Il faut sanctionner Israël, désinvestir d’Israël et savoir aller de l’avant

Ilan Pappe - conférence San Francisco, mardi 6 décembre 2005

Durant la der­nière semaine du mois d’octobre, le pro­fesseur israélien Ilan Pappe était en Cali­fornie. Il a pro­noncé plu­sieurs confé­rences sur la nécessité de dés­in­vestir d’Israël et d’imposer des sanc­tions à ce pays, préa­lable indis­pen­sable à une solution équi­table du conflit israélo-​​palestinien. Le ven­dredi 28, il a fait une confé­rence à San Fran­cisco, à l’Eglise pres­by­té­rienne du Calvaire.

C’est pour moi un très grand plaisir d’être ici parmi vous. Et c’est un plaisir par­ti­culier d’être l’invité d’une asso­ciation qui, par ses acti­vités, sou­tient des gens comme moi, qui avons de plus en plus de dif­fi­cultés, dans nos pays res­pectifs, à continuer à exprimer nos opi­nions dis­si­dentes, éloi­gnées de la vision géné­ra­lement admise des choses. Et je ne parle ici pas seulement de moi-​​même, mais aussi des mes col­lègues qui, en Israël, pensent comme moi et tentent d’exprimer une opinion alter­native : un tel soutien, venu de l’étranger, nous donne de l’énergie et nous encourage. Et il est de fait que, sans un tel soutien, il serait pra­ti­quement impos­sible, pour nous, de continuer à livrer un tel combat…

Ce que j’aimerais faire, cet après-​​midi - je lais­serai assez de temps pour vos ques­tions et vos obser­va­tions, car je ne sais pas quel est votre niveau de connais­sance de la question, ni à quel point vous êtes engagés dans un mili­tan­tisme en lien avec la question Israël /​ Palestine… - mais je vais tout au moins essayer de vous pré­senter ce qui, pour moi, est le message le plus important et le plus urgent. Bien sûr ; ne vous gênez pas pour demander plus d’explications, si néces­saire, sur telle ou telle période, ou sur tel ou tel aspect qui vous inté­res­serait ou qui serait par­ti­cu­liè­rement important pour vous…

Cela fait environ trente ans, main­tenant, que je milite pour la paix et les droits de l’homme en Israël et en Palestine, et je dois dire que je ne me sou­viens pas d’avoir tra­versé une période aussi dépri­mante que la période actuelle. Je pense que ce sen­timent d’abattement, de dépression, ce sen­timent de désespoir, découle du gouffre qui semble qua­siment infran­chis­sable entre la manière dont la situation est décrite par les médias de mon propre pays et les médias en-​​dehors d’Israël, d’une part, et la réalité sur le terrain, d’autre part.

Parce que, tant que les gens conti­nueront à parler d’occupation et d’oppression, même s’ils les jus­ti­fient d’une manière ou d’une autre, vous pouvez tou­jours vous mettre en avant, et vous aurez tou­jours l’air dans le coup, si vous dites : « Je suis contre l’occupation et je suis contre l’oppression ! ». Et je pense que ça, c’était certes bien la situation en Israël et en Palestine. Mais jusqu’en l’an 2000, ce n’est plus le cas aujourd’hui. Non que le mou­vement anti-​​occupation, en Israël, ni que le mou­vement de résis­tance des Pales­ti­niens, eussent été en train de marquer des points signi­fi­catifs, ni d’obtenir des résultats tan­gibles dans leur lutte pour libérer les régions occupées par Israël en 1967.

Mais le sen­timent général était le suivant :
- ces gens, au moins eux, à l’intérieur et à l’extérieur d’Israël, étaient d’accord sur le fait que des parties de la Palestine - en l’occurrence la Cis­jor­danie et la bande de Gaza - étaient sous occupation.

Mais je pense que depuis cinq ou six mois, il est très dif­ficile de convaincre les gens, en Israël, et pra­ti­quement dans le monde entier, que l’occupation [israé­lienne] continue tou­jours. Ceci est dû à une évolution très inté­res­sante, à l’intérieur du système poli­tique israélien…

Nous avions pris l’habitude d’assister à un débat très vif, au sein du système poli­tique israélien, entre un camp, que nous avions coutume d’appeler « le camp de la paix », qui pensait qu’Israël devait se retirer des ter­ri­toires occupés en 1967 et per­mettre aux Pales­ti­niens d’y créer un Etat pales­tinien indé­pendant. Et, en face, vous aviez ce que nous appelons, en Israël, le « camp national » (parfois : « natio­na­liste »), qui voyait dans les ter­ri­toires occupés par Israël en 1967 une partie inté­grante de la terre d’Israël et, donc, un ter­ri­toire « racheté » (« libéré ») qui ne saurait être négocié, à aucun prix.

