Hezbollah-​​Israël : Échange de prisonniers et de dépouilles

T. Hocine, jeudi 17 juillet 2008

Déci­dément, les héros ne meurent jamais. Un échange de pri­son­niers et de dépouilles, hier, entre Israël et le mou­vement libanais Hez­bollah en a donné la preuve, tout en rap­pelant cer­taines pages sombres de l’histoire du proche-​​orient.

Qui se sou­vient, en effet, de Kamel Adwane, assassiné par Ehud Barak, celui-​​là même qui allait devenir premier ministre israélien ? Ou de Dalal al Moghribi, celle qui allait jus­tement venger cet assas­sinat en menant une héroïque opé­ration à Tel-​​Aviv ? Dalal al Moghribi s’est tout sim­plement emparé en 1978 d’un bus mili­taire israélien. Ou encore de Samir Kantar, cer­tai­nement le plus ancien détenu du monde depuis la libé­ration de Nelson Mandéla. Ce dernier a recouvré, hier, sa liberté à la faveur de l’échange, entre Israël et le Hez­bollah, des dépouilles de deux soldats israé­liens enlevés en 2006 et ceux com­bat­tants du mou­vement chiite libanais dans le cadre d’un accord.

L’enlèvement des deux Israé­liens, le 12 juillet 2006 à la fron­tière liba­naise, avait déclenché une offensive israé­lienne de 34 jours où 1200 per­sonnes ont été tuées côté libanais, pour la plupart des civils, et 160 côté israélien, essen­tiel­lement des soldats. Le Premier ministre israélien, Ehud Olmert, avait laissé entendre que les deux soldats étaient morts mais le Hez­bollah n’avait jamais donné d’information quant à leur sort. A l’inverse, les dépouilles de 12 com­bat­tants, dont celle de la Pales­ti­nienne Dalal al Moghrabi, ont été remises par Israël au Hez­bollah selon le CICR. « Les camions du CICR ont trans­porté 12 dépouilles, dont celles appar­tenant à des (com­bat­tants) du Hez­bollah, celle de Dalal al Moghrabi et les restes d’autres com­bat­tants qui pour­raient faire partie du com­mando dirigé par al-​​Moghrabi », a déclaré la porte-​​parole du CICR, Jesse Chahine.

Le res­pon­sable du Hez­bollah chargé des dos­siers des pri­son­niers, Wafik Safa, a indiqué à la chaîne du mou­vement chiite, Al Manar, que parmi les 12 dépouilles figurent celles de huit com­bat­tants du Hez­bollah tués lors de la guerre avec Israël en juillet-​​août 2006. Selon lui, les quatre autres dépouilles sont celles de Dalal al-​​Moghrabi et trois de ses com­pa­gnons qui avaient mené en 1978, une opé­ration spec­ta­cu­laire en ter­ri­toire israélien qui avait fait 36 morts. Les cer­cueils en bois, trans­portés à bord de camions à travers la fron­tière israélo-​​libanaise ont été recou­verts de dra­peaux libanais. Selon Al Manar, il s’agit de la pre­mière étape de la remise de dépouilles de près de 200 com­bat­tants libanais, pales­ti­niens et arabes qui doivent être remis par Israël dans le cadre de l’opération d’échange avec le Hez­bollah. Israël doit aussi libérer cinq Libanais qu’il détient, tou­jours dans le cadre de cet échange.

Parmi les Libanais qui doivent être libérés figure Samir Kantar, du Front de libé­ration de Palestine (FLP), condamné en 1980 à cinq peines de prison à vie et 47 ans addi­tionnels. En 1979, Kantar avait tué dans le nord d’Israël un policier, pris en otage un civil israélien qu’il avait abattu, puis tué la fille de ce dernier. Les autres pri­son­niers sont Khodr Zaidane, Maher Kourani, Mohammad Sorour et Hussein Sleimane. Ils avaient été cap­turés lors de la guerre de l’été 2006. Contrastant avec l’atmosphère sombre en Israël, la joie était visible au Liban. La journée d’hier a été décrétée « journée fériée » par le gou­ver­nement et le chef du Hez­bollah, Hassan Nas­rallah, qui devait pro­noncer un discours.

« Le Liban verse des larmes de joie, Israël verse des larmes de douleur », clame, triom­pha­lement une ban­derole géante déployée près de la fron­tière. A Ghaza, le mou­vement pales­tinien Hamas a qua­lifié cette opé­ration de « vic­toire pour la résis­tance ». Selon lui, cet échange « démontre que le moyen le plus efficace de faire libérer les pri­son­niers détenus par l’occupant, est l’enlèvement de soldats sio­nistes ». Le Hamas exige, en effet, la libé­ration de cen­taines de pri­son­niers pales­ti­niens en échange d’un soldat israélien, Gilad Shalit, capturé par un com­mando pales­tinien lors d’une attaque en juin 2006. Le pré­sident pales­tinien, Mahmoud Abbas, s’est aussi félicité de l’opération d’échange de pri­son­niers et de dépouilles, a indiqué la pré­si­dence dans un com­mu­niqué. « Le pré­sident félicite la famille de Samir Kantar, le doyen des pri­son­niers arabes, et celles des autres détenus libérés. »

Une page se tourne, mais rien n’est terminé. Les Pales­ti­niens le savent trop bien.