Françoise Feugas, Pour la Palestine n°53, vendredi 17 août 2007
Une association dont les membres actifs ne peuvent avoir plus de 30 ans, voilà qui est nouveau dans notre paysage militant. Génération Palestine veut articuler la revendication d’indépendance et d’initiative de ses jeunes adhérents et la nécessaire transmission à la fois de l’histoire du conflit et de l’expérience de la solidarité. Retour sur la genèse de l’association et ses projets, avec Omar Soumi.
En août 2005 un voyage de deux semaines en Palestine et en Israël était organisé par l’Union générale des étudiants palestiniens (GUPS), les Missions civiles pour la protection du peuple palestinien (CCIPPP) et l’Union juive française pour la paix (UJFP) avec l’appui du ministère palestinien de l’Enseignement supérieur, pour permettre à une trentaine d’étudiants français et européens de découvrir et de mieux comprendre à la fois la réalité de l’occupation en Palestine et de la vie en Israël. Le succès de cette première expérience a amené les jeunes participants et les organisateurs de la GUPS à créer le collectif « Des ponts au-delà du mur » [1] pour engager, outre un second voyage en 2006, plusieurs activités à visée informative, pédagogique ainsi que d’autres échanges entre l’Europe, la Palestine et Israël.
Au début des années 2000, l’enjeu majeur pour les étudiants de la GUPS était de mobiliser et d’encadrer plus largement des étudiants et des jeunes, sensibilisés au drame palestinien mais sans forcément en connaître toutes les dimensions, notamment historiques et sans forcément être engagés, largement absents en tout cas au sein du mouvement de solidarité avec la Palestine. Déficit de jeunes d’un côté, absence de cadre d’action spécifique et suffisamment attrayant de l’autre, constatait la GUPS qui a alors organisé avec l’Union nationale des étudiants de France (UNEF), un premier voyage d’étude en Palestine. Une expérience déterminante pour les étudiants de la GUPS, bien décidés à leur retour à poursuivre leur action auprès de jeunes, de tous horizons : étudiants, jeunes des quartiers, jeunes salariés, y compris - et peut-être surtout - « vierge(s) de tout engagement militant ou politique »(2). Ceux qui sont partis en 2005 étaient surtout des étudiants de Paris 8 ou de l’Institut d’Etudes politiques, mais comptaient aussi dans leurs rangs quelques jeunes non diplômés issus de quartiers populaires et cette mixité sociale amorcée, perçue comme un indéniable succès, fait désormais partie de l’identité assumée du groupe et volonté de témoigner de ce qu’ils avaient vu, leur engagement et leur dynamisme ont permis de lancer une campagne d’information plus importante et, le bouche-à-oreille aidant, d’organiser une deuxième session en 2006 à laquelle une centaine de jeunes ont participé.
Le collectif informel « Des ponts au-delà du mur » a alors donné naissance à l’association « Génération Palestine ». Un nom comme un programme… Le congrès fondateur de l’association, le 15 octobre 2006, réunissait soixante-dix membres dont 90% sont des jeunes de moins de 30 ans (condition statutaire pour être membre actif) partis dans les camps d’été en 2005 ou en 2006. Association à vocation européenne d’emblée, puisque dès ce premier congrès, des jeunes venus du Luxembourg, de Suisse, d’Allemagne étaient présents et qu’une section existe à Bruxelles, qui compte déjà une centaine d’adhérents.
Une nouvelle association est née dans le paysage de la solidarité avec les droits du peuple palestinien. Une association de jeunes. Pour Omar Somi, exprésident du bureau de Paris de la GUPS et l’un des animateurs et fondateurs de Génération Palestine, le constat fait évidence et il est sévère : « Les jeunes sont plus motivés quand ils sont entre eux, non encadrés par des plus anciens. Le mouvement de solidarité internationale ne fait preuve d’aucune pédagogie susceptible de les intégrer, de leur permettre de trouver leur place. Alors il nous a semblé nécessaire de mettre en place une organisation spécifique pour construire une logique d’investissement à long terme. Le passage de flambeau entre générations n’a pas encore eu lieu, il n’y a rien pour porter notre engagement. » Rien encore, insiste Omar, pour répondre à cette impatience d’agir, pour lui donner un horizon. Les missions organisées par certaines associations « historiques », si elles ont permis d’offrir un cadre à ces premières rencontres, lui semblent aussi receler certaines limites, ainsi par exemple ce qu’il perçoit comme un côté « individualiste » de la démarche : « chacun se retrouve seul avec sa révolte au retour », regrette t-il, expliquant que les jeunes militants ont un besoin de formation, susceptible d’inscrire leur colère dans une meilleure connaissance historique et politique, et d’accompagnement, tout autant que d’assumer leur propre part d’initiative au sein d’un collectif où chacun compte pour un. L’émotion et la colère peuvent s’y exprimer, le partage créant les conditions d’une compréhension plus globale et rationnelle du conflit.
Pour autant, revendiquer son autonomie ne signifie pas vivre et militer en vase clos. C’est ainsi que les relations de partenariat avec les associations « historiques » du mouvement de solidarité avec la Palestine, Omar les imagine complémentaires. Génération Palestine souhaite pouvoir bénéficier de la solidité de leur expérience, de leur culture politique, de leurs outils de communication « qui sont bons » et de leurs réseaux. Un apport qui ne serait pas à sens unique. Ainsi, si « l’engagement des jeunes passe par leur autonomie », ils peuvent en même temps apporter « de nouvelles idées, de nouvelles approches, une certaine insolence qui peut séduire, un engagement plus décomplexé, une radicalité assumée. », estime Omar. De toute évidence, une expérience à suivre…
Françoise Feugas
[1] Voir la brochure de présentation du collectif : « Des ponts au-delà du mur », téléchargeable à : http://cushla.free.fr/