­ti­niens qui vivent entre Médi­ter­ranée et Jourdain. Les pre­miers ont un Etat dit « Juif » et occupent 90% de l’espace. Les seconds connaissent mar­gi­na­li­sation, dis­cri­mi­na­tions, assas­sinats « ciblés », misère et pri­vation des droits élémen­taires. 60 ans après la Naqba, des mil­lions de Pales­ti­niens sont tou­jours réfugiés, dis­persés dans des camps du Proche-​​Orient, voire exilés plus loin. 60 ans après, les Pales­ti­niens conti­nuent de payer pour un crime européen : le génocide nazi. 60 ans après, c’est l’impunité d’Israël malgré les vio­la­tions constantes du droit qui permet la pour­suite de la des­truction de la Palestine. Une injustice majeure a été commise : un net­toyage eth­nique et l’expulsion de tout un peuple de sa terre. Il n’y aura pas de paix sans répa­ration et cette paix devra reposer sur les droits fon­da­mentaux qui s’imposent à tou-​​te-​​s.

Une rencontre improbable

Beaucoup de guerres trouvent leurs racines dans l’histoire ancienne et pro­viennent de la mani­pu­lation de la mémoire, de l’identité ou de la souf­france. Celle-​​ci ne fait pas exception.

Cette guerre est née de la ren­contre impro­bable entre un peuple autochtone (le peuple pales­tinien) et des com­mu­nautés juives (dis­persées mais orga­nisées autour d’un projet poli­tique, le sio­nisme) qui ont eu recours au colo­nia­lisme pour conquérir un pays et s’y imposer.

L’histoire de la Palestine ancienne repose en partie sur les mythes bibliques. Ce qui est avéré, c’est qu’un peuple y a vécu (les Hébreux) mais jamais seul, tou­jours aux côtés d’autres peuples : Idu­méens, Moa­bites, Phi­listins, Cana­néens. Les Hébreux avaient une grande sin­gu­larité : une religion mono­théiste (la religion juive). Au départ de la guerre actuelle et du conflit des « légi­ti­mités », il y a la des­truction du deuxième temple en 70 après JC. Les his­to­riens divergent sur la suite. Pour cer­tains, les Juifs se sont répandus dans le monde entier, mais cette dis­persion (« dia­spora ») ne pouvait être que pro­vi­soire et il était « normal » qu’ils effec­tuent un jour ou l’autre leur « retour ». Cette inter­pré­tation est très dis­cu­table. C’est la religion qui s’est lar­gement répandue. Les Juifs d’aujourd’hui sont lar­gement les des­cen­dants de Ber­bères, Espa­gnols, Alle­mands, Khazars convertis au judaïsme et les Pales­ti­niens sont un peuple autochtone, des­cendant de ceux qui sont restés en Palestine après la des­truction du temple.

L’histoire des Pales­ti­niens est celle des autres peuples de la région. Occu­pation romaine puis Byzantine. Lors de la conquête arabe, la langue et la culture s’imposent. La majorité de la popu­lation devient musulmane avec une minorité chré­tienne. Au XVIe siècle, la Palestine devient une pro­vince ottomane et elle le restera jusqu’en 1918.

Existe-​​t-​​il UN peuple Juif ? Les Juifs du Maghreb, ceux de l’ex-empire russe ou ceux du Yémen n’ont pas grand-​​chose à voir entre eux. Il y a pour les Juifs dis­persés une com­mu­nauté de destin liée à la religion. Il y a le sou­venir mythifié d’un passé idéalisé et une prière (« l’an pro­chain à Jéru­salem ») qui n’a jamais été une aspi­ration à recréer un quel­conque royaume. Les Juifs ont appris à vivre ou à sur­vivre dans une situation de minorité. S’ils avaient un statut en pays musulman, ils ont subi en pays chrétien une longue suite de dis­cri­mi­na­tions et de per­sé­cu­tions. L’antijudaïsme chrétien a produit l’interdiction de pos­séder la terre, l’enfermement dans le ghetto, les expul­sions (la plus impor­tante étant celle d’Espagne) et les pogroms. Quand l’émancipation des Juifs a com­mencé en Europe, cet anti­ju­daïsme s’est trans­formé en anti­sé­mi­tisme racial, le Juif per­son­ni­fiant pour les dif­fé­rents natio­na­lismes l’obstacle à la création d’états « eth­ni­quement purs ». C’est dans ce contexte qu’est apparu le sionisme.

