Gaza : à huis clos, l’offensive dans la bande de Gaza a fait 500 morts en une semaine

le NouvelObs, Libération et AFP, lundi 5 janvier 2009

Au moins 500 Pales­ti­niens ont été tués et 2.450 blessés dans les frappes aériennes et les opé­ra­tions terrestres.

Au moins 500 Pales­ti­niens ont été tués et 2.450 blessés dans l’offensive israé­lienne dans la bande de Gaza depuis son lan­cement le 27 décembre, affirme, dimanche 4 janvier, le chef des ser­vices d’urgence de ce ter­ri­toire palestinien.

"Le nombre de martyrs a atteint au moins 500, dont 87 enfants, et celui des blessés plus de 2.450", a déclaré le docteur Mouawiya Has­sanien. "Le bilan des morts pourrait être plus lourd car il y a un certain nombre de martyrs et de blessés dans les rues que nous n’avons pas pu évacuer", a-​​t-​​il ajouté. Une qua­ran­taine de Pales­ti­niens ont été tués lors de la seule journée de dimanche. (> Les événe­ments heure par heure)

Pour sa part, l’armée israé­lienne confirme dimanche la mort d’un soldat. Un des raids israé­liens à Khan Younès a visé un chef de premier plan de la branche mili­taire du Hamas, Jihad Hamdan, qui a été griè­vement blessé, selon les sources médicales.

En outre, un Pales­tinien a été tué dimanche par l’armée israé­lienne dans le nord de la Cis­jor­danie, lors d’une mani­fes­tation à Qal­qilya. [1]

Selon l’AFP, l’armée de l’air israé­lienne a attaqué 130 objectifs dans la bande de Gaza dans la nuit de dimanche à lundi, a indiqué une porte-​​parole mili­taire à Tel-​​Aviv.

Les forces israé­liennes ont également pour­suivi dans la nuit de dimanche à lundi leur offensive ter­restre au coeur de la bande de Gaza, où plus de 510 Pales­ti­niens ont péri depuis le début de la guerre déclenchée par Israël pour mettre fin aux tirs de roquettes palestiniennes.

"Nos forces aériennes ont attaqué 130 objectifs dans la bande de Gaza la nuit der­nière", a affirmé lundi à l’AFP cette porte-​​parole.

"L’aviation a notamment visé une mosquée à Jabaliya où étaient entre­posés des arme­ments, ainsi des maisons abritant des caches d’armes, des véhi­cules tran­portant des lance-​​roquettes et des hommes armés", a-​​t-​​elle ajouté.

"Les forces ter­restres ont par ailleurs pour­suivi leur pro­gression, appuyées par les bom­bar­de­ments des vedettes de la marine", a-​​t-​​elle poursuivi.

Israël a lancé le 27 décembre une offensive aérienne meur­trière contre le Hamas qui contrôle la bande de Gaza, suivie depuis samedi soir d’une offensive de ses forces terrestres.

Appuyées par des bom­bar­de­ments de l’artillerie et de l’aviation, les troupes israé­liennes ont avancé en pro­fondeur dans plu­sieurs sec­teurs du ter­ri­toire contrôlé par le Hamas, où elles avaient pénétré samedi soir après une semaine de frappes aériennes.

En dépit de la dété­rio­ration de la situation huma­ni­taire à Gaza, Israël a sou­ligné dimanche qu’il n’arrêterait pas son offensive, alors que plu­sieurs ini­tia­tives diplo­ma­tiques ten­taient d’arracher un cessez-​​le-​​feu.

Le chef des ser­vices d’urgences à Gaza, Mouawiya Has­sanein, a annoncé que 512 Pales­ti­niens, dont 87 enfants, avaient été tués et plus de 2.450 autres blessés depuis le début de la guerre, le 27 décembre.

Il a averti que ce bilan était sans doute infé­rieur à la réalité, du fait des dif­fi­cultés des ambu­lances à se rendre sur les lieux des combats.

Des témoins ont affirmé que les blindés israé­liens avaient notamment pris position dimanche sur l’axe Sala­heddine, la prin­cipale route nord-​​sud du ter­ri­toire, isolant la ville de Gaza du sud.

Des troupes israé­liennes ont également pro­gressé vers la péri­phérie de Gaza, et notamment dans le quartier de Zeïtoun (est).

Des combats ont également eu lieu dans la journée dans le nord, près des loca­lités de Jabaliya, Beit Hanoun et Beit Lahya.

Les bom­bar­de­ments ont baissé d’intensité dans la soirée alors que les survols des avions mili­taires israé­liens continuaient.

Au moins 70 Pales­ti­niens ont péri depuis l’entrée des troupes israé­liennes dans la bande de Gaza samedi, a-​​t-​​on appris de source médicale palestinienne.

Côté israélien, un bilan officiel a fait état d’un soldat tué et de 19 autres blessés dimanche, ce qui porte à 49 le nombre de mili­taires blessés depuis le début de l’offensive terrestre.

La guerre a entraîné une pro­fonde dégra­dation d’une situation huma­ni­taire déjà pré­caire dans un ter­ri­toire où s’entassent 1,5 million d’habitants.

L’électricité était coupée dans la plupart des loca­lités et les pénuries de car­burant s’aggravaient. Com­merces et admi­nis­tra­tions sont restés fermés dimanche. Les rues étaient désertes, à l’exception de files d’attente devant les quelques bou­lan­geries ouvertes en pré­vision d’un siège prolongé.

"Nous vivons dans la peur", a confié Abdel­rahim Malaka, un habitant de Gaza. "Nous appelons le monde entier à avoir pitié de nous et à nous sauver des Israé­liens. Qu’ont fait nos enfants pour mériter qu’on bom­barde leurs maisons ?"

