Il s’agit maintenant d’aller vers des sanctions économiques, politiques

Daoud (FDLP) - Marc (AFPS), mercredi 26 janvier 2005

Entretien télé­pho­nique entre Marc Prunier (AFPS) et Daoud Talhami, membre de la direction du Front Démo­cra­tique de Libé­ration de la Palestine (FDLP), du Conseil National Pales­tinien, qui a eu lieu le dimanche 23 janvier 2005.

Daoud : Je reçois la lettre d’information de l’AFPS et je suis donc informé de vos acti­vités et je vous en remercie. Nous avons apprécié l’action de la France lors de la maladie de notre pré­sident et nous remer­cions votre pays pour l’accueil et l’hommage rendu au pré­sident Yasser Arafat par le gou­ver­nement Français.

Marc : Quel bilan fait le Front Démo­cra­tique de l’élection pré­si­den­tielle et de la cam­pagne élec­torale ? La par­ti­ci­pation, les résultats d’Abou Mazen, du Front Démo­cra­tique de Libé­ration de la Palestine ?

Daoud. Nous avons discuté au sein de la direction du FDLP du dérou­lement des élec­tions pré­si­den­tielles. Nous res­sentons une satis­faction relative : ces élec­tions se sont passées dans des condi­tions plutôt démo­cra­tiques ; minimum de pro­blèmes sauf que la durée de la cam­pagne pour la pré­pa­ration a été très courte : du 25 décembre au 7 janvier 2005. De l’autre côté, un pro­blème reste à dis­cuter dans les ins­tances légis­la­tives : c’est le finan­cement de la cam­pagne élec­torale. Il y a eu une grande dif­fé­rence entre les capa­cités finan­cières des deux prin­cipaux can­didats et les autres can­didats. Il existe un projet de loi rédigé et déposé au conseil légis­latif pales­tinien, ce projet s’inspire de l’expérience d’autres pays.

Il n’y a pas eu de pro­blèmes le jour même des élec­tions jusqu’aux 3 ou 4 der­nières heures de la clôture des bureaux de vote. Un certain nombre de pro­blèmes sont apparus, l’allongement des heures de vote, le fait que quelques per­sonnes ont voté plu­sieurs fois du fait de l’utilisation de 2 registres dif­fé­rents : un premier, les ins­crits sur les listes élec­to­rales (1 200 000) et le registre civil laissé par les Israé­liens et qui n’a pas été examiné (exemple : per­sonnes décédées ou ayant quitté les ter­ri­toires. L’utilisation de ce second registre a été imposée par un vote bâclé du conseil légis­latif. Consé­quence : quelques mil­liers de votes pas très régu­liers, mais ceci n’a pas changé les résultats des élec­tions d’autant plus que la com­mission a essayé, du mieux qu’elle pouvait, de rayer les votes qui étaient "douteux".

On peut dire grosso modo que c’est une élection qui s’est déroulée de manière satis­fai­sante. C’est une pre­mière expé­rience dans un contexte tota­lement dif­férent de 1996, où l’élection du Pré­sident a été un plé­biscite même s’il y avait une femme qui se présentait.

Les pro­blèmes de res­tric­tions imposées par les Israé­liens, les dif­fi­cultés de mou­vement ont fait que beaucoup de citoyens n’ont pas pu se déplacer de la ville où ils tra­vaillent jusqu’au village où ils sont inscrits.

Une nou­velle loi élec­torale, devrait être votée d’ici 2 à 3 semaines, pour les élec­tions légis­la­tives ; elle prévoit un système mixte, 50 % à la pro­por­tion­nelle et 50 % par cir­cons­cription [1] ; c’est un com­promis entre ceux qui veulent la pro­por­tion­nelle (comme le FPLP) et ceux qui veulent une élection par cir­cons­cription (Fatah).

Autre point important de cette élection : le taux de par­ti­ci­pation. Les chiffres donnés par la com­mission cen­trale sont les sui­vants : environ 70 % des ins­crits, soit 820 000 votants sur les 1 200 000 élec­teurs environ. Mais le pro­blème c’est le registre civil (600 000 noms, n’ayant pas subi de mise à jour préa­lable, on ne sait pas le nombre de Pales­ti­niens qui n’ont pas été ins­crits. Cela donne 70 % de votants des ins­crits sur les listes élec­to­rales et moins de 50 % à partir du registre civil (on compte 70 000 enre­gistrés sur le registre civil qui ont voté).

