Gaza, la pire situation humanitaire depuis 1967

Alain Gresh, vendredi 7 mars 2008

« La paix, c’est la guerre », tel était un des slogans de la dic­tature décrite par George Orwell dans son roman 1984. Quelques mois après le sommet « de la paix » d’Annapolis, c’est la guerre qui prévaut à Gaza, avec un lot inima­gi­nable de souf­frances pour les popu­la­tions civiles. La « com­mu­nauté inter­na­tionale » reste pourtant inactive.

Huit orga­ni­sa­tions huma­ni­taires lancent un appel adressé notamment aux gou­ver­ne­ments euro­péens pour leur demander de prendre les mesures néces­saires pour alléger les souf­frances des Pales­ti­niens, mais aussi de dia­loguer avec toutes les parties, y compris le Hamas. Voici le texte du com­mu­niqué des orga­ni­sa­tions françaises :

« La situation huma­ni­taire dans la Bande de Gaza n’a jamais été aussi grave depuis le début de l’occupation israé­lienne en 1967, selon un nouveau rapport publié aujourd’hui (6 mars) par une coa­lition d’ONG com­prenant Oxfam Grande-​​Bretagne, Amnesty Inter­na­tional UK, CARE UK, Médecins du Monde UK, Save the Children UK, CAFOD et Trocaire. »

« Le rapport « Bande de Gaza : une implosion huma­ni­taire » avertit que le blocus de Gaza pra­tiqué par Israël constitue une punition col­lective pour la popu­lation civile gazaouie, soit 1,5 mil­lions de per­sonnes, et conclut que la poli­tique de blocus du gou­ver­nement israélien est inac­cep­table, illégale, et échoue à garantir la sécurité des Pales­ti­niens comme celle des Israé­liens. Ce rapport appelle la com­mu­nauté inter­na­tionale à définir une nou­velle stra­tégie pour Gaza. »

« Les ONG fran­çaises Oxfam France - Agir ici, Amnesty Inter­na­tional France et Médecins du Monde - sous­crivent aux ana­lyses et recom­man­da­tions for­mulées dans ce rapport et en appellent au gou­ver­nement français afin qu’il engage des actes concrets en faveur des habi­tants de Gaza. »

« A Gaza, la pau­vreté et le chômage ne cessent de croître, les hôpitaux sont confrontés à des cou­pures de courant qui atteignent 12h par jour, les sys­tèmes de dis­tri­bution d’eau et de trai­tement des eaux usées sont au bord de l’effondrement. L’augmentation de la vio­lence et de la misère humaine le week-​​end dernier illustre l’urgence de la situation. »

« Adam Leach, res­pon­sable d’Oxfam Inter­na­tional pour le Moyen-​​Orient, a déclaré : "La récente montée de la vio­lence, aussi bien du fait des tirs de roquettes que des frappes mili­taires, va rendre la vie encore plus insup­por­table à Gaza. Le chômage a explosé et désormais 80% de la popu­lation de Gaza dépend de l’aide ali­men­taire, contre 63% en 2006. Les infra­struc­tures de dis­tri­bution de l’eau et de trai­tement des eaux usées sont au bord de l’effondrement total. A moins que le blocus ne prenne fin main­tenant, il sera impos­sible de sortir Gaza de cette situation désas­treuse et tous les espoirs de paix pour cette région seront réduits à néant." »

« Selon le rapport, le blocus de Gaza a gra­vement accru les niveaux de pau­vreté et de chômage et a pro­voqué la dégra­dation des ser­vices d’éducation et de santé. Plus de 1,1 mil­lions de per­sonnes dépendent main­tenant de l’aide ali­men­taire et, sur les quelques 110 000 tra­vailleurs qui étaient encore employés récemment par le secteur privé, 75 000 ont désormais perdu leur travail. »

« Stephan Oberreit, directeur général d’Amnesty Inter­na­tional France : "Israël a le droit et l’obligation de pro­téger ses citoyens, mais en tant que puis­sance occu­pante de Gaza, elle a également une obli­gation juri­dique de garantir que les Gazaouis ont accès à la nour­riture, à l’eau potable, à l’électricité et aux soins médicaux. Punir la popu­lation de Gaza dans son ensemble en la privant de ses droits humains fon­da­mentaux constitue une grave vio­lation du droit inter­na­tional huma­ni­taire. La situation actuelle est la consé­quence d’interventions humaines et doit être inversée." »

