Gaza est "sur le point d’exploser", prévient l’ONU

Anne Penketh, dimanche 4 mai 2008

Le plus important fonc­tion­naire de l’ONU dans ce ter­ri­toire a prévenu que Gaza est proche d’atteindre le "point d’explosion" qui pourrait conduire à une nou­velle "évasion" de la part de la popu­lation pales­ti­nienne déses­pérée, piégée par le blocus écono­mique israélien.

En janvier dernier, des mil­liers de Pales­ti­niens avaient déferlé à la fron­tière avec l’Egypte après avoir ouvert une brèche dans la clôture fron­ta­lière, afin d’acheter les biens de consom­mation de base qu’ils ne pou­vaient plus obtenir dans la Bande de Gaza. John Ging, le chef de l’UNRWA à Gaza, qui apporte un soutien aux réfugiés pales­ti­niens, a déclaré hier que la brèche de janvier dernier "avait été prédite, mais on ne s’est pas occupé des causes". Main­tenant, dit-​​il, "la pression monte à nouveau et elle est proche du point d’explosion".

Dans un témoi­gnage par liaison vidéo à la Com­mission au Déve­lop­pement Inter­na­tional du par­lement bri­tan­nique, M. Ging a dit que le pro­blème prin­cipal était l’accès pour entrer et sortir de Gaza.

Décrivant les condi­tions huma­ni­taires de Gaza comme "cho­quantes" et "hon­teuses" à cause du manque de pro­duits de base, il a dit que les fer­me­tures imposées depuis juin dernier, lorsque le Hamas a pris le contrôle de ce ter­ri­toire, avaient un "effet dévas­tateur" sur la popu­lation civile. Israël ne permet qu’à des quan­tités mini­males de nour­riture, de médi­ca­ments et de car­burant de passer sans entraves aux points de passage, tandis que les livraisons d’essence et de fuel ont été com­plè­tement stoppées le mois dernier à la suite d’une attaque par des mili­tants pales­ti­niens sur un ter­minal de car­burant, où deux tra­vailleurs israé­liens ont été tués.

L’ONU a été obligée, pour la pre­mière fois à la fin de la semaine der­nière, de cesser tem­po­rai­rement la dis­tri­bution de nour­riture à près de 800.000 Pales­ti­niens à Gaza, en consé­quence des pénuries de car­burant qui ont eu des impli­ca­tions sur l’approvisionnement en élec­tricité et en eau et sur le trai­tement des eaux usées.

M. Ging a dit que la "question numéro un" était l’accès aux articles non-​​alimentaires et non-​​médicamenteux. Les appro­vi­sion­ne­ments en ciment et en acier, et même les articles pour imprimer les livres d’école, sont sujets à une pro­cédure ralentie par Israël qui évoque des raisons de sécurité. M. Ging, qui a ren­contré mardi l’envoyé au Proche-​​Orient, Tony Blair, a fait remarquer que "le projet chéri" de l’ancien Premier ministre, une usine de trai­tement de l’eau à Gaza, était au point mort parce que les maté­riaux de construction n’ont pas reçu l’autorisation de passer.

S’adressant à la même session de la com­mission, Adam Leach, le directeur régional d’Oxfam, a dit que la réponse de la com­mu­nauté inter­na­tionale avait été "tota­lement inadé­quate", alors qu’elle n’avait pas réussi à prendre les déci­sions "fermes" néces­saires pour sup­primer le mou­vement de res­tric­tions et pour assurer l’ouverture des points de passage.

On s’attend à ce qu’Israël subisse des pres­sions inter­na­tio­nales sur la question de l’accès des Pales­ti­niens vers et hors de Gaza et à l’intérieur de la Cis­jor­danie, lors d’une série de réunions sur l’économie pales­ti­nienne impli­quant la com­mu­nauté des dona­teurs, se déroulant à Londres les 1er et 2 mai. Le gou­ver­nement israélien dit que ces res­tric­tions sont néces­saires à cause du risque d’attaques contre Israël par les par­tisans. Cependant, M. Ging a déclaré qu’à Gaza "cette approche n’avait pas marché. Elle n’a pas dis­suadé ceux qui tirent des roquettes, mais elle a anéanti la population".

Il a été rap­porté mer­credi que douze petites fac­tions pales­ti­niennes, dont le Djihad Isla­mique, avaient accepté un cessez-​​le-​​feu avec Israël, à com­mencer par la Bande de Gaza, après des pour­parlers arbitrés par les Egyp­tiens. Cependant, Israël est resté scep­tique sur le cessez-​​le-​​feu et a rejeté la semaine der­nière la pro­po­sition du Hamas d’une trêve de six mois à Gaza, de crainte que les par­tisans isla­miques uti­lisent cette période pour se réarmer.

Hier, un avion de guerre israélien a attaqué une fon­derie de métal à Rafah, à la fron­tière entre Gaza et l’Egypte, tuant un chef local du Djihad Isla­mique et blessant trois personnes.

La par­le­men­taire [bri­tan­nique] Sarah Teather (du Parti Libéral-​​Démocrate), qui était à Gaza la semaine der­nière, a décrit hier comment une délé­gation de quatre députés bri­tan­niques avait dû chercher refuge dans les toi­lettes du poste fron­tière d’Eretz après qu’une roquette pales­ti­nienne a atterri à proximité du bâtiment. Elle a dit qu’elle était "réel­lement indignée" par les condi­tions à Gaza.

* Les soldats israé­liens avaient été inca­pables d’identifier comme jour­na­liste le camé­raman de Reuters, Fadel Shana, avant de tirer sur lui, a dit l’armée israé­lienne hier, citant les résultats pré­li­mi­naires d’une enquête.