Et tant que ce débat se pour­suivait, le sen­timent qui pré­valait, en Israël et en-​​dehors d’Israël, c’était qu’il y avait une chance réelle de paix. En effet, si vous avez un groupe important d’Israéliens qui sont désireux de par­tager la terre de Palestine avec les Pales­ti­niens, de donner aux Pales­ti­niens une partie de la terre, de leur per­mettre de créer un Etat sur une partie de ces terres, cela semble repré­senter une formule accep­table, per­mettant une paix…

Il faut bien dire que c’était là une fausse sup­po­sition, de toute manière ; mais j’y reviendrai plus tard.

Mais au moins, il y avait un sen­timent qu’existait un espoir, que vous aviez une opinion publique, en Israël, sus­cep­tible de pousser dans le sens d’un pro­cessus de paix tan­gible. Et, en face, il y avait le camp qui s’efforçait d’annexer les ter­ri­toires qu’Israël avait occupés en 1967, en ne laissant, par consé­quent, aucune place à des négo­cia­tions de paix. Sur la base de cette dicho­tomie, en 1993, le lea­dership israélien, sous la hou­lette de feu le Premier ministre Itzhak Rabin, et le lea­dership pales­tinien, sous celle de feu le pré­sident Arafat qui n’était alors que le chef [de l’OLP], par­vinrent à un accord. Cet accord - l’accord d’Oslo - fut signé, comme vous le savez, sur la pelouse de la Maison Blanche, le 13 sep­tembre 1993.

La formule de la paix, en sep­tembre 1993, était que véri­ta­blement les Israé­liens étaient désireux de se retirer, en principe, des ter­ri­toires occupés par Israël en 1967 (la Cis­jor­danie et la bande de Gaza), de per­mettre à un Etat pales­tinien d’y être créé, en échange de l’acceptation, par les Pales­ti­niens, de recon­naître l’Etat juif et de renoncer à toute reven­di­cation ulté­rieure sur Israël.

Bien sûr, cela n’a jamais été accepté par les Pales­ti­niens, mais en raison des cir­cons­tances et de l’équilibre des pou­voirs [1], la direction pales­ti­nienne décida (je pense avec le recul de l’histoire que ce fut en l’occurrence une décision hasar­deuse, mais de l’eau a coulé sous les ponts, et il est trop tard désormais pour revenir sur ce passé)… bref ; les Pales­ti­niens, disais-​​je, ont décidé d’accepter les Accords d’Oslo, bien que leur inter­pré­tation de la paix n’ait en aucun cas été prise en compte par ces fameux Accords d’Oslo…

Fina­lement, l’Accord d’Oslo disait que l’interprétation israé­lienne de la paix, à savoir que si Israël se retirait des ter­ri­toires qu’il avait occupés en 1967, le conflit prenait fin, [était la bonne]. C’est la fameuse équation qui a été remise au goût du jour, lors du sommet de 2000, le sommet de Camp David II, à l’invitation du pré­sident Clinton, où Arafat se vit demander de signer un document qui assi­milait la fin de l’occupation desdits ter­ri­toires par Israël à la fin du conflit. Seulement voilà : en ce moment de vérité, à la dif­fé­rence de l’instant de vérité d’Oslo, où il était clair qu’il n’y y aurait plus de négo­cia­tions au sujet du conflit, Arafat a dit ce que tout le monde savait qu’il dirait , c’est-à-dire : « pas question ! »

Si j’étais un diri­geant pales­tinien, je ne pourrais pas dire que ma seule reven­di­cation consis­terait à ce qu’Israël se retire des ter­ri­toires occupés, je serais un repré­sentant d’un peuple qui a été dépossédé de son foyer national, en 1948 ; je dirais que nous avons perdu 80 % de notre ter­ri­toire, en 1948, que la moitié de la popu­lation pales­ti­nienne indigène a été trans­formée en réfugiés par une opé­ration d’épuration eth­nique israé­lienne. Et, partant, je vou­drais continuer à négocier ce qui repré­sen­terait pour moi, en tant que leader pales­tinien, la question la plus cru­ciale - c’est-à-dire : cer­tai­nement pas le sort des ter­ri­toires qu’Israël a occupés en 1967, qui ne repré­sentent que 20 % de la Palestine - bien sûr, je vou­drais voir l’occupation de ces ter­ri­toires prendre fin, et je vou­drais assister à l’émergence d’un Etat pales­tinien indé­pendant sur ces territoires…

Mais la fin du conflit ne pourrait inter­venir que lorsque nous aurions trouvé une solution équi­table, juste, au pro­blème des réfugiés. En effet, après tout, l’histoire n’a pas jamais assisté, non pas en termes de nombre en valeur absolue, mais en termes de nombre relatif, à l’expulsion de la moitié de la popu­lation d’un pays. La moitié de la popu­lation d’un pays… de sur­croît dans la période qui succède immé­dia­tement à la Seconde guerre mon­diale, avec la des­truction de la moitié des vil­lages de ce pays, avec la des­truction de la plupart de ses villes, pour ainsi dire, de toutes…

De manière carac­té­ris­tique, il s’agit d’un événement qui n’a fait l’objet d’aucun reportage dans un quel­conque journal amé­ricain, ni au moment où il s’est produit, ni par la suite. C’est sidérant. Aucune allusion, non plus, dans les manuels d’histoire amé­ri­cains. Mais je m’éloigne de notre sujet…