« Les ONG fran­çaises Oxfam France - Agir ici, Amnesty Inter­na­tional France et Médecins du Monde - en appellent au gou­ver­nement français afin qu’il engage des actes concrets et s’implique au sein de l’Union euro­péenne (UE) pour que, dès demain, la France et l’UE :

— exercent davantage de pression sur le gou­ver­nement israélien afin qu’il ouvre les points de passage vers Gaza et mette fin aux cou­pures d’électricité et de car­burant pour limiter la crise huma­ni­taire en voie d’aggravation ;

— contri­buent à faci­liter un pro­cessus de récon­ci­liation pales­ti­nienne qui pourra mener à un pro­cessus de paix cré­dible et effectif avec Israël ;

— aban­donnent la poli­tique de non-​​implication, vouée à l’échec, et entament un dia­logue avec toutes les parties pales­ti­niennes, y compris le Hamas. »

« Marie Rajablat, res­pon­sable de la mission Palestine à Médecins du Monde, a déclaré : "Le gou­ver­nement français devrait recon­naître qu’une nou­velle stra­tégie est néces­saire pour Gaza. La poli­tique actuelle ne permet pas de sécu­riser les intérêts vitaux des citoyens israé­liens et, même si c’était le cas, elle en n’en demeu­rerait pas moins inac­cep­table et illégale. L’aide huma­ni­taire peut contribuer à retarder l’effondrement complet, notamment du système de soins, mais n’apportera pas la solution de long terme qui est requise. Gaza ne peut pas devenir un par­te­naire pour la paix à moins qu’Israël, le Fatah et le Quar­tette ne se mettent à dia­loguer avec le Hamas et offrent ainsi un futur aux popu­la­tions de Gaza." »

« Selon Nicolas Vercken, res­pon­sable de plai­doyer à Oxfam France – Agir ici : "Il ne suffit pas d’avoir fait des annonces de contri­bu­tions de fonds records lors de la confé­rence de Paris. Les gou­ver­ne­ments étrangers et l’Autorité pales­ti­nienne doivent aug­menter la pression sur le gou­ver­nement Israélien pour lever le blocus de Gaza. Cela est essentiel si l’on sou­haite que le pro­cessus de paix d’Annapolis abou­tisse. En tant que pays hôte et pré­sident de la confé­rence de Paris, la France continue de porter une res­pon­sa­bilité par­ti­cu­lière pour mettre fin au blocus de la bande de Gaza et contribuer ainsi à poser les fon­de­ments d’un pro­cessus de paix viable." »

Réagissant à ce rapport, un porte-​​parole du ministère israélien de la Défense, Peter Lerner, a imputé la dégra­dation de la situation à Gaza au Hamas, affirmant qu’Israël veillait à ce que les besoins huma­ni­taires de base de Gaza soient assurés. « La res­pon­sa­bilité pour ce qui se passe à Gaza depuis le retrait israélien et le déman­tè­lement des colonies (en 2005) repose lar­gement sur le Hamas et c’est à lui que toute plainte doit être adressée », a-​​t-​​il déclaré dans un communiqué.

Dans une tribune publiée par l’International Herald Tribune le 5 mars, « Bring in Hamas », Henry Siegman appelle lui aussi à ouvrir des négo­cia­tions avec le Hamas. Rappel Retour à la table des matières

Le 13 février 2008, Nicolas Sarkozy avait affirmé : « L’aide sans pré­cédent mobi­lisée par [la confé­rence de Paris] est le signe concret de la confiance de la com­mu­nauté inter­na­tionale dans la solution de deux Etats. Il est pri­mordial de tra­duire cet espoir dans les faits. […] Les diri­geants israé­liens doivent accepter de mettre en oeuvre sur le terrain les mesures de confiance […] : levée de bar­rages, réou­verture de points de passage à Gaza pour faci­liter l’acheminement de l’aide humanitaire. »

Le 3 mars 2008, le ministère français des affaires étran­gères déclarait : « La popu­lation civile de Gaza ne peut continuer à sup­porter cette souf­france col­lective. (…) Israël doit ouvrir les points de passage et laisser passer l’aide huma­ni­taire. Une solution poli­tique doit être trouvée pour mettre un terme aux vio­lences et réin­sérer Gaza dans le pro­cessus de paix. »