Marc : Le Hamas et le Djihad on mené une courte cam­pagne sur le thème de la faible par­ti­ci­pation élec­torale signi­fiant ainsi que Mon­sieur Mahmoud Abbas ne serait pas élu par la majorité des pales­ti­niens des Ter­ri­toires Occupés ?

Daoud  : C’est le droit du Hamas et du Djihad isla­mique. C’est leur droit dire cela, mais c’est quelque chose qui ne change pas le résultat. Hamas et Djihad ont décidé de boy­cotter les élec­tions, mais les élec­tions devaient avoir lieu. On peut boy­cotter les élec­tions mais pas dire puisque l’on a boy­cotté qu’elles ne sont pas légi­times. On ne peut pas douter des résultats de cette élection !

Les 62 % obtenus par Mahmoud Abbas ne repré­sentent pas la force réelle du Fatah dans les ter­ri­toires pales­ti­niens mais on verra lors des légis­la­tives. Le Pré­sident a été élu d’une manière légitime.

Marc : Le FPLP a fait cam­pagne seul, après des rumeurs d’une can­di­dature commune de la gauche pales­ti­nienne :
- Envisagez-​​vous une union poli­tique avec les autres forces de gauche pour les légis­la­tives ?
- Pensez-​​vous qu’il y a une alter­native de gauche au Fatah et aux mou­ve­ments islamiques ?

Daoud : Il y eu des ren­contres comptant 5 orga­ni­sa­tions de gauche (FPLP, PPP, FDLP, FIDA FLPP) aux­quelles j’ai moi-​​même par­ticipé ; et des ren­contres tri­par­tites com­prenant FPLP, FDLPFIDA.

Au final, on n’a pas pu se mettre d’accord sur un seul can­didat car celui-​​ci devait être une per­son­nalité indé­pen­dante. Il y a eu un accord sur 2 noms mais tous les 2 se sont désistés ; ensuite il n’y a pas eu d’accord pos­sible. Avant que le FPLP ne confirme son soutien à Mustafa Bar­ghouti, le FDLP et le FPLP ont eu des dis­cus­sions. Ensuite chacun a choisi son orien­tation. [2]

Il aurait été pré­fé­rable de pré­senter un can­didat unique , mais ce n’est pas grave car de mon point de vue, il n’était pas dans l’ambition de la gauche de gagner mais plutôt de sou­ligner sa pré­sence, l’autorité étant gou­vernée par les accords d’Oslo.

Ce fut donc une occasion de res­sus­citer les idées de gauche, 3 can­didats ont pu pré­senter des idées de gauche à la popu­lation par­tagée entre les deux prin­cipaux courant [3]

Nous sommes en faveur de la pré­sen­tation de can­didats communs entre toutes les forces de gauche étant donné que le pro­chain conseil légis­latif sera ou devra être un organe très important dans des ins­ti­tu­tions qui était jusque là dominées par la pré­si­dence élue en 1996, lié au fait de la pré­sence d’un seul parti qui avait une large majorité à lui tout seul au CLP [4].

On peut dire que les pro­chaines élec­tions légis­la­tives seront très impor­tantes pour per­mettre une répar­tition du pouvoir, pour que le CLP contrôle l’exécutif. Le vote popu­laire peut per­mettre une avancée des réformes, élire une assemblée où toutes les com­po­santes seraient repré­sentées, en pro­portion de sa force élec­torale, c’est pourquoi le FDLP aurait préféré une loi élec­torale ins­ti­tuant la pro­por­tion­nelle inté­grale. Toutes les forces poli­tiques doivent pouvoir être asso­ciées, car nous consi­dérons tou­jours que nous sommes dans une phase d’unité nationale face à l’occupation israélienne.

Marc : Abou Mazen négocie un arrêt des attaques contre Israël avec les groupes armés.
- Quelles sont les condi­tions for­mulées par les bri­gades… ?
- Y-​​a-​​t-​​il des pers­pec­tives d’accord ?