Malgré l’offensive ter­restre, des acti­vistes pales­ti­niens ont tiré 32 roquettes et obus de mortier depuis samedi soir sur Israël, blessant légè­rement une femme, a indiqué l’armée.

"Il n’y a pas de combats rap­prochés", a affirmé un haut res­pon­sable mili­taire israélien. "L’essentiel de l’opposition est sous forme de tirs d’obus de mortier".

Un haut res­pon­sable du Hamas, Moushir al-​​Masri, a affirmé que "l’ennemi" n’avait "pas réussi à atteindre ses objectifs et que la résis­tance, avec le peu de moyens dont elle dispose, l’a surpris".

Le Hamas a qua­lifié de "farce" l’incapacité du Conseil de sécurité de l’ONU à s’entendre, samedi soir, sur un texte appelant à la fin des hos­ti­lités à Gaza, essen­tiel­lement en raison de l’intransigeance des Etats-Unis.Evènement

Une impasse que le secré­taire général de l’ONU, Ban Ki-​​moon, a dit regretter dimanche soir, ajoutant qu’il allait "tra­vailler acti­vement avec des membres du Conseil et d’autres res­pon­sables clés, en par­ti­culier des diri­geants arabes (…), afin de faci­liter l’émergence d’un consensus"

Le pré­sident pales­tinien Mahmoud Abbas et les ministres arabes des affaires étran­gères doivent se ren­contrer lundi au siège de l’ONU à New York.

Malgré les pres­sions, le Premier ministre israélien sortant Ehud Olmert a refusé d’arrêter l’offensive.

"Israël ne peut pas stopper ses acti­vités mili­taires avant d’avoir atteint les objectifs qu’il s’est fixés", a dit M. Olmert par télé­phone au pré­sident russe Dmitri Med­vedev qui a annoncé l’envoi d’un émis­saire dans la région.

Le pré­sident français Nicolas Sarkozy était attendu lundi en Egypte, pre­mière étape d’une tournée éclair au Proche-​​Orient pour chercher "les chemins de la paix".

La chaîne de télé­vision qatarie Al-​​Jazira a rap­porté de son côté que le Hamas allait envoyer lundi au Caire, sur invi­tation égyp­tienne, une délé­gation pour parler de la guerre à Gaza. Mais l’information n’a pu être confirmée auprès du Hamas… [2]

Par ailleurs, la cou­verture média­tique doit se faire à dis­tance, Israël ayant interdit aux jour­na­listes d’entrer à Gaza. Libé­ration écrit :

Les reporters privés du théâtre de la guerre

L’envoyé spécial de « Libé­ration » [3], tout comme ses confrères, n’a pas été autorisé par la police israé­lienne à pénétrer dans la bande de Gaza où Tsahal est entré hier samedi. Par souci de sécurité, avance l’armée de l’Etat hébreu.

Si proche, si loin… La guerre n’est qu’à quatre ou cinq kilo­mètres mais il est interdit de la voir de plus près. Le moindre chemin de terre conduisant en direction de Gaza est contrôlé par une police israé­lienne des plus vigi­lantes qui menace de « prison » et même de « menotter » qui­conque ose s’approcher de l’enclave pales­ti­nienne contre laquelle s’acharne depuis plus d’une semaine l’aviation israé­lienne et où sont entrées hier soir les forces terrestres.

Faute de pouvoir s’approcher, les jour­na­listes sont contraints de regarder le théâtre des combats depuis quelques tertres. De temps à autre, des salves de l’artillerie partent depuis des bat­teries invi­sibles der­rière un couvert de bos­quets. Dans le ciel, les héli­co­ptères de combat enve­loppés de leures ther­miques tirent aussi à dis­tance sur les villes pales­ti­niennes qui concentrent la plus forte densité de popu­lation au monde. Après chaque salve, d’épaisses fuméees montent, tantôt noires, tantôt blanches.

Parfois, partent aussi en direction de Gaza des chars et d’énormes bull­dozers qui attestent que l’offensive ter­restre a bien com­mencé. Les forces israé­liennes auraient même coupé dans le nord l’enclave pales­ti­nienne en deux.

Mais les mil­liers de soldats engagés, de même que les dizaines de blindés, ne cassent pas pour autant l’impression que la guerre est là sans être vraiment là, en tout cas que l’armée israé­lienne cherche à la cacher autant que faire peut aux jour­na­listes, ne se donnant même pas la peine d’invoquer des raisons de sécurité.. Dif­fé­rence consi­dé­rable de trai­tement avec les roquettes du Hamas : quand l’une d’elle, l’armée israé­lienne s’emploie à lui donner cette fois la publicité maximum.

« On se bat depuis plu­sieurs heures dans la bande de Gaza. Les forces israé­lienne sont entrées par le nord et le sud mais ne pas entrées dans la ville elle-​​même. Les héli­co­ptères ont lâché des tracts et les F-​​16 ont fait des pas­sages au-​​dessus des quar­tiers qui doivent être attaqués pour signifier à la popu­lation qu’elle devait prendre la fuite », indi­quait hier dans la nuit Sébastien, un res­pon­sable huma­ni­taire français, qui a pu entrer dans la Gaza peu avant le début de l’offensive.

Du côté israélien, à quelques kilo­mètres des bom­bar­de­ments, la cir­cu­lation sur les routes est proche de la normale. « Sim­plement, ceux qui n’ont pas de raison de quitter leur maison, évite de prendre leur voiture », note un chauffeur de taxi.

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