Gaza, quelques articles contre "la pensée unique".

Alain Gresh, jeudi 21 juin 2007

Quelle que soit l’opinion que l’on ait sur ce qui s’est passé à Gaza, et les vio­lences inter-​​palestiniennes indiquent une culture de la vio­lence pré­oc­cu­pante, les mesures prises par le pré­sident de l’Autorité pales­ti­nienne posent problème.

On sait le peu de cas que « la com­mu­nauté inter­na­tionale » fait du verdict des urnes : la vic­toire du Hamas, en janvier 2006, a entraîné des sanc­tions contre les Pales­ti­niens cou­pables d’avoir mal voté.

Quelle que soit l’opinion que l’on ait sur ce qui s’est passé à Gaza, et les vio­lences inter-​​palestiniennes indiquent une culture de la vio­lence pré­oc­cu­pante, les mesures prises par le pré­sident de l’Autorité pales­ti­nienne posent problème.

Dans un article intitulé « Whose Coup, Exactly ? », et publié le 18 juin sur le site de The Elec­tronic Intifada, Viri­ginia Tilley note que, selon la loi fon­da­mentale (qui sert de consti­tution), le pré­sident de l’Autorité pales­ti­nienne peut démettre le premier ministre (article 45), mais ne peut pas nommer un premier ministre qui ne repré­sente pas la majorité par­le­men­taire ; quand le pré­sident démet le premier ministre, le gou­ver­nement est considéré comme démis­sion­naire (article 85) mais qu’il reste en fonction jusqu’à la for­mation d’un nouveau cabinet confirmé par le Conseil légis­latif ; que le pré­sident peut gou­verner par décret durant les périodes d’urgence (article 43), mais que le Conseil légis­latif doit approuver ces décrets ; que la loi fon­da­mentale ne prévoit aucun "gou­ver­nement d’urgence".

Dans un article publié par le quo­tidien The Inde­pendent du 16 juin et intitulé « Welcome to "Palestine" », traduit en français sur le site Ques­tions cri­tiques sous le titre Bien­venue en "Palestine", Robert Fisk écrit :

« Ah ! Les Musulmans au Proche-​​Orient ! Comme ils peuvent être pénibles ! Pour com­mencer, nous exi­geons des Pales­ti­niens qu’ils épousent la démo­cratie. Mais eux, ensuite, ils élisent le mauvais parti - le Hamas - et après cela celui-​​ci rem­porte une mini guerre civile et préside sur la Bande de Gaza. Et nous, les Occi­dentaux, voulons tou­jours négocier avec le pré­sident dis­crédité [de l’Autorité Pales­ti­nienne], Mahmoud Abbas. La "Palestine" d’aujourd’hui - et laissons ses guillemets à leur place ! - a deux Pre­miers ministres. Bien­venue au Proche-​​Orient ! »

« Avec qui pouvons-​​nous négocier ? A qui nous adressons-​​nous ? Oui, bien sûr, nous aurions dû parler au Hamas depuis des mois. Mais nous n’aimions pas ce gou­ver­nement démo­cra­ti­quement élu par les Pales­ti­niens. Ces Pales­ti­niens qui étaient censés voter pour le Fatah et sa direction cor­rompue. Mais c’est pour le Hamas qu’ils ont voté. Le Hamas qui refuse de recon­naître Israël ou de res­pecter l’Accord d’Oslo tota­lement discrédité. »

« Per­sonne n’a demandé - dans notre camp - quel Israël par­ti­culier le Hamas était supposé recon­naître. Israël de 1948 ? Israël des fron­tières d’après 1697 ? Israël qui construit - et continue de construire - de vastes colonies pour les Juifs et seulement les Juifs sur la terre arabe, avalant encore plus des 22% de la "Palestine" qui restent à négocier ? »

Enfin, Robert Malley et Aaaron David Miller, res­pec­ti­vement directeur du pro­gramme Proche-​​Orient de l’International Crisis Group et cher­cheur au Woodrow Wilson Center, font paraître le 19 juin une tribune dans The Washington Post, inti­tulée « "West Bank First" : It Won’t Work ».

Les deux auteurs expliquent combien est illu­soire le dis­cours amé­ricain qui affirme que si l’on noie la Cis­jor­danie avec de l’argent, aide le Fatah et les forces de sécurité, le peuple pales­tinien va se regrouper autour de Mahmoud Abbas.

Cette théorie s’appuie sur de fausses hypo­thèses. « La Cis­jor­danie n’est pas l’inverse de Gaza. Contrai­rement à Gaza, l’armée israé­lienne y est mas­si­vement pré­sente. Contrai­rement au Hamas, le Fatah a cessé d’exister comme une force idéo­lo­gique ou comme un mou­vement poli­tique cohérent. Sous le nom de marque, on trouve une mul­titude de suc­cur­sales, de baronnies, d’intérêts per­sonnels. La plupart des attaques contre les forces israé­liennes depuis les élec­tions de janvier 2006 ont été lancées par les bri­gades des martyrs d’Al-Aqsa, des milices incon­trôlées liées au Fatah, et cela malgré les appels répétés à les cesser de Abbas. »

D’autre part, "la Cis­jor­danie d’abord" « s’appuie sur la notion que Abbas ou tout au leader pales­tinien pourrait se per­mettre de se concentrer sur la Cis­jor­danie au détriment de Gaza ». Et cela est impos­sible car un tel choix« minerait sa position comme symbole de la nation palestinienne ».

Tôt ou tard, concluent les deux auteurs, Abbas « sera forcé d’aboutir à un accord de partage du pouvoir entre le Hamas et le Fatah ».