Daoud : En général tous les groupes de résis­tance [5] ont exigé cette attitude : que ce ne soit pas une décision sans contre­partie des israé­liens. La contre­partie demandée par toutes les com­po­santes armées, arrêt :
- des assas­sinats ciblés
- des arres­ta­tions
- des attaques contre les villes, les vil­lages, Mais aussi
- le retrait des ter­ri­toires qui sont occupés depuis sept 2000 y compris les villes de Cis­jor­danie le plus important avoir une garantie inter­na­tionale pour qu’un pro­cessus de paix sérieux soit ouvert.

On ne s’arrêtera pas au point où le gou­ver­nement Sharon a fixé c’est à dire le retrait, en fait ce n’est pas un retrait, c’est une redis­tri­bution des forces israé­liennes autour de gaza et de la cis­jor­danie. Gaza pourrait être réoccupé par l’armée israé­lienne dans une période très courte et en plus évidemment Israël conti­nuera à contrôler l’espace aérien, les fron­tières ter­restres et maritimes.

Donc pour nous, comme le confirme le conseiller de Sharon Dov Weiglas [6], le plan de Sharon est un plan qui vise à enterrer le pro­cessus de paix plutôt que de le res­sus­citer, les USA prennent à leur compte le plan du gou­ver­nement Sharon. Il s’agit de donner des garanties aux pales­ti­niens, il ne s’agit pas d’appliquer le vieux plan de Sharon. Il a parlé d’un ter­ri­toire pales­tinien pro­vi­soire pour 20 ans.

Il est dan­gereux de séparer Gaza de la Cis­jor­danie. Ce serait un affai­blis­sement général des forces pales­ti­niennes. Il est clair que la poli­tique de Sharon n’est pas d’évacuer la Cis­jor­danie. Il faut imposer au gou­ver­nement israélien, y compris si c’est néces­saire par des sanc­tions, le respect des réso­lu­tions de l’ONU, la fin de l’occupation de Cis­jor­danie, de Jéru­salem Est et de Gaza. L’application de l’avis de la Cour Inter­na­tionale de Justice concernant le mur de séparation.

Marc : On ne parle pas en France du mur de sépa­ration mais de mur d’annexion et d’apartheid.

Daoud : Vous avez raison car c’est le véri­table but : pra­ti­quement annexer la moitié de la Cis­jor­danie, mais c’est le terme utilisé par les Israé­liens. Nous, on utilise souvent le ’mur d’apartheid’. Le terme que vous uti­lisez dénote le véri­table objectif d’Israël, l’enclavement des régions peu­plées de pales­ti­niens en Cisjordanie.

Marc : Y a t’il une pers­pective réelle d’accord pour une trêve puisqu’une partie doit être garantie par Israël ?

Daoud : Je ne pense pas qu’il y aura un accord ; ça n’a aucune signi­fi­cation d’arrêter les actes de résis­tance alors que l’armée continue ses bom­bar­de­ments, ses assas­sinats. Ces 2 der­niers jours bom­bar­de­ments, assas­sinats ont continué. [7] Une garantie d’intervention exté­rieure l’UE est impor­tante mais mal­heu­reu­sement Israël a tou­jours ten­dance à se pro­téger der­rière les USA. Mais tout dépend de la volonté de la nou­velle Secré­taire d’Etat de faire avancer la feuille de la route. Nous avons cri­tiqué l’attitude des Amé­ri­cains qui ont pra­ti­quement accepté les expli­ca­tions d’Israël et les 14 amen­de­ments demandés par Sharon à la feuille de route.

Le rôle de la com­mu­nauté inter­na­tionale est pri­mordial. Son influence sur les USA doit se mani­fester ; elle doit, par des actes concrets, infliger des sanc­tions envers Israël, sem­blables à celles prises à l’encontre de l’Afrique du sud. Sinon, mal­heu­reu­sement, on n’a pas l’impression que le gou­ver­nement israélien ira dans le sens d’un règlement défi­nitif et Sharon s’arrêtera avec son projet spécial concernant Gaza. Le fait que le parti tra­vailliste ait rejoint le gou­ver­nement israélien n’a aucun influence sur le plan de Sharon et si Sharon se trouve en dif­fi­culté il pré­férera aller à des élec­tions anticipées.

Marc : Les médias ont annoncé la signature du FDLP et du FPLP ?