Le projet sioniste

C’est un projet mul­ti­forme. Il a un côté natio­na­liste. Alors qu’à la fin du XIXe siècle, les natio­na­lismes explosent, à contre courant de la majorité des Juifs de l’époque qui entre­voient leur éman­ci­pation dans celle de l’humanité toute entière, le sio­nisme élabore toute une série de « men­songes fon­da­teurs ». Il théorise le « com­plexe de Massada », l’idée que l’antisémitisme est iné­luc­table, qu’il est vain de le com­battre et que la seule issue est de fuir et de créer un Etat Juif. Il crée une notion revi­sitée de « peuple juif » avec une nou­velle langue (l’Hébreu) se sub­sti­tuant aux langues de la dia­spora. Alors que la grande majorité des diri­geants sio­nistes ne sont pas croyants, les sio­nistes s’emparent du récit biblique pour reven­diquer un pré­tendu retour en terre promise et la recons­ti­tution d’une nation (le « royaume unifié » dont l’existence n’est pas avérée). La Palestine est pré­sentée comme une « terre sans peuple pour un peuple sans terre ».

Comment conquérir un pays ? Le sio­nisme a incon­tes­ta­blement un aspect colo­nia­liste. Depuis plus d’un siècle, la même stra­tégie s’applique : s’emparer des terres, ins­ti­tu­tion­na­liser le fait accompli, mar­gi­na­liser le peuple autochtone, détruire son orga­ni­sation sociale, expulser, repousser la fron­tière. En Palestine, comme dans les pays voisins, existait une com­mu­nauté juive qui vivait sans heurts avec les Pales­ti­niens d’autres reli­gions. C’est la colo­ni­sation sio­niste et la volonté de créer un Etat Juif qui déclenche dès les années 1930 le conflit actuel. La colo­ni­sation de la Cis­jor­danie entre­prise après 1967 n’est pas un accident de l’histoire. Elle est la suite logique des terres pales­ti­niennes confis­quées après la Naqba et de la des­truction des villages.

Le sio­nisme affirme offrir un « havre de paix » aux Juifs per­sé­cutés. Et pourtant, s’il y a un pays où les Juifs sont en insé­curité, c’est bien Israël et c’est à cause d’un projet qui n’est pas seulement cri­minel pour les Pales­ti­niens : il est aussi sui­ci­daire à terme pour les Juifs israéliens.

Le sio­nisme n’est pas un projet reli­gieux au départ, mais l’apparition après 1967 du courant « national-​​religieux » qui jus­tifie annexion et expulsion au nom de Dieu com­plique le conflit.

Le sio­nisme a un côté mes­sia­nique. Pour créer l’Israélien nouveau, il a fallu « tuer » le Juif, le cos­mo­polite, l’universel. Il a fallu éradiquer les « valeurs » de la dia­spora pour fabriquer un homme nouveau et une nation mili­ta­riste, impé­ria­liste voire raciste, méprisant ou ignorant le peuple autochtone privé de droit.

Le sio­nisme a également trans­formé Israël en pion avancé de l’Occident et de l’impérialisme au Proche-​​Orient. Aujourd’hui, Israël reçoit une aide colossale publique et privée des Etats-​​Unis et en même temps, aucun diri­geant amé­ricain ne semble en mesure de s’opposer à une décision qui ferait consensus chez les diri­geants israéliens.

Le sio­nisme a gommé les dif­fé­rences idéo­lo­giques. Dans les faits, la « gauche » sio­niste a tou­jours suivi la droite qui depuis près de 80 ans est pour le « transfert » : l’expulsion des Pales­ti­niens au-​​delà du Jourdain.

Le sio­nisme utilise la peur comme un car­burant : « les Israé­liens ont peur de ne plus avoir peur ». Pour la pro­pa­gande habi­tuelle, toute contes­tation de la poli­tique israé­lienne ne peut être qu’antisémite et vise à « jeter les Juifs à la mer ». Cette ins­tru­men­ta­li­sation de l’antisémitisme et du génocide nazi (qui a permis la fon­dation de l’Etat d’Israël) se poursuit plus que jamais.

La paix passera par une sécu­la­ri­sation de la société israé­lienne, une « dé-​​sionisation » ou un dépas­sement du sio­nisme. Sans cela, ce seront les aven­tures mili­taires et les crimes de guerre sans fin.

La guerre de 48

L’ouverture des archives et le travail des « nou­veaux » his­to­riens israé­liens sont venus conforter ce que les his­to­riens pales­ti­niens savaient depuis long­temps. Il n’y a plus de place au doute.

Tout d’abord, les années qui ont précédé la guerre ont été très défa­vo­rables aux Pales­ti­niens : tandis que, depuis la décla­ration Balfour, les Israé­liens met­taient en place les ins­tru­ments pour créer leur Etat, les Pales­ti­niens ont été très affaiblis par la répression (de la part du colo­ni­sateur bri­tan­nique) de la révolte de 1936. Ils ont eu beaucoup de morts, d’emprisonnés ou d’exilés.