Revenons à la situation en 2000. Ainsi, les Israé­liens (s’agissait-il de l’opinion publique israé­lienne, ou des déci­deurs poli­tiques israé­liens, ou encore des deux ?), étaient confrontés au dilemme suivant : des années durant, ils avaient eu entre eux un débat interne très animé, un authen­tique débat, en Israël, autour de la question de savoir si Israël devait renoncer au contrôle sur les ter­ri­toires qu’il avait occupés en 1967, ou non ? Les Israé­liens pen­saient, et je crois qu’ils le pen­saient sin­cè­rement, qu’ils avaient pris une décision très cou­ra­geuse - qu’ils devaient renoncer à ces ter­ri­toires. Et quand le moment de vérité fut venu, quand ils ont proposé, en 2000, de se retirer de la plus grande partie de ces ter­ri­toires occupés - en effet, ils n’ont jamais proposé de se retirer de leur totalité… - la direction pales­ti­nienne, c’est-à-dire pas seulement Arafat, c’était aussi le dis­cours de tous les diri­geants, quel qu’ait été leur rang dans le camp pales­tinien, leur a dit : « C’est magni­fique ! Nous sommes très satis­faits de votre idée de retirer votre armée des ter­ri­toires occupés. Mais nous ne pouvons pas signer un document qui affirme que c’est là la fin du conflit et que nous, peuple pales­tinien, nous n’aurions plus aucune aspi­ration ni aucune reven­di­cation à satis­faire, étant donné que vous nous demandez, en cet été 2000, de dire que nous avons renoncé à notre droit au retour, que nous avons renoncé à notre droit à lutter pour une recon­nais­sance inter­na­tionale de l’épuration eth­nique de 1948, et donc pour celle de votre res­pon­sa­bilité dans ce crime hor­ri­fiant que vous avez per­pétré en 1948. »

Bien. Les Pales­ti­niens ont com­mencé, à l’automne 2000, à par­ti­ciper à une cam­pagne com­portant de mul­tiples mani­fes­ta­tions et cela, parce que, sous les aus­pices du pré­sident amé­ricain d’alors, Bill Clinton, Arafat avait été déclaré archi-​​terroriste, parce qu’il n’avait pas accepté le dictat amé­ricain, et les Pales­ti­niens, dans l’ensemble, étaient pré­sentés comme un peuple inflexible et cette allé­gation était même pro­jetée sur le passé, sur leur his­toire, sur leur his­toire dans le conflit, l’allégation, le nar­ratif consistant à dire qu’il n’y avait rien de nouveau sous le soleil et qu’ils avaient tou­jours rejeté les offres de paix « rai­son­nables et géné­reuses » qui leur avaient été faites.

Ce qui, bien entendu, est entiè­rement faux. Mais peu importe : c’est ainsi que les choses étaient pré­sentées. Il ne se serait donc pas agi sim­plement d’un refus acci­dentel d’accepter la meilleure solution encore jamais pro­posée au conflit : il se serait agi d’une his­toire com­plète, faite de com­por­tement pales­tinien butté. Il y a des rap­pro­che­ments inté­res­sants à faire entre l’été 2000 et l’automne 1947. Dans les deux cas, la com­mu­nauté inter­na­tionale - en 1947, il s’agissait des Nations unies et, en 2000, des Etats-​​Unis - ont offert une solution qui avait été taillée sur mesure pour les Israé­liens, ou plus exac­tement, s’agissant de 1947, sur la position des sio­nistes, et l’on sait que cette pro­po­sition avait elle aussi été tota­lement rejetée par les Palestiniens.

Et pourtant, à l’époque, la com­mu­nauté inter­na­tionale avait dit que cela n’avait pas d’importance, qu’on allait imposer par la force une solution qui n’était pas acceptée. En 1947, il s’agissait d’imposer une solution à une popu­lation qui repré­sentait la majorité de la popu­lation du pays, c’est-à-dire plus des deux tiers des habi­tants, et pourtant per­sonne n’a considéré que sa position [bien que majo­ri­taire] fût légitime.

Et pourtant, au sur­croît, la popu­lation indigène était encore là, alors que le groupe de popu­lation auquel on offrait une paix à sa propre conve­nance était composé de nou­veaux venus…

La plupart d’entre eux n’étaient arrivés en Palestine que quatre ou cinq ans aupa­ravant, pour la pre­mière fois de leur vie, pour la plupart.

Telle était la situation en 1947, mais il s’agissait de réso­lu­tions (impa­rables). Pas étonnant que les Pales­ti­niens les aient rejetées. Bien sûr, para­doxa­lement, l’existence aurait été beaucoup plus dif­ficile pour les Israé­liens, si les Pales­ti­niens avaient accepté les­dites réso­lu­tions… Mais nous ne sau­rions sous-​​estimer les bonnes raisons qu’ils avaient de les rejeter, ces idées-​​là, en 1947. Et le résultat de cette décision de par­tager la Palestine par la force, contraire aux vœux de la majorité de la popu­lation indigène, ce fut l’épuration eth­nique de la Palestine.