Daoud : Fran­chement, je pense qu’il n’y a pas eu de décision, pro­ba­blement encore des pour­parlers. Moi même, il y a 2 heures, je par­ti­cipais à des dis­cus­sions, je n’ai pas d’informations depuis. Mais accepter un cessez le feu sans aucune contre­partie d’Israël ??! Il faut que ce soit un accord général sinon ce ne sera pas "pra­ti­quable". Il faut attendre.

Marc : les Brigades Al Asqa ont signé !

Daoud : C’est dif­ficile à dire car les bri­gades des martyrs d’Al Aqsa n’ont pas de direction cen­tra­lisée ; cer­tains sont proches du nouveau gou­ver­nement pales­tinien, d’autres sont plus indé­pen­dants, mais toutes les com­po­santes armées sont souvent ensemble lors d’actions com­munes comme c’est le cas ces der­nières semaines

Marc :Au niveau poli­tique, y-​​a-​​t-​​il des négo­cia­tions en cours entre le Fatah et les mou­ve­ments de la gauche pales­ti­nienne ? Vers un gou­ver­nement d’union nationale avec le Hamas ?

Daoud : il y a des contacts mais rien de très concret puisque toute l’attention a été portée sur l’effort de Abbas pour l’arrêt des opé­ra­tions armées ; donc seulement des contacts non offi­cieux. Le FDLP a proposé un gou­ver­nement de coa­lition inté­ri­maire pour pré­parer les légis­la­tives, c’est-à-dire un gou­ver­nement pro­vi­soire dont la tâche se ter­minera avec les légis­la­tives, il y aura une par­ti­ci­pation des com­po­santes prin­ci­pales qui accep­terait de pré­parer je ne pense pas que Hamas y par­ticipe On conti­nuera d’essayer à cette formule c’est-à-dire un gou­ver­nement qui pré­parera dans les meilleures condi­tions avec d’autres com­po­santes que celles actuelles les futures élec­tions. Les légis­la­tives sont bien plus impor­tantes que les présidentielles

Marc : Vue de France, la situation paraît incer­taine.
- Quelle est la situation sur le terrain ?
- Quelle est la marge de manœuvre d’Abou Mazen ?
- je précise sur le site internet d’IPC [8] j’ai lu q’un jeune homme a été tué ce matin, une infor­mation fait état de la réins­tal­lation du check point de Surda [9] en Europe on parle d’arrêt des vio­lences depuis l’élection d’Abu Mazen, y a t-​​il un chan­gement de la part d’Israël ?

Daoud :Tous les jours il y a des incur­sions dans les villes pales­ti­niennes dans la bande de Gaza, des martyrs ; il y 2 jours, 80 voi­tures blindées à Naplouse des­truction d’un grand bâtiment. Ce matin à l’aube à l’intérieur de Naplouse une usine a été détruite, sous le pré­texte que c’était une usine de fabri­cation d’explosifs ! Pour la popu­lation pales­ti­nienne rien n’a changé.

Il y a 3 jours place Manara [10] ils (les FOI) ont fait sauté un bâtiment et arrêté un jeune homme durant la nuit. Les Israé­liens ne montrent aucun indice d’un véri­table chan­gement de poli­tique ; de plus ils ne parlent pas de l’arrêt d’expansion des colonies

Tous les jours, on constate l’expansion des colonies ; d’ailleurs, les groupes de paix israé­liens parlent d’une expansion continue ; il n’y a eu aucun déman­tè­lement des colonies sau­vages contrai­rement à la pre­mière partie de la feuille de route

Aucun chan­gement même avec le renfort au gou­ver­nement israélien du parti tra­vailliste qui est pris de cours par les piliers de droite. Ils sont pri­son­niers de Sharon et n’influent en rien dans la poli­tique, on continue de ren­forcer le mur à l’entrée de Jéru­salem dans la région de kalandia, il est question de continuer de le bâtir dans le sud de la Cisjordanie !

Il ne faut pas se tromper : il n’y a pas de pro­cessus de règlement. L’impression donnée par les médias occi­dentaux n’est pas réelle : le gou­ver­nement israélien tente, en donnant cette impression, d’affaiblir un peu la pression, les condam­na­tions inter­na­tio­nales dues à sa politique.

