Gilad Shalit et Salah Hamouri

AFPS, mardi 15 juillet 2008

Communiqué

L’Association France-​​Palestine Soli­darité tient, en ce 15 juillet 2008, à exprimer une nou­velle fois sa plus vive conster­nation devant l’incroyable mépris, atten­ta­toire aux valeurs fon­da­men­tales de la Répu­blique et aux droits de l’Homme, dont font preuve les auto­rités fran­çaises, à com­mencer par le Pré­sident Nicolas Sarkozy, concernant la dra­ma­tique situation d’un jeune Franco-​​palestinien, Salah Hamouri, condamné à une peine de prison de 7 ans par un tri­bunal mili­taire israélien.

Alors que de manière sys­té­ma­tique le pré­sident français évoque le seul cas d’un jeune Franco-​​israélien, Gilad Shalit, capturé en uni­forme tandis qu’il est caporal dans l’armée israé­lienne qui est une force d’occupation, pour demander sa libé­ration pure et simple sans condi­tions, il n’a jamais eu le moindre mot pour notre com­pa­triote Salah Hamouri kid­nappé par l’armée israé­lienne et accusé, sans le moindre début de preuve, d’actes hos­tiles contre le rabbin Yossef Ovadia, chef du parti Shas qui sou­tient le gou­ver­nement Olmert, ou du moins ce qu’il en reste.

Toutes les démarches effec­tuées en sa direction pour obtenir la libé­ration du jeune Salah Hamouri se heurtent à des arguties qui partent d’un pré­supposé signi­fi­catif d’un tro­pisme dan­gereux : Israël est un Etat de droit, alors qu’un pays occupant peut dif­fi­ci­lement être qua­lifié comme tel. Tout à la fois il opprime mili­tai­rement un peuple et il arrête arbi­trai­rement pour les juger ceux qu’il opprime.

Arrêté depuis trois ans sans qu’un seul élément concret ait pu établir le moindre acte de Salah Hamouri contre ledit rabbin, les plus hautes auto­rités fran­çaises se sont contentées de demander aux res­pon­sables israé­liens, à la dif­fé­rence notable de Gilad Shalit pour qui libé­ration est demandée, que celui-​​ci « béné­ficie » d’un « procès rapide ».

Au bout de trois ans, et après plus de 20 audiences annulées faute de témoins se pré­sentant à la barre sensés accré­diter les termes de l’accusation, la rapidité demandée par les auto­rités fran­çaises s’est trans­formée en chantage ignoble posé par les auto­rités israé­liennes. Le suivant : ou bien Salah plaide cou­pable et ce sont 7 ans de prison, ou bien il refuse et ce sera plus. Placé devant ce choix Salah Hamouri, comme beaucoup dans son cas, a choisi sur les conseils de son avocate de « plaider coupable ».

En consé­quence il a été condamné à 7 ans de prison en ayant déjà effectué trois.

Et main­tenant les ser­vices de la Pré­si­dence fran­çaise se camouflent der­rière cette situation aussi éloignée du respect des droits de l’Homme que la Terre l’est du Soleil pour estimer que Salah Hamouri « a reconnu les faits » ! C’est du cynisme pur.

Faudrait-​​il alors, pour res­pecter un paral­lé­lisme des formes, demander que Gilad Shalit soit traduit devant un tri­bunal pales­tinien pour par­ti­ci­pation à l’action d’une armée d’occupation et ceci bien que français et donc citoyen d’un pays qui n’est pas en guerre, à notre connais­sance, contre les Pales­ti­niens ? Faut-​​il qu’il soit traduit devant les tri­bunaux français pour cette par­ti­ci­pation ? C’est absurde.

La Pré­si­dence fran­çaise fait savoir aussi qu’en « marge » de la visite d’Etat du Pré­sident Sarkozy en Israël la question de la recherche d’une solution huma­ni­taire pour Salah Hamouri a été posée qui res­pecte « l’indépendance de la justice israélienne ».

Mais, présent à la réunion consti­tutive de l’UPM, Ehud Olmert a annoncé qu’il allait pro­céder à une libé­ration de pri­son­niers pales­ti­niens suite aux demandes du Pré­sident Abbas de même que, ce mer­credi 16 juillet, un échange de pri­son­niers libanais détenus de longue date en Israël aurait lieu afin de récu­pérer des soldats israé­liens retenus au Liban, depuis la der­nière guerre, par le Hez­bollah. Tout ceci est décidé et effectué dans le « respect de l’indépendance de la justice israélienne » ?

En vérité, dans tous ces cas évoqués, il s’agit seulement et uni­quement de déci­sions politiques.

De même est uni­quement et fon­da­men­ta­lement poli­tique le fait que Nicolas Sarkozy demande la libé­ration de Gilad Shalit et pas celle de Salah Hamouri. Il ne peut y avoir des Français moins français que d’autres. Le droit et le respect des libertés sont d’application uni­ver­selle ou ne sont pas. Il n’y a pas d’autre voie pos­sible, du moins d’un point de vue des principes.

En consé­quence l’AFPS demande solen­nel­lement que les auto­rités fran­çaises mettent tout en œuvre pour obtenir la libé­ration de Salah Hamouri. Elle en appelle à la conscience, à la justice et à l’équité de tous.

Elle décide, dans ces condi­tions d’extraordinaire cynisme mettant en cause les valeurs consti­tu­tives de la France, de créer les condi­tions pour franchir une nou­velle étape de mobi­li­sation de l’opinion publique qui soit la plus large et diverse pos­sible pour que la force du droit l’emporte sur le droit de la force de sorte que Salah Hamouri soit libéré et regagne ses foyers dans les plus brefs délais.

Paris, le 15 juillet 2008