Le partage de 1947 de la Palestine n’était pas seulement incom­pré­hen­sible pour les Pales­ti­niens (au nom de quoi les a-​​t-​​on amputés de leurs terres ances­trales ?), mais il était très inéga­li­taire : l’Etat juif prévu par la par­tition était plus grand que l’Etat pales­tinien alors que les Juifs étaient moins nom­breux. Si 10000 Israé­liens seulement vivaient dans l’Etat pales­tinien, plus de 400000 Pales­ti­niens vivaient dans l’Etat juif. Au coeur de l’Etat pales­tinien, Jéru­salem était inter­na­tio­nalisé. Un tel partage était inac­cep­table. Il se faisait contre les Pales­ti­niens. Pire, il pré­parait le départ des non-​​juifs du futur Etat juif. A contrario, l’acceptation du partage par la direction israé­lienne a été purement tac­tique, celle-​​ci se pré­parait à des conquêtes beaucoup plus importantes.

Cette guerre est pré­sentée en Israël comme le combat de David contre Goliath, le « pauvre Israël » étant encerclé par des voisins hos­tiles. En réalité, il y avait un énorme dés­équi­libre en faveur des Israé­liens. Ceux-​​ci ont au début du conflit 50000 hommes en arme contre à peine 10000 chez les Pales­ti­niens. Et leur armement est beaucoup plus sophis­tiqué. De plus, aux côtés de l’armée israé­lienne et agissant de façon com­plé­men­taire, il y a les milices des futurs pre­miers ministres israé­liens (l’Irgoun de Menahem Begin et le groupe Stern d’Yitzhak Shamir) qui n’hésitent pas à mas­sacrer les civils.

Avant même le 14 mai, plus de 350000 Pales­ti­niens ont déjà été chassés de chez eux. Plu­sieurs docu­ments de la Haganah (l’armée « offi­cielle » israé­lienne) montrent que l’expulsion a été inten­tion­nelle. L’historien Ilan Pappé parle du plan Dalet qui a organisé ce net­toyage eth­nique. Quand la pro­pa­gande israé­lienne répète inlas­sa­blement que « les Arabes sont partis d’eux-mêmes » à l’appel de leurs diri­geants, il s’agit d’un men­songe fon­dateur destiné à masquer le crime qui s’est déroulé, il y a 60 ans.

L’aide inter­na­tionale a été déter­mi­nante pour Israël qui a reçu pendant la guerre de grandes quan­tités d’argent et d’armes en pro­ve­nance des Etats-​​Unis ou des pays de l’Est (Tché­co­slo­vaquie, URSS). La « com­mu­nauté inter­na­tionale », malgré la guerre froide a trouvé un consensus facile : se débar­rasser du pro­blème juif (on est à une époque où des cen­taines de mil­liers de res­capés ne savent pas où aller, le Yid­di­shland a disparu) sur le dos d’un peuple innocent.

Le peuple pales­tinien a été trahi par les diri­geants des pays arabes voisins. Il n’y avait pas la moindre coor­di­nation entre les troupes ira­kiennes, syriennes, égyp­tiennes ou jor­da­niennes, chaque armée agissant pour son compte per­sonnel. Pire, la Jor­danie, qui avait l’armée la plus forte, avait un accord secret avec la direction sio­niste. Elle ne s’est battue que sur le tracé de la fron­tière et sur la volonté israé­lienne de conquérir un ter­ri­toire pour désen­claver Jéru­salem. À la fin de la guerre, Jor­da­niens et Egyp­tiens se sont partagé les restes (la Cis­jor­danie, Jérusalem-​​Est et Gaza), ravis de faire dis­pa­raître la Palestine.

Le bilan de la guerre de 48, ce sont 6000 morts israé­liens et 13000 morts pales­ti­niens. Mais ce sont surtout 800000 expulsé-​​e-​​s. Les vil­lages ont été détruits et leur trace a souvent été effacée. Dès 1949, les terres des expulsé-​​e-​​s ont été confis­quées. Israël a reconnu for­mel­lement le droit au retour des Pales­ti­niens au moment des armis­tices de 1949, mais tout a été fait pour rendre impos­sible ce retour.