Il y a un plan d’occupation de Gaza et il peut avoir lieu à tout moment ; il y a la pression amé­ri­caine peut être pour donner un peu de temps à Abbas, mais per­sonne n’exclut une attaque israé­lienne dans les jours à venir si, par hasard, il y avait un acte de résis­tance. On attend de voir les élec­tions ira­quiennes sous occu­pation ; on verra peut être mieux les inten­tions de l’administration amé­ri­caine dans notre région. Jusqu’à nouvel ordre, il ne s’agit de rien d’autre que Sharon applique son plan qui n’est que le réamé­na­gement de l’occupation de Gaza.

Marc : Laïla Shahid dit dans un Forum du journal "Le Monde "..la résis­tance de Gaza fait que c’est un prix trop cher à payer pour Israël.."

Daoud : C’est juste, mais d’autres consi­dé­ra­tions entrent en ligne de compte chez Sharon : outre alléger le coût des pertes humaines et pertes écono­miques, on a d’un autre côté Dov Weiglas [11] qui a expliqué très clai­rement le but "geler tout pro­cessus de paix" [12]

La pression morale inter­na­tionale, l’avis de la Cour inter­na­tionale de Justice et la vision de Sharon alléger le poids démo­gra­phique des Pales­ti­niens dans les ter­ri­toires annexés. Pour lui, il s’agit de la vallée du Jourdain : il comptait continuer le mur du coté oriental il a été découragé par les USA déjà embar­rassés par la construction du mur coté occi­dental qui annexe les terres palestiniennes

Le coût qu’à imposé la résis­tance, la capacité des citoyens de sup­porter l’agression, les attaques malgré la vie extrê­mement dif­ficile imposée par les FOI a poussé Sharon a faire ce plan pour alléger le poids écono­mique et mili­taire et peut être les pres­sions exté­rieures. Il a, je pense, du côté des USA la per­mission d’appliquer son plan jusqu’à la fin de l’année. Tout dépend de ce qui se passera dans la région ; tout dépend des autres forces mon­diales mais pour nous, ce plan com­porte un grand danger : la sépa­ration de Gaza et de la Cisjordanie.

Il ne faut donner aucune garantie en contre­partie, y compris l’arrêt de la résis­tance, s’il n’y a pas un plan complet de retrait des ter­ri­toires pales­ti­niens discuté avec l’OLP. Ce serait tomber dans le piège tendu par Sharon.

Marc : Y a t’il un débat poli­tique sur les ques­tions sociales, écono­miques ? Malgré la lutte prio­ri­taire pour les droits nationaux ?

Daoud : Pendant la cam­pagne pré­si­den­tielle, une grande partie du débat a été consacré à l’économie, la poli­tique sociale, la démo­cratie, la cor­ruption, un certain nombre de pro­blèmes issus du com­por­tement de cer­tains impor­ta­teurs de pro­duits de l’extérieur qui font concur­rence aux pro­duits palestiniens.

Le FDLP a sou­ligné la nécessité de porter assis­tance à la majorité des pales­ti­niens dont les condi­tions sont très dif­fi­ciles : les ouvriers sans travail, les agri­cul­teurs qui subissent les attaques des colons et de l’armée, la concur­rence des pro­duits israé­liens par exemple : le produit agricole prin­cipal l’huile d’olive : les agri­cul­teurs pales­ti­niens n’ont pas pu exporter une bonne partie de l’huile d’olive pro­duite. Donc tout cela a été pré­senté pendant la campagne.

Le FDLP est en faveur des couches les plus défa­vo­risées, il pré­conise de mettre sous contrôle les com­mer­çants, les agents impor­ta­teurs de l’extérieur pour ne pas mettre en danger ce qui reste de la petite industrie locale pales­ti­nienne, essayer de faire face à une concur­rence qui est inégale entre les pro­duits agri­coles et ali­men­taires pales­ti­niens et ceux d’Israël, y compris les pro­duits qui viennent des colonies. Nécessité d’appliquer la loi et imposer le respect de la loi y compris pour les plus influents, les ser­vices de sécurité. La dis­tinction entre les can­didats a été très claire dans ce domaine.

Marc : Qu’attendez-vous de la soli­darité inter­na­tionale ? Quelles est la cam­pagne prin­cipale ou l’axe poli­tique central ?

Daoud : Il faut sou­ligner l’appréciation très positive pour le soutien et la soli­darité qui a été très visible ces der­nières années de nos amis en France. Nous pensons extrê­mement important que cette soli­darité se mani­feste, vu le rapport des forces entre les Israé­liens et nous, et le soutien incon­di­tionnel, jusqu’à présent, de l’administration amé­ri­caine à l’extrême droite au pouvoir.

