Gros Plan sur Nadia Shabana (Palestine-​​PGFTU)

CSI, dimanche 22 novembre 2009

Les 19-​​2à octobre, s’est tenue à Bruxelles la pre­mière Confé­rence interna .tionale des Femmes. Vice-​​présidente du Comité des jeunes de la CSI, Nadia Shabana, 30 ans, pales­ti­nienne, plaide pour une meilleure inté­gration des combats pour les jeunes et les femmes dans les syndicats

Malgré les obs­tacles culturels, elle réclame un meilleur équi­libre entre les genres et plus de démo­cratie. Déléguée à la Confé­rence mon­diale des Femmes de la CSI qui se tient à Bruxelles (*), elle sou­ligne la nécessité de ren­forcer le travail syn­dical de sen­si­bi­li­sation sur le thème du chan­gement cli­ma­tique, surtout dans les pays en déve­lop­pement où les plus pauvres, dont beaucoup de femmes, sont les pre­mières victimes.

Diplômée en sciences infor­ma­tiques et en économie, comment avez-​​vous débuté vos acti­vités dans la cen­trale syn­dicale palestinienne ?

J’ai com­mencé à 22 ans comme volon­taire à la cen­trale pales­ti­nienne PGFTU, pour apporter mon aide dans les domaines de la tra­duction et des projets. La direction du syn­dicat m’a ensuite demandé il y a quatre ans de repré­senter les jeunes. En 2007, j’ai ainsi pu par­ti­ciper à une Confé­rence de la CSI pour l’Asie-Pacifique et j’ai été élue seconde vice-​​présidente du Comité des jeunes de la CSI Asie-​​Pacifique. En 2008, en Ukraine, j’ai été élue vice-​​présidente du Comité des jeunes de la CSI dans son ensemble. Comme les autres jeunes femmes membres du comité des jeunes de la CSI, si nous sommes ici à cette confé­rence, ce n’est pas parce que notre cen­trale nationale nous y a envoyé, c’est grâce au comité des jeunes de la CSI. C’est symp­to­ma­tique du fait que peu de cen­trales natio­nales dési­gnent des jeunes femmes pour par­ti­ciper à cette confé­rence. Souvent les secré­taires généraux et les direc­tions des syn­dicats choi­sissent les délé­ga­tions sans penser que les jeunes femmes sont aussi des femmes ! C’est dommage car il y a beaucoup de jeunes femmes dans les syn­dicats, pleine d’énergie, bien formées, qui connaissent les nou­velles tech­no­logies et ont des idées nou­velles, il fau­drait leur donner leur chance de mettre leurs capa­cités au service de tous et toutes, éliminer cette sépa­ration entre les struc­tures des jeunes et celles des femmes.

Que vous apporte cette première Conférence mondiale des femmes de la CSI ?

C’est inté­ressant de par­ti­ciper à une confé­rence qui ne réunit que des femmes et qui n’est aussi orga­nisée que par des femmes, c’est par­ti­culier comme ambiance. Ren­contrer des syn­di­ca­listes du monde entier et échanger nos expé­riences, c’est très enri­chissant. Les rela­tions humaines que l’on noue lors de ces ren­contres, c’est très important. Dans nos réunions du comité des jeunes, comme récemment au Brésil, nous construisons des liens inter­per­sonnels très forts et je pense que ça ren­force notre moti­vation et notre efficacité.

Quelle est le témoi­gnage entendu durant la Confé­rence des femmes qui vous a le plus marquée ?

Une déléguée du Nigeria a pris la parole. Elle a 64 ans, a eu quatre enfants, et est secré­taire générale d’un syn­dicat à majorité de membres mas­culins. Son témoi­gnage était très inté­ressant et mon­trait combien elle a du tra­vailler dur pour arriver à cette position, c’est ins­pirant d’entendre de pareils parcours !

Pouvez-​​vous vous ima­giner un jour occuper aussi des fonc­tions de direction importantes ?