Les Pales­ti­niens qui ont échappé à l’expulsion en 1948 forment aujourd’hui avec leurs des­cen­dants 20% de la popu­lation israé­lienne. Cer­tains diri­geants israé­liens regrettent « qu’on n’ait pas achevé la guerre de 48 », qu’on n’ait pas expulsé tous les Arabes. Dans un Etat qui se définit comme juif, les non-​​juifs sont des citoyens de seconde zone. De très nom­breux emplois leur sont interdits. Ils ont connu la loi mar­tiale. Ils subissent toute une série de dis­cri­mi­na­tions. Le taux de pau­vreté chez eux est beaucoup plus important que dans la popu­lation juive. Les Bédouins du Néguev dont les terres ont été volées vivent majo­ri­tai­rement dans des bidon­villes 60 ans après la Naqba.

Pourquoi la paix est-​​elle si lointaine ?

Le peuple pales­tinien est un peuple de réfugiés. Pendant des années, tout a été fait pour effacer son exis­tence, pou/​r le diluer dans le monde arabe, pour trans­former le conflit israélo-​​palestinien en guerre israélo-​​arabe. La guerre de 1967 est un tournant. Le gou­ver­nement tra­vailliste de l’époque prend la décision immé­diate de colo­niser les ter­ri­toires occupés. Pour y par­venir, les tra­vaillistes ont for­tement contribué à créer le courant national-​​religieux. Cette mou­vance inté­griste repré­sente aujourd’hui 25% de la société israé­lienne. 40 ans plus tard, il y a 500000 Israé­liens ins­tallés en ter­ri­toire occupé. Il y a les colons reli­gieux qui ont accaparé les terres, l’eau, les routes. Mais il y a aussi les colons écono­miques attirés par les loyers à bas prix. Les limites de Jéru­salem se sont consi­dé­ra­blement étendues. Les nou­velles colonies du secteur (sur les ruines d’anciens vil­lages pales­ti­niens dont celui de Deir Yassine) deviennent des quar­tiers et sont pro­gres­si­vement inté­grées à Jéru­salem. La fron­tière a disparu. La ligne verte (la fron­tière de 1949) a été effacée. Elle ne figure sur aucune carte ou aucun livre sco­laire israé­liens. C’est une véri­table société d’Apartheid qui s’est ins­taurée en Cis­jor­danie, en toute impunité.

Après 1967, le mou­vement national pales­tinien s’est structuré. Il a tout essayé. Des années de lutte armée ont été ponc­tuées par des revers mili­taires face à l’occupant mais aussi face à la Jor­danie et la Syrie. L’OLP a été contrainte à l’exil. C’est l’Intifada qui a pro­voqué une mutation majeure. En 1988, l’OLP aban­donne son ancienne reven­di­cation (« un seul état laïque et démo­cra­tique en Palestine ») et reconnaît Israël dans ses fron­tières d’avant 1967, en ne reven­di­quant plus qu’un Etat Pales­tinien sur 22% de la Palestine his­to­rique (les ter­ri­toires occupés). A priori, le net­toyage eth­nique de 1948 ne diffère pas fon­da­men­ta­lement de la conquête et des annexions de 1967. La seule dif­fé­rence, mais elle n’est pas mince, c’est que le droit inter­na­tional reconnaît le fait accompli en 1948, mais ne reconnaît pas celui de 1967. L’OLP a fait en 1988 une concession énorme dont les diri­geants israé­liens auraient dû se saisir pour obtenir enfin leur recon­nais­sance et leur insertion au Proche-​​Orient.

Jusqu’à l’assassinat de Rabin, on a pu croire qu’un tel pro­cessus abou­tirait. Sauf que la nature de l’Etat d’Israël a radi­ca­lement changé après 1967. La colo­ni­sation des ter­ri­toires pales­ti­niens est devenue cen­trale dans le projet sio­niste. Il est d’ailleurs signi­fi­catif que Rabin lui-​​même a ins­tallé 60000 nou­veaux colons entre les accords d’Oslo et son assas­sinat. Le rêve fou de faire venir tous les Juifs du monde entier en Israël a semblé pos­sible avec la dis­pa­rition de l’URSS.

Si les négo­cia­tions avaient été basées sur le droit inter­na­tional et les droits fon­da­mentaux, elles auraient dû aboutir rapi­dement. L’occupant ne l’a pas voulu. Il a sans arrêt mis en avant la question de la « sécurité de l’occupant ». Il a refusé de s’engager dans la fin de la colo­ni­sation, le déman­tè­lement des colonies, la libé­ration des pri­son­niers et le retrait des ter­ri­toires occupés. Il a mul­tiplié les actes cri­minels, les humi­lia­tions, les assas­sinats ciblés. Il a super­bement ignoré toutes les réso­lu­tions inter­na­tio­nales (comme celle qui pro­clame que la construction du mur est illégale). Dernier acte cri­minel en date : le siège de Gaza destiné à affamer un peuple dont le prin­cipal tort est d’avoir mal voté.