Ainsi, ce ne sont pas seulement les Israé­liens, qui sont res­pon­sables du net­toyage eth­nique de la Palestine ; ce sont aussi les Nations Unies, tout aussi bien, qui endossent la res­pon­sa­bilité de ce crime. De bien des manières, je pense quant à moi que c’est là une com­pa­raison quelque peu déso­lante, quand on fait retour sur le jugement de Salomon, on se dit que les Pales­ti­niens, étant les habi­tants locaux et authen­ti­quement natifs de la Palestine, il était normal qu’ils n’aient pu sup­porter, comme une mère, l’idée que leur bébé soit coupé en deux.

Et je pense que c’est là quelque chose de très pré­gnant dans le concept pales­tinien de la Palestine en tant que pays un, parce que les Pales­ti­niens vivent partout en Palestine, dans toutes les régions de Palestine et, cela, depuis des siècles. Et seul un peuple venu du dehors peut avoir cette idée de diviser, comme ça, hop ! le pays et de le trans­former en deux entités distinctes…

Eh bien, en été 2000, donc, de la même manière - bien sûr, cette fois il ne s’agissait plus des Nations unies, mais des Etats-​​Unis - on a décidé d’ignorer le point de vue des Pales­ti­niens, et d’accepter l’opinion selon laquelle tout refus pales­tinien d’admettre une idée, encore une fois, de partage de la Palestine, mais cette fois, un partage même encore moins rai­son­nable que celui de 1947, époque, où, au moins, on offrit aux Pales­ti­niens 45 % du ter­ri­toire. En 2000, on leur en offrit moins de20 %. On leur a dit : vous savez, dans ce cas, les Israé­liens sont fondés à décider, uni­la­té­ra­lement, de laquelle des parties de la Palestine doit être Israël et laquelle doit échoir à la Palestine. Ou, autrement dit : quelle partie de la Palestine serait soumise au contrôle et à la sou­ve­raineté absolus d’Israël, et sur quelle partie de la Palestine les Israé­liens auto­ri­se­raient les Pales­ti­niens à exercer une relative autonomie.

Et dès le moment où cette décision amé­ri­caine a été prise, durant l’été 2000, il n’y a plus eu, en la matière, aucune dif­fé­rence de quelque sorte que ce soit entre la pers­pective de Clinton sur le conflit, et celle de Bush.

C’est un des mes­sages les plus dépri­mants que nous ayons reçus, nous, les mili­tants paci­fistes en Israël : quel que soit le pré­sident des Etats-​​Unis, cela n’a pra­ti­quement plus aucune impor­tance ! C’est pourtant un message qu’en tant qu’historiens, nous avions appris à connaître et, ce, depuis 1945 : depuis 1945, peu importe que le pré­sident des Etats-​​Unis ait été répu­blicain ou démo­crate : la poli­tique amé­ri­caine a tou­jours été la même ! C’est tou­jours le même « courtage mal­honnête » que per­pé­tuent les Américains.

Et ceci signifie qu’il n’y a pas grand-​​chose à espérer, en ce qui concerne notre sort, en Palestine et en Israël, d’une oppo­sition de façade entre les Répu­bli­cains et les Démo­crates. Quoi qu’il en soit, une fois ce feu vert amé­ricain donné aux Israé­liens d’imposer uni­la­té­ra­lement la solution de leur choix, et de renoncer à l’idée d’une solution négociée - c’est bien ça, qui s’est passé, en été 2000 -, ceci a aidé la société israé­lienne à sur­monter le grave débat interne qui la hantait depuis 1967.

Il s’agit du débat entre ceux qu’on peut appeler les « sau­ve­teurs » de la terre - ceux qui croient que l’ancienne terre d’Israël, ou plus pré­ci­sément le cœur de l’ancienne terre d’Israël, était situé en Cis­jor­danie et qu’en consé­quence, en 1967, les juifs ont « racheté » leur ancienne terre - et ceux qu’on peut appeler les « gar­diens », ceux qui pensent que les ter­ri­toires occupés par Israël en 1967 sont en quelque sorte hypo­théqués jusqu’au moment où ils pourront être échangés contre un traité de paix en bonne et due forme avec les Palestiniens…

Eh bien, ce grave débat interne fut sublimé, en 2000. Il n’y avait plus matière à débat, ni à controverse.

D’après la seule super­puis­sance, la seule super­puis­sance à continuer à rouler les méca­niques dans la ville du Far West qu’est devenu le monde, il appar­tient aux Israé­liens de décider, entre eux, quelles parties des ter­ri­toires qu’ils ont occupés en 1967 sont sus­cep­tibles d’être trans­formés en entité palestinienne.