Parfois à l’occasion d’échanges lors de ren­contres à l’étranger, cer­tains me disent que je serai un jour la pro­chaine secré­taire générale en Palestine. Mais moi je sais que quand je rentre chez moi, je vais retrouver tous ces hommes, et surtout des hommes âgés qui occupent les posi­tions impor­tantes. Ils me riraient au nez s’ils m’entendaient et me diraient « qui es-​​tu, toi qui est née hier pour parler ainsi ? ». C’est seulement grâce à la pression inter­na­tionale que les jeunes et les femmes peuvent par­ti­ciper à la vie syn­dicale. Ce n’est pas seulement un pro­blème de structure, c’est aussi une question de culture. La règle dans mon pays, c’est la domi­nation mas­culine, et aussi le respect des per­sonnes âgées que les jeunes ne peuvent pas contredire. On a besoin d’un meilleur équi­libre entre les genres, et aussi de plus de démocratie.

Parmi les dif­fé­rentes thé­ma­tiques à l’agenda de la Confé­rence, quelle est celle qui vous a le plus intéressée ?

La session consacrée au défi du chan­gement cli­ma­tique m’a par­ti­cu­liè­rement inter­pellée. Je suis très heu­reuse d’avoir pu ren­contrer hier la Ministre sud-​​africaine de l’Environnement, qui a pris la parole à la Confé­rence. Beaucoup dans les pays en déve­lop­pement sous-​​estiment le pro­blème, cer­tains n’en savent même rien du tout. Pourtant ce sont souvent les plus pauvres, dont beaucoup de femmes, dans les pays en déve­lop­pement qui sont les plus touchés par les désastres liés au chan­gement cli­ma­tique. C’est à mes yeux une priorité essen­tielle pour le mou­vement syn­dical de faire un travail de sen­si­bi­li­sation sur ce thème dans les pays en développement.

Dans le monde arabe et la région du Moyen-​​Orient, les syn­di­ca­listes pales­ti­niennes ont pourtant la répu­tation d’être fortes et déter­minées. Qu’est-ce qui pourrait concrè­tement les aider à dis­poser de l’espace qui leur revient ?

C’est vrai qu’il y a en Palestine beaucoup de femmes fortes et déter­minées, c’est peut-​​être à cause de leur lutte contre l’occupation. Mais quand je suis dans des réunions inter­na­tio­nales, je suis parfois un peu envieuse des com­pé­tences des femmes de cer­tains autres pays. On vou­drait aussi avoir les mêmes oppor­tu­nités. Nous avons besoin de plus de for­mation et nous avons aussi besoin d’obtenir un espace qui soit réel et plei­nement accepté. Dans quel esprit travaillez-​​vous avec vos col­lègues syn­dicaux mas­culins ? J’apprécie le travail de beaucoup de col­lègues hommes. Cer­tains d’entre eux apportent d’ailleurs leur soutien aux femmes. Mais ce qu’on veut c’est une relation vraiment équi­librée, où chacun puisse se sou­tenir mutuel­lement dans une véri­table relation d’égalité.

Propos recueillis par Natacha David

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[1] (*) Sur le thème "Un travail décent, une vie décente pour les femmes", la pre­mière Confé­rence mon­diale des Femmes de la CSI a réuni du 19 au 21 octobre à Bruxelles plus de 460 délé­guées venues de plus de 100 pays. Elles ont analysé l’incidence de la crise mon­diale de l’emploi sur les femmes et tracé les grandes lignes de l’action syn­dicale inter­na­tionale visant à ren­forcer la sécurité d’emploi des femmes, à revoir leurs salaires et à amé­liorer leurs condi­tions. Plus d’information sur le site de la CSI (photos et interviews).

Voir aussi le site internet du projet « Deci­sions for Life » (Déci­sions pour la vie) , qui couvre 14 pays en déve­lop­pement et en tran­sition et huit secteurs d’activités.

Photos de la Conférence http://​www​.flickr​.com/​p​h​o​t​o​s​/​i​tuc/s…

La CSI repré­sente 170 mil­lions de tra­vailleuses et de tra­vailleurs au travers de 316 orga­ni­sa­tions natio­nales de 158 pays et territoires.

Site web : www​.ituc​-csi​.org et http://​www​.youtube​.com/​I​T​UCCSI Pour de plus amples infor­ma­tions, veuillez contacter le Service Presse de la CSI aux numéros sui­vants : +32 2 224 0204 ou au +32 476 621 018.