Après l’échec des négo­cia­tions, les diri­geants israé­liens et leurs alliés amé­ri­cains se sont acharnés à faire porter sur les Pales­ti­niens la res­pon­sa­bilité de l’échec. Ils ont exigé des Pales­ti­niens une capi­tu­lation sur leurs droits his­to­riques et sur le droit inter­na­tional (en par­ti­culier le droit des réfugiés). En fait, ce sont les Pales­ti­niens qui « n’ont pas de par­te­naire pour la paix ». Ils n’ont jamais ren­contré de diri­geant israélien res­pec­tueux du droit.

Depuis Oslo, les dif­fé­rents gou­ver­ne­ments israé­liens ont tout fait pour pour­suivre la colo­ni­sation et rendre impos­sible la création d’un Etat Pales­tinien digne de ce nom. Il n’y a donc aucune pers­pective à continuer de dis­cuter sur les bases actuelles. Le pro­cessus issu de la confé­rence d’Annapolis est mort-​​né. Pour vraiment négocier, il faudra en revenir au droit.

Quelle issue ? Quelle solidarité ?

La paix basée sur l’égalité et la justice passe avant tout par la fin de l’impunité d’Israël. Il faut sanc­tionner ce pays tant que durera l’occupation. Il faut un boycott poli­tique, écono­mique, sportif, moral, à l’image de celui qui a fait plier le régime de l’Apartheid. Ce boycott est demandé par de nom­breuses asso­cia­tions pales­ti­niennes. Il faut en finir avec une impunité qui conduit à la per­pé­tuation d’une poli­tique cri­mi­nelle. Plus de 15% des Israé­liens vivent hors d’Israël. La plupart des Israé­liens voyagent. L’économie israé­lienne est tota­lement insérée dans la mon­dia­li­sation libérale. Il ne fait pas de doute qu’un boycott suivi et organisé serait en mesure de convaincre les diri­geants israé­liens que la fuite en avant n’est plus pos­sible. Dans l’impunité israé­lienne, il y a aussi les crimes de guerre commis. Ceux-​​ci devront être jugés.

Malgré l’occupation, malgré une économie qui a été détruite, malgré une pau­vreté et un chômage massifs, la société pales­ti­nienne résiste. Ce pays a vu naître une société civile mul­tiple, des asso­cia­tions de toutes sortes, des ONG, une auto orga­ni­sation et des coopé­ra­tives. Les Palestinien-​​ne-​​s ont besoin de notre aide. Nous devons les aider écono­mi­quement, maté­riel­lement, mais aussi mora­lement en allant là-​​bas et en témoi­gnant de l’injustice majeure qu’ils/elles vivent depuis 60 ans. Il faut établir des jume­lages, créer des projets concrets, briser le blocus de Gaza. Cette soli­darité doit s’étendre aux Pales­ti­niens d’Israël, citoyens de seconde zone et aux éternels oubliés, les réfugiés.

Une jonction, une conver­gence ont com­mencé à s’établir entre la petite minorité « anti­co­lo­nia­liste israé­lienne » (les refuzniks, l’Alternative Infor­mation Center, les Anar­chistes contre le Mur, Les Femmes en Noir, le Bloc de la Paix …) et les Palestinien-​​ne-​​s. Cette conver­gence est fon­da­mentale parce qu’elle porte en germe les termes d’une vraie paix. Nous devons la sou­tenir énergiquement.

Enfin, le moteur du sio­nisme, c’est le « com­plexe de Massada », c’est la peur, ce sont les méca­nismes uti­lisés pour per­suader les Israé­liens et les Juifs que toute inflexion de la poli­tique actuelle aboutira à leur dis­pa­rition. C’est la trans­for­mation de l’occupant en victime. Nous devons être très clair-​​e-​​s. La paix passe par l’égalité des droits entre les dif­fé­rents peuples de la région et le refus de toutes les formes de racisme ou de dis­cri­mi­nation. En ce sens, l’antisémitisme, comme toutes les autres formes de racisme, est un crime et doit être dénoncé sans retenue. Mais son ins­tru­men­ta­li­sation aussi est un crime. Les diri­geants sio­nistes n’ont aucun droit à parler au nom des Juifs ou au nom du génocide nazi. Ils n’ont aucun droit à détruire la Palestine au nom d’un crime européen. Nous devons chercher à briser le front inté­rieur en Israël et à per­suader les citoyens que leur avenir passe par une paix équi­table et pas par la pour­suite d’une aventure criminelle.