Gaza : la résurrection de Rafah

Gilles Paris, vendredi 27 mai 2011

La nou­velle Egypte tient sa parole. Le ministre des affaires étran­gères Nabil Al-​​Arabi de l’ère post-​​Moubarak l’avait promis, le point de passage de Rafah, entre son pays et Gaza, sera rouvert de manière per­ma­nente à partir du samedi 28 mai. Pour l’étroite bande de terre, cette annonce ouvre une brève dans le blocus imposé par Israël depuis la prise de contrôle du Hamas, en juin 2007.

La muraille héritée d’Israël entre Gaza et l’Egypte jetée à terre en janvier 2008

A bien des titres, cette décision qui témoigne d’une évolution notable du Caire dépuis l’éviction de Hosni Mou­barak est his­to­rique. A partir de 1967, la fron­tière sud de Gaza était passée sous le contrôle israélien. Elle était devenu de plus en plus étanche au fil des années, la route Sala­heddine, le prin­cipal axe de Gaza qui tra­verse la bande de terre du nord au sud, se ter­minant sur ce cul-​​de-​​sac.

C’est par Rafah que Yasser Arafat était revenu en terre pales­ti­nienne, en juillet 1994, un an après la signature des accords d’Oslo. Avec le déclen­chement de la seconde intifada, en sep­tembre 2000, la question du "cor­ridor de Phi­la­delphie", l’appellation israé­lienne de cette portion de fron­tière sur­veillée par l’armée, était devenu cen­trale. Pour Israël, le maintien d’un contrôle était crucial pour éviter la contre­bande d’armes, au prix de la des­truction de cen­taines de maisons pales­ti­niennes, jugées trop proches de cette zone.

Muraille de fer (érigée sur une portion de cette fron­tière), projet de creu­sement de douves gigan­tesques reliées à la mer pour interdire le creu­sement de tunnels de contre­bande, l’état-major israélien se livra à un véri­table concours Lépine auquel le premier ministre Ariel Sharon mit fin en décidant un retrait total du ter­ri­toire en 2005.

Ce fut ensuite l’Egypte qui pris le relais avec le même objectif : contenir les Pales­ti­niens, surtout après la prise de contrôle du Hamas. L’Egypte en fut même réduit à ins­taller des plaques d’acier dans les sables, après l’offensive israé­lienne contre le Hamas (27 décembre 2008-​​17 janvier 2009), à l’invitation pres­sante d’Israël et des Etats-​​Unis pour faire barrage à la contre­bande d’armes comme en témoignent les câbles diplo­ma­tiques révélés par WikiLeaks.

Rafah devrait revivre avec la réou­verture du point de passage mais par­tiel­lement. Il faut parier en effet que l’Egypte, en dépit de cette décision, conti­nuera à res­pecter l’accord de 2005 qui stipule que seules les per­sonnes sont habi­litées à emprunter ce point de passage. Quant à l’aéroport pales­tinien mis hors d’état de fonc­tionner par Israël, il passera beaucoup de temps avant qu’il soit relancé. Tout comme le port évoqué mille fois et sans cesse remis à plus tard par Israël pour raison de sécurité.