Alors que, bien entendu, toutes les autres ques­tions qui inté­res­saient les Pales­ti­niens, dont la plus impor­tante de toute était évidemment celle des réfugiés et de leur droit au retour, n’étaient abso­lument pas mises sur la table…

Le résultat, ce fut la réin­car­nation de quelqu’un qui était un nouveau venu total dans la vie poli­tique israé­lienne - mais, en 2000, le fait qu’il ait été un novice total n’avait plus guère d’importance - je veux parler évidemment d’Ariel Sharon… Si vous aviez dit à qui que ce soit, en 1982 ou en 1983, que Saron incar­nerait un jour le consensus israélien, per­sonne ne vous aurait cru. Ils vous auraient dit : « mais non, Sharon c’est LE repré­sentant par excel­lence de l’extrême droite israé­lienne, du camp extrême des « sau­ve­teurs » de la « terre d’Israël » ! ! ! »

« Sharon est encore plus extré­miste que ne le sont les colons eux-​​mêmes », voilà ce que vous auraient répondu les Israé­liens, en 19821983.

Mais dès l’instant où les Amé­ri­cains ont dit aux Israé­liens qu’ils étaient auto­risés à décider par eux-​​mêmes, entre eux, qu’ils n’avaient pas à négocier, qu’ils devaient décider entre eux, en fonction de leurs propres consi­dé­ra­tions, ce qu’ils espé­raient qu’il arri­verait en Palestine, il n’y avait plus aucun besoin d’un débat interne en Israël.

Seul, un groupe, plus fana­tique que les autres - le groupe des colons - savait que ce consensus israélien se for­merait à leur dépens. En effet, le consensus, dans la pensée poli­tique israé­lienne, accepté tant par les « sau­ve­teurs » que par les « gar­diens » de la terre, comme je les ai qua­lifiés plus haut, consistait à dire qu’Israël n’avait aucun intérêt à contrôler direc­tement chaque mètre carré de la Palestine.

De fait, Israël n’avait pas à contrôler des zones où les juifs n’avaient jamais réussi, à aucun moment depuis 1967, à ins­taller des colonies juives. Or il n’y avait pas DES zones de ce type, mais il n’en existait en réalité qu’UNE, recou­vrant la plus grande partie de la bande de Gaza, ou encore, à la rigueur, quelques toutes petites enclaves, en Cis­jor­danie, comme celles dont on parle en ce moment.

Mais la quasi totalité de la Cis­jor­danie est per­sillée de colonies israé­liennes et, par consé­quent, le consensus israélien consistait à dire que seule, une toute petite partie de la Cis­jor­danie était sus­cep­tible d’être res­tituée aux Pales­ti­niens, tandis que la bande de Gaza pouvait être débar­rassée de ses colonies. Mais non pas du contrôle israélien : [2]

Sharon a introduit encore autre chose dans le dis­cours poli­tique israélien, quelque chose de très important, et qui repré­sente encore une cause sup­plé­men­taire de cette sorte de désespoir que j’ai déjà évoqué.

Sharon avait appris qu’il y avait un certain petit jeu que vous pouvez jouer, vis-​​à-​​vis des Etats-​​Unis, si vous voulez vraiment tirer le maximum du marché que les Amé­ri­cains peuvent être amenés, contraints, à conclure. A cet égard, Bill Clinton doit être condamné, car il a donné à Israël un cadeau avant de quitter la pré­si­dence des Etats-​​Unis pour faire autre chose (pour faire quoi ? on s’en fout…). Les Amé­ri­cains attendent du gou­ver­nement israélien qu’il emploie un langage qui dis­simule la réalité du terrain. Or, en Israël, on ne joue pas à ce sale petit jeu. Per­sonne, en Israël, ne ressent la nécessité de dire : « nous sommes engagés dans un pro­cessus de paix », ni « nous avons véri­ta­blement mis fin à l’occupation. » Non. De fait, la majorité des Israé­liens pen­seront que Sharon aura marqué un point lorsqu’il aura convaincu les Amé­ri­cains qu’Israël doit décider par lui-​​même de la manière dont il doit traiter les Palestiniens.

De fait, l’année 2005, aux yeux de la majorité des Israé­liens, fut l’une des meilleurs années de leur vie, en raison de cet état de fait.

Vis-​​à-​​vis du monde, en général, il est indis­pen­sable de dis­si­muler la réalité du terrain au moyen d’un dis­cours de paix (purement des paroles verbales).

Ainsi, il vous faut dire que vous êtes en train de vous retirer de Gaza, tandis qu’en réalité vous ne vous retirez pas de Gaza ; que vous êtes engagé dans des négo­cia­tions, bien qu’en réalité vous ne soyez engagé dans rien de tel - les Israé­liens n’ont plus ren­contré de res­pon­sables Pales­ti­niens pour une négo­ciation digne de ce nom, depuis 1999 !

Ainsi, il n’y a pas de négo­cia­tions, mais vous pré­tendez qu’il y en a, et vous parlez d’un Etat pales­tinien, alors qu’en réalité vous désignez deux enclaves encer­clées par une muraille infran­chis­sable et des bar­rages élec­trifiés, qui évoquent plus des camps de pri­son­niers qu’un quel­conque futur Etat.

