Gilad Shalit et 1 027 autres êtres humains

Alain Gresh, jeudi 13 octobre 2011

OPINION : 1 027 Pales­ti­niens, dont 27 femmes, seront libérés [en échange du soldat israélien Shalit]. Qui sont-​​ils ? Comment réagit leur famille ? Vous n’en saurez rien, ou pas grand-​​chose, en lisant la presse occidentale.

Le soldat israélien Gilad Shalit va être libéré après une longue cap­tivité. On ne peut que s’en réjouir pour lui, pour sa famille, pour ses proches. Et oublier, pour un instant, qu’il est membre d’une armée d’occupation. Et que per­sonne ne semble s’interroger sur le pro­blème de ces soldats de double natio­nalité, euro­péenne et israé­lienne, qui opèrent dans les ter­ri­toires occupés et violent ainsi le droit inter­na­tional. Quand l’Union euro­péenne décidera-​​t-​​elle que de tels agis­se­ments sont pas­sibles des tribunaux ?

Selon une dépêche de l’AFP, Nicolas Sarkozy « se réjouit très vivement de l’annonce d’un accord qui doit conduire à la libé­ration de Gilad Shalit », et a félicité Benyamin Neta­nyahou pour ce « succès majeur ». On est sûr que BHL fera de même.

En échange, si l’on peut dire, 1 027 Pales­ti­niens, dont 27 femmes, seront libérés. Qui sont-​​ils ? Comment réagit leur famille ? Vous n’en saurez rien, ou pas grand-​​chose, en lisant la presse occi­dentale. C’est un magma sans visage, un sous-​​groupe des 6 000 Pales­ti­niens tou­jours en détention dans les prisons israé­liennes, dont 280 mineurs (34 ayant moins de 15 ans) – voir comment Israël déclare cou­pables tous les enfants qu’il arrête –, et 22 membres du Par­lement. Cer­tains sont des pri­son­niers « admi­nis­tratifs », c’est-à-dire détenus sans jugement ; d’autres sont passés par le système judi­ciaire israélien, dont tous les rap­ports inter­na­tionaux confirment qu’il est tout sauf juste, que les détenus sont souvent mal­traités, que les preuves de leur culpa­bilité sont faibles, voire inexis­tantes. Des dizaines d’entre eux sont à l’heure actuelle en grève de la faim. Et eux, ils n’ont pas de famille ? pas de proches ? Non : ils ne sont qu’un chiffre. Ce sont des Arabes, des colo­nisés sans visage.

Nicolas Sarkozy fera-​​t-​​il autant d’efforts pour obtenir la libé­ration du franco-​​palestinien Salah Hamouri ? Ou de Marwan Bar­ghouti, dont le seul crime est d’être un natio­na­liste palestinien ?