Il est grand temps de libérer Vanunu

Yossi Melman, samedi 26 avril 2008

La semaine pro­chaine, le ministre de l’Intérieur va renou­veler, pour la cin­quième fois, l’interdiction faite à Mor­dechai Vanunu de quitter Israël.

Ceci viendra com­pléter les res­tric­tions édictées par le Com­man­dement pour les affaires inté­rieures, qui reposent par­tiel­lement sur la régle­men­tation d’état d’urgence de l’époque du Mandat bri­tan­nique, et inter­disant à Vanunu de s’approcher des ambas­sades étran­gères comme de parler à des étrangers. Il a été confiné à la ville de Jéru­salem, et doit signaler tous ses mou­ve­ments hors de ce péri­mètre. Ces res­tric­tions ont pour effet de continuer à le punir pour ses crimes, pour les­quels il a pourtant déjà payé.

Le har­cè­lement de Vanunu par l’État d’Israël n’a pas de pré­cédent, et constitue une déviation de toutes les normes légales géné­ra­lement acceptées. Vanunu, qui tra­vaillait comme jeune tech­nicien au centre nucléaire de Dimona dans les années 70 et 80, a fait connaître les secrets du nucléaire israélien au Sunday Times en 1986. En consé­quence, il a été enlevé par des agents du Mossad alors qu’il se trouvait en Italie, a été ramené en Israël, pour­suivi en justice, et condamné pour espionnage et tra­hison à 18 ans de prison, dont une partie a été exé­cutée en régime cel­lu­laire qui a failli le rendre fou.

Après sa libé­ration en avril 2004, Vanunu a cherché à quitter le pays, à fonder une famille, et à com­mencer une nou­velle vie. On a récemment dit que la Norvège était dis­posée à lui donner asile et à lui fournir un permis de travail. Mais le gou­ver­nement israélien, avec un total arbi­traire et un pouvoir des­tructeur par­ti­cu­liè­rement illo­gique, refuse de l’y auto­riser. Après que Vanunu a effectué sa peine, un comité spécial com­prenant les ministres de la justice, de la défense et de l’intérieur, a décidé de lui appliquer des mesures cruel­lement res­tric­tives. Vanunu a refusé de l’accepter et a enfreint cer­taines des res­tric­tions qui lui étaient imposées, en par­ti­culier celle de parler à des étrangers. Il a donné de nom­breuses inter­views à des médias étrangers et a été pour­suivi en justice à ce titre. La cour de Jéru­salem l’a condamné à six mois de prison, peine qui a été sus­pendue jusqu’à la fin de la pro­cédure d’appel devant être fina­lisée le mois pro­chain.

Vanunu est une per­sonne com­plexe et dif­ficile. Il reste obs­ti­nément attaché à ses prin­cipes, de façon admi­ra­blement incon­di­tion­nelle, et il est prêt à en payer le prix. Il erre entre dif­fé­rents appar­te­ments et des petits hôtels à Jérusalem-​​Est, et il a eu des dif­fi­cultés pour louer quelque chose comme pour trouver un travail. Les Pales­ti­niens de Jérusalem-​​Est ont peur d’entrer en contact avec lui tandis que la société juive israé­lienne, dont il ne cherche pas à se rap­procher, le rejette.

Il est impo­pu­laire de défendre Vanunu, qui est l’une des per­sonnes les plus inju­riées en Israël. Les ministres en exercice, comme la plupart des par­le­men­taires et des offi­ciels de haut rang, y compris le pro­cureur général, restent silen­cieux. Depuis la libé­ration de Vanunu, il y a eu quatre ministres de la justice suc­cessifs : Yosef Lapid, Tzipi Livni, Haim Ramon, et actuel­lement Daniel Friedmann. Aucun d’entre eux n’a jamais tenté de sou­lever la question du degré d’inhumanité, d’injustice et de bêtise démontré par l’État quant à ce dou­loureux dossier.

Celui qui mène la cam­pagne pour confiner Vanunu au ter­ri­toire israélien, c’est l’officier de sécurité en chef au ministère de la Défense, qui est en charge de pré­venir toutes les fuites au sujet du réacteur de Dimona. Pendant des années, ce poste a été rempli par Yehiel Horev, dont le com­por­tement à de nom­breux égards a donné lieu à contro­verses. Horev a démis­sionné il y a plu­sieurs mois, mais les mesures qu’il a édictées pour Vanunu restent en vigueur.

Le prin­cipal argument du res­pon­sable de la sécurité, que les ministres et offi­ciels de haut rang ont accepté sans dis­cuter, est que Vanunu continue à repré­senter un danger pour la sécurité du pays. En d’autres termes, il est censé détenir des infor­ma­tions confi­den­tielles qu’il pourrait rendre publiques s’il était autorisé à sortir du pays. Mais ceci pose pro­blème. En matière de ren­sei­gnement, on se doit de prendre en compte le pire des scé­narios, c’est-à-dire que Vanunu a raconté au Times tout ce qu’il savait. Si l’on suit la logique de l’État, Vanunu restera pour tou­jours un danger pour la sécurité, et les res­tric­tions le concernant ne seront jamais levées.

On aurait pu attendre de Friedmann, qui a pour objectif de cor­riger les injus­tices du système judi­ciaire, qu’il remette à tout le moins en question la gestion de ce dossier par le clan du ministère de la Défense. Il n’a pas répondu à la question du Haaretz sur sa position à ce sujet. Le nouveau res­pon­sable de la sécurité au ministère de la Défense, Amir Kain, a refusé de répondre à la question de savoir pendant combien de temps encore Vanunu serait puni.

Pendant ce temps, les res­tric­tions qui lui sont imposées sont auto­ma­ti­quement pro­rogées, gardant Vanunu comme pri­sonnier per­pétuel de l’État. Dans un pays fier de célébrer ses 60 ans, et qui prétend res­pecter les stan­dards juri­diques et moraux du monde éclairé, on pourrait s’attendre à ce qu’il ait le courage de per­mettre à Vanunu d’être enfin libre, une bonne fois pour toutes.