Après quoi, vous prenez cette assiette anglaise, et vous la pré­sentez comme une « offre de paix ». Et pourquoi vous fatigueriez-​​vous, puisqu’on ne vous demande rien d’autre ? Vous n’êtes pas supposé vous retirer pour de vrai, vous n’êtes pas supposé vous engager sérieu­sement dans des négo­cia­tions de paix et vous n’êtes surtout pas supposé per­mettre aux Pales­ti­niens de dis­poser de quoi que ce soit qui res­sem­blerait, fût-​​ce même de très loin, à un Etat souverain !…

Il est très inté­ressant de lire un rapport secret qui a été transmis par des fuites au quo­tidien Ha’Aretz, voici seulement quelques jours.

Ce rapport a été envoyé, semble-​​t-​​il, par un res­pon­sable amé­ricain un peu plus honnête que ses col­lègues engagés dans la poli­tique moyen-​​orientale. Il s’agit de Wol­fensohn, le repré­sentant états-​​unien au sein du Quar­tette, ancien pré­sident de la Banque mon­diale, qui a écrit un courrier cour­roucé au pré­sident Bush, qui a été transmis par des fuites aux journaux israé­liens - je ne sais pas si cela a été publié, ici, aux Etats-​​Unis - dans lequel il lui dit avoir constaté que les Israé­liens ne se sont pas, en réalité, retirés de Gaza, disant en sub­stance : « Je ne veux pas sim­plement dire », écrit-​​il dans sa lettre au pré­sident amé­ricain, « que les Israé­liens n’ont pas renoncé à contrôler la bande de Gaza, je veux dire que, men­ta­lement, ils n’ont pas franchi le pas. »

Ma pré­diction, c’est qu’il ne restera pas long­temps le repré­sentant amé­ricain au sein du Quar­tette, avec des vues aussi iconoclastes…

Mais telle est bien la situation. Et elle n’est pas près de s’arranger si nous laissons la haute poli­tique animer la revue de music-​​hall à notre place. Si nous laissons faire l’actuelle admi­nis­tration amé­ri­caine, mais aussi la pro­chaine, à mon avis - quel qu’en soit le chef - et même si nous laissons faire le Quar­tette, à savoir : l’ONU, la Russie, et l’Europe, en tant que par­te­naire des Etats-​​Unis dans l’effort d’amener la paix entre Israël et la Palestine : c’est tou­jours la même situation qui se per­pé­tuera, sur le terrain.

D’un côté, nous aurons la conti­nuation de l’occupation, avec toutes ses hor­reurs… Je n’ai pas jugé néces­saire, devant un groupe éclairé comme vous l’êtes, de rap­peler les des­crip­tions gra­phiques de ce qui se passe sur le terrain ; je suis sûr en effet que vous êtes bien au courant.

Mais, bien entendu, la meilleure chose à faire, c’est d’aller en Palestine et de voir de ses propres yeux ce qui s’y passe. Comme l’a écrit la cou­ra­geuse et regrettée Rachel Corie, dans une lettre adressée à ses parents, aux Etats-​​Unis : « Rien ne m’avait pré­parée à la situation que j’ai décou­verte ici. »

Et c’est dès le premier jour, après sa pre­mière visite en Cis­jor­danie et dans la bande de Gaza, qu’elle écrivait cela à ses parents. Pas un an après ! Dès son premier jour là-​​bas, elle a tota­lement changé d’opinion, de posi­tions et de per­cep­tions sur Israël et la Palestine.

Si vous allez là-​​bas : impos­sible de vous tromper ! Le mal israélien est infligé aux Pales­ti­niens quo­ti­dien­nement, vingt-​​quatre heures sur vingt-​​quatre, et à chaque vois que vous irez là-​​bas, vous le consta­terez. Ce n’est pas comme si vous deviez venir en un moment bien déterminé, que vous pourriez éven­tuel­lement rater… De plus, cela ne fait qu’empirer… Chaque année, c’est pire. Les Israé­liens ne cessent d’inventer de nou­velles méthodes d’intimidation et de terreur à l’encontre de la popu­lation locale. Pourquoi ? Mais parce que ce mal n’est pas le mal à l’état pur. Non : il s’insère dans un schéma général visant à dépos­séder les Pales­ti­niens de la plupart des régions qu’Israël convoite.