Ce que nous sou­haitons, c’est que la cam­pagne de boycott des pro­duits qui a com­mencé aille vers des pres­sions concrètes, basées sur la décision de la CIJ qu’Israël ne res­pecte pas. Il s’agit main­tenant d’aller vers des sanc­tions écono­miques, poli­tiques et pas seulement le boycott des pro­duits. Les forces de paix israé­liennes ne gagneront pas les élections !

Sans des sanc­tions sem­blables à celles imposées à l’Afrique du Sud il n’y aura pas d’avancée rapide. La poli­tique des USA et leur projet en Iraq, leur souci prin­cipal mettre la main sur le pétrole, sera aussi un facteur déterminant.

Il faut une pression poli­tique très forte sur Israël, l’intervention des puis­sances inter­na­tio­nales à l’égard des USA pour lui faire changer sa poli­tique incon­di­tion­nelle de soutien à la droite israé­lienne. Comme ce fût le cas dans les années 80 à l’égard de l’Afrique du Sud pour changer la poli­tique d’Apartheid, la pression morale de l’Europe à été déterminante

marc : Y a t’il une dif­fé­rence pro­fonde sur la question des droits nationaux pales­ti­niens entre la droite et gauche Israélienne ?

Daoud : Il est question du parti tra­vailliste, le nouveau parti yahad a une position plus avancée que le parti tra­vailliste, le parti tra­vailliste n’a pas d’alternative à la poli­tique de Sharon La gauche paci­fiste israé­lienne est très faible, elle a été très affaiblie du fait de la montée de Sharon. On a pas d’illusion sur le parti tra­vailliste, ce sera le masque qui essaiera d’embellir la poli­tique de Sharon, aucune chance que ce parti gagne les élec­tions. Nous pensons que c’est un fait, c’est la pression exté­rieure qui aura le rôle déter­minant pour rac­courcir les souf­frances. Sinon il n’y aura pas de chan­gement de la part d’Israël et des USA.

Nous espérons beaucoup de la com­mu­nauté inter­na­tionale, elle a un rôle pri­mordial à jouer, en par­ti­culier l’UE, pour faire créer les contions d’une paix réelle très dif­fé­rente des illu­sions actuelles d’une paix qui n’existe pas et d’un gou­ver­nement de coa­lition qui n’a pas dans son pro­gramme une volonté de paix, mais un dessein qui vise à tuer les pro­ba­bi­lités d’un pro­cessus de paix.

Marc : Je vous envoie la trans­cription de cet entretien avant publication

Daoud : Ce n’est pas néces­saire, je sais que nous par­ta­geons de nom­breuses idées com­munes, je sais que je peux vous faire confiance. Informez moi lorsque cet entretien sera publié.

[1] en 96 l’élection des députés s’est faite par circonscription

[2] Tayssir Khaled, secré­taire général et can­didat du Front démo­cra­tique de libé­ration de la Palestine (FDLP), a recueilli 3,5% des suffrages

[3] NDR Fatah et Hamas, les trois can­didats de gauche repré­sentent plus 1/​​4 des élec­teurs pales­ti­niens, Mous­tapha Bar­ghouti, qui a recueilli 19,8% des voix. Tayssir Khaled, du Front démo­cra­tique de libé­ration de la Palestine (FDLP), a recueilli 3,5% des suf­frages, Bassam Salhi (parti du peuple PPP2,69%

[4] Conseil Légis­latif Palestinien

[5] Avec l’Intifada Al-​​​​Aqsa, des mili­tants se réclamant du FDLP ont mis en place des struc­tures mili­taires avec les Pha­langes de la résis­tance nationale pales­ti­nienne (Katâ’ib Al-​​​​Muqâwama Al-​​​​Wataniyya Al-​​​​Filastîniyya )

[6] "Désen­ga­gement" Gaza

[7] NDR le 21 janvier 2005 3 ado­les­cents ont été tués par les forces d’occupation israéliennes

[8] www​.ipc​.gov​.ps

[9] situé entre Ramallah et Birzeit

[10] place cen­trale de Ramallah

[11] prin­cipal conseiller de Sharon

[12] lire : N’en croyez pas un mot