Que peut-​​on faire, la situation étant celle que j’ai décrite ? C’est là une question pri­mor­diale. Et je pense qu’il y a deux conclu­sions majeures, qu’un militant peut tirer de cette situation extrê­mement déprimante :

- 1) La pre­mière de ces deux conclu­sions, c’est que l’occupation est bien un crime contre l’humanité, qui se poursuit depuis trente ans, que dis-​​je, plus de trente ans : près de qua­rante ans, aujourd’hui. Et que chaque jour qui passe signifie que des mil­lions de Pales­ti­niens vont être soumis à des moyens d’intimidation encore pire que la veille. Bien entendu, la Palestine n’est pas le seul endroit au monde où se pro­duisent des événe­ments ter­ribles, mais c’est bien le seul endroit où, je pense, le bourreau soit absout de toute cri­tique et à l’abri de toute pression - ce qui n’est pas le cas des autres lieux de conflit, dans le monde. Ceci signifie qu’après 28 ans, nous sommes fondés à dire que toutes les stra­tégies employées afin de mettre un terme à l’occupation ; à savoir la lutte armée des Pales­ti­niens - dont je n’ai jamais été un grand par­tisan, mais qui était un moyen légitime dans l’histoire des mou­ve­ments de libé­ration - ont échoué, tota­lement, et n’ont aucune chance de réussir, en tous les cas pas dans sa der­nière phase, qui com­porte des attentats kami­kazes et d’autres moyens qui doivent être condamnés, tant mora­lement que poli­ti­quement. Et les efforts de négo­ciation, par ailleurs, les efforts diplo­ma­tiques, n’apporteront pas la fin des souf­frances des Pales­ti­niens sur le terrain. C’est très clair. Un énième plan de paix ne mettra pas fin à l’occupation. La question est donc : QUE POUVONS-​​NOUS FAIRE ?, si telle est bien, comme je le pense, la situation. Et je pense que le seul moyen non-​​violent qui nous soit offert, ce sont les pres­sions exté­rieures sur Israël. Si les gou­ver­ne­ments ne veulent pas s’en charger, c’est aux sociétés civiles de le faire. Et c’est là la dif­fé­rence, qui existe parfois, entre des sanc­tions et un boycott. Les sanc­tions, c’est quelque chose dont vous attendez de vos gou­ver­ne­ments qu’ils finissent par se résoudre à l’imposer à des pays qui doivent apprendre à se conduire comme il faut. Un boycott, c’est quelque chose que la société elle-​​même peut mettre en œuvre avant que le gou­ver­nement ne le fasse. Et c’est la seule méthode sus­cep­tible de marcher, je pense. Il faut lancer des cam­pagne du type des cam­pagnes de dés­in­ves­tis­sement en cours aux Etats-​​Unis. La force poten­tielle d’une telle option n’est pas encore vraiment pal­pable, parce que ces actions viennent tout juste de démarrer, mais la simple infor­mation qu’elles l’ont fait a envoyé aux Israé­liens un message très important. Je pense que cela envoie véri­ta­blement le message qu’une étiquette portant l’indication du prix à payer est attachée à la poli­tique d’occupation continuée. C’est en l’occurrence la seule voie dégagée, pour le mili­tan­tisme, en ce qui concerne la Palestine et Israël aujourd’hui : il faut que les Israé­liens, ou plus exac­tement l’Etat israélien devienne un Etat paria et le reste tant que sa poli­tique d’occupation se pour­suivra. Mal­heu­reu­sement, et je dis ceci en tant qu’Israélien, il n’y a aucune autre manière de réussir à faire quoi que ce soit. Aussi, c’est bien cette ligne d’action qui a d’ores et déjà été adoptée en Europe par divers syndicats,groupementset asso​cia​tions​.Je pense que cela va prendre de l’élan et de l’ampleur, au fil des mois à venir. Cela ne sera pas facile. Les Israé­liens ne vont pas manquer de tirer leurs mis­siles pré­férés contre cette activité de boy­cottage ; à savoir l’accusation d’antisémitisme, dont le maniement n’est pas aisé, mais qu’ils sont habiles à uti­liser. C’est là quelque chose que nous devons tous, nous tous, les juifs et les non-​​juifs, savoir, et c’est là ce à quoi nous devons tous nous confronter. Nous savons qu’il ne s’agit en rien d’antisémitisme, nous savons bien que la manière dont Israël se com­porte est on ne peut plus « anti-​​juive » et, de fait, on sou­hai­terait que les com­mu­nautés juives, de par le monde, disent : « En tant que juifs, nous avons honte de ce qu’Israël fait subir aux Pales­ti­niens », non pas sim­plement en tant qu’être humains, mais aussi en tant que juifs ; en ce sens, Israël n’est en rien un Etat « juif »…

- 2) La deuxième conclusion, avec laquelle je conclurai, a plus trait à la pros­pective sur le long terme. Si nous ne nous enga­gions que dans des acti­vités néga­tives, comme le dés­in­ves­tis­sement, les pres­sions etc., nous ne convain­crions pas les gens que nous avons quelque chose de positif à leur pro­poser. Oui, bien sûr, je sais, c’est pourtant ce que nous faisons : nous pro­posons bien notre soli­darité et notre soutien aux Pales­ti­niens opprimés des ter­ri­toires occupés, le boycott et le dés­in­ves­tis­sement, mais nous n’offrons rien qui aille au-​​delà du contrôle mili­taire. Or le contrôle mili­taire, les Israé­liens ne l’exercent que sur cer­taines parties de la Palestine. Et, à vrai dire, sur une partie fort réduite de la Palestine.

Et je pense que l’autre message, pour en revenir à ce que j’ai appelé la version déso­lante du jugement de Salomon, c’est le fait que dans ce cas his­to­rique par­ti­culier - peu importe, si cela mar­cherait, ou non, ailleurs - dans ce lieu par­ti­culier, étant donné la peti­tesse du pays, étant donné le fait que vous avez d’un côté une popu­lation indigène ori­gi­nelle, soumise depuis plus d’un siècle à une poli­tique de dépos­session, et de l’autre un groupe de nou­veaux venus, d’immigrants, qui sont aujourd’hui en nombre équi­valent à celui de la popu­lation indigène, et qu’ensemble, ils souffrent d’une longue his­toire de per­sé­cution et d’exclusion - sans oublier ce qui s’est passé, durant l’Holocauste, où il y eut une sérieuse ten­tative d’éliminer les seconds par génocide, ce qui a par­tiel­lement réussi.

Etant donné toute ces dimen­sions his­to­riques, tant de la popu­lation indigène de Palestine que de la com­mu­nauté juive en Palestine, il semble que l’idée de diviser ce pays entre deux pays ne fonc­tionne pas. Nous étions fondés, nous tous, je pense, nous étions fondés à spé­culer sur l’idée d’une par­tition, au début, dans les pre­mières années de ce siècle de conflit, et même au milieu, je pense qu’il était encore normal de penser qu’on pourrait avoir deux com­mu­nautés dis­tinctes, que ces deux com­mu­nautés ne pour­raient vivre ensemble, et on pouvait encore uti­liser des maximes amé­ri­caines du style : « Ce sont les hautes haies qui font les bons voisins », etc…

Mais je pense qu’aujourd’hui, les choses ont changé. Aujourd’hui : nous savons. Et nous savons aussi que toute poli­tique de ségré­gation ou de sépa­ration, bien loin d’encourager une quel­conque orien­tation paci­fique, ne fait qu’encourager le racisme et le fana­tisme, des deux côtés.

Je pense qu’il est temps, pour les gens exté­rieurs au conflit, et assu­rément pour les gens impliqués dans le conflit - et je décon­necte ceci de la question des pres­sions exté­rieures, car cela ne peut venir seulement de pres­sions externes, mais bien plutôt être encouragé par une assis­tance exté­rieure - for­mulent de nou­velles idées, quoi que puissent dire leurs poli­ti­ciens, sur la manière de par­tager la terre plutôt que de la diviser.

J’appartiens per­son­nel­lement à un groupe d’Israéliens et de Pales­ti­niens qui va s’élargissant. Nous nous réunissons régu­liè­rement, et nous pro­mouvons ces idées-​​là. Nous sommes convaincus, par notre propre expé­rience, et en par­ti­culier en raison de la manière dont nous conduisons notre vie actuelle, que ce n’est pas là une option que nous choi­si­rions parce que, en tant que poli­ti­ciens, nous aurions renoncé à toutes les autres options : nous avons choisi cette option, parce que nous la pré­férons. Nous pensons qu’il s’agit là d’une approche huma­niste conve­nable de la vie ; qui ne consiste pas à dis­tinguer entre les gens en raison de leur religion ou de leur nationalité.

Nous avons com­mencé à créer des écoles mater­nelles com­munes, nous sommes en train de créer des modèles pour le futur, qui amè­neront aux ques­tions de consti­tution, d’économie et de culture, pour une telle structure poli­tique future, et nous n’avons pas l’intention de nous laisser inti­mider ni dis­suader par les poli­ti­ciens, des deux côtés, qui disent « pas question ; la meilleure chose, pour nous tous, c’est de vivre à l’abri de nos murs et pas du tout de nous intégrer. Et même si nous devons déplacer un million de per­sonnes ailleurs, pour celui qui restera, c’est ce qu’il y aura encore de mieux. Nous devons rester entre sem­blables, c’est la seule manière que nous ayons pour sur­vivre. » Nous savons que ce sont là des poli­tiques de haine et de conflit. Ce ne sont en aucun cas des poli­tiques de paix et de réconciliation.

Tout cela restera pro­ba­blement impos­sible - et c’est avec cette remarque que je ter­mi­nerai - tant qu’il n’y aura pas une capacité israé­lienne, ou plutôt une capacité juive, en Israël et en Palestine, de prendre conscience de 1948 et de l’intégrer. De recon­naître ce qui s’est passé en 1948, de recon­naître les opé­ra­tions d’épuration eth­nique que les Israé­liens per­sistent à dénier, et… Et puis aussi, bien entendu, dès lors que vous ne bâtissez plus votre futur sur la base d’un Etat juif ou d’un Etat arabe, l’idée du retour des réfugiés pales­ti­niens ne menace plus per­sonne, parce que vous ne rai­sonnez plus en terme de majo­rités, ni de mino­rités eth­niques… Je vous remercie.

transcription de la conférence de San Franciso, le 28.10.2005

[1] dans le monde, ndt

[2] c’est là un point très important, qu’il convient de noter. Ndt