Gaza-​​Strophe. Le jour d’après : Un témoi­gnage de l’opération israé­lienne « Plomb durci »

Nadjia Bouzeghrane, mercredi 10 février 2010

En attendant la version cinéma de 90 minutes, dif­fusion, ce soir à 20h35, sur France Ô, de Gaza-strophe [1]. Le jour d’après, dans sa version TV de 55 minutes. Un film docu­men­taire du Franco-​​Egyptien Samir Abdallah et du Franco-​​Algérien Khei­redine Mabrouk, produit par Iskra, L’Yeux ouverts et RFO.

Gaza-​​strophe. Le jour d’après, qui sort un an après l’abominable opé­ration de guerre israé­lienne « Plomb durci » contre Ghaza et sa popu­lation, témoigne de la dignité d’un peuple qui veut vivre coûte que coûte, qui s’accroche à la poésie et à l’humour comme à une bouée de sau­vetage pour ne pas sombrer. Samir Abdallah et Khei­ridine Mabrouk nous livrent des images insou­te­nables d’une guerre cri­mi­nelle menée jour et nuit pendant trois semaines – du 27 décembre 2008 au 18 janvier 2009 – par l’armée israé­lienne, qui a causé un véri­table bain de sang – plu­sieurs cen­taines de morts et des mil­liers de blessés – dont les séquelles et les consé­quences sur la nature et la popu­lation per­durent encore.

Le film de Samir Abdallah et de Khei­redine Mabrouk nous donne à voir toute la tra­gédie vécue par la popu­lation de Ghaza pendant les trois semaines de bom­bar­de­ments qui n’ont épargné ni les femmes, ni les vieillards, ni les enfants, ni les malades. Ce que les mis­siles n’ont pas accompli a été achevé par les chars : maisons sys­té­ma­ti­quement détruites, usines, terres cultivées, arbres frui­tiers, écoles… Des images apo­ca­lyp­tiques et, au milieu des décombres, des hommes, des femmes, des enfants dignes dans leur douleur et leurs souf­frances, criant leur impuis­sance face à l’injustice et à l’arbitraire imposés par un ennemi surarmé et tout puissant qui les tient sous le contrôle de sa supré­matie tech­no­lo­gique, à l’exemple de ce ballon dans le ciel contenant un radar qui sur­veille tout Ghaza.

Ghaza, une vaste prison de laquelle les Pales­ti­niens ne peuvent sortir sans auto­ri­sation, comme cet agri­culteur qui, depuis sept ans, n’a pu approcher de la déli­mi­tation fron­ta­lière, à quelques dizaines de mètres de son lopin de terre, sous peine d’être mitraillé. Des hommes et des femmes enfermés dans une bande étroite de quelques dizaines de kilo­mètres carrés, encerclés par le feu et les bombes au phos­phore, des hommes et des femmes à qui on a tout enlevé, sauf leur dignité, leur enra­ci­nement à la terre de leurs ancêtres et leur humanité. Car ces Gha­zaouis n’ont pas perdu ce qui fait l’essence de l’être humain. Et dans le désespoir le plus profond, ils en viennent à l’humour et à la poésie.

D’où, cer­tai­nement, le titre du docu­men­taire, Gaza-​​strophe. Il est à sou­ligner que le rapport Gold­stone – du nom du juge désigné par les Nations unies pour conduire une mission d’établissement des faits à Ghaza – pré­senté devant le Conseil des droits de l’homme des Nations unies, à Genève, le 29 sep­tembre 2009, précise que « la mission conclut que le com­por­tement des forces armées israé­liennes constitue une grave vio­lation de la qua­trième Convention de Genève concernant les meurtres déli­bérés et la volonté de causer de grandes souf­frances à des per­sonnes pro­tégées ». « Elle a aussi découvert que viser direc­tement et tuer arbi­trai­rement des civils pales­ti­niens est une vio­lation du droit à la vie. »

Le rapport cri­tique « la poli­tique déli­bérée et sys­té­ma­tique des forces armées israé­liennes de cibler des sites indus­triels et des ins­tal­la­tions d’eau » et « l’usage de civils pales­ti­niens comme bou­cliers humains ». Concernant les objectifs et la stra­tégie de l’opération mili­taire israé­lienne, la mission a conclu que les stra­tèges mili­taires ont suivi déli­bé­rément une doc­trine impli­quant « l’usage d’une force dis­pro­por­tionnée et sus­citant de gros dégâts et des des­truc­tions de biens et d’infrastructures civils et des souf­frances chez les popu­la­tions civiles ».

Par

 [2]

[1] des pres­sions into­lé­rables sont appli­quées sur la direction de la chaîne pour dépro­grammer ce film qui dérange, parce qu’il dit la vérité sur un mas­sacre, les par­tisans en France de la force brutale israé­lienne contre la popu­lation de Gaza

[2] Voir aussi le NouvelObs :

L’enquête d’Israël sur l’offensive à Gaza n’est pas "impartiale"

Selon Human Rights Watch, l’enquête d’Isarël sur des crimes de guerre qu’auraient commis son armée durant l’offensive à Gaza ne serait pas "impar­tiale et approfondie".L’organisation de défense des droits de l’Homme Human Rights Watch (HRW) a accusé, dimanche 7 février, Israël de n’avoir pas mené une enquête "impar­tiale et appro­fondie" sur des crimes de guerre qu’auraient commis son armée durant l’offensive à Gaza de l’an dernier. "Israël n’a pas montré qu’il entend mener une enquête appro­fondie et impar­tiale sur des allé­ga­tions selon les­quelles ses forces auraient violé les lois de la guerre" durant l’opération "Plomb durci", affirme l’ONG, basée à New York.

Nécessité d’une "enquête indépendante"

L’ONG précise avoir ren­contré le 4 février des juristes de l’armée israé­lienne mais que ceux-​​​​ci ne l’ont pas convaincue que les enquêtes internes de Tsahal sont "impar­tiales et appro­fondies" et qu’elles "concernent les direc­tions poli­tiques et mili­taires dont les déci­sions ont entraîné des morts de civils à l’encontre des lois de la guerre". "Il est crucial de mener une enquête indé­pen­dante pour com­prendre pourquoi autant de civils ont été tués et pour pouvoir pour­suivre les res­pon­sables d’attaques illé­gales", a déclaré un res­pon­sable de HRW, Joe Stork. Les enquêtes internes de l’armée "ont concerné surtout des soldats qui avaient désobéi aux ordres sur les règles d’engagement de l’armée, sans se pré­oc­cuper si ces ordres ne vio­laient pas les lois de la guerre", a-​​​​t-​​​​il estimé.

Saisine de la CPI

L’ONG relève la "mort de 53 civils dans 19 inci­dents au cours des­quels L’armée israé­lienne a appa­remment violé les lois de la guerre". Lancée offi­ciel­lement pour stopper des tirs de roquettes contre Israël, l’offensive a fait du 27 décembre 2008 au 18 janvier 2009 1.400 morts, pour la plupart des civils, côté pales­tinien, selon des sources médi­cales locales, et 13 côté israélien. Le rapport Gold­stone, com­mis­sionné par l’ONU, recom­mande la saisine de la Cour pénale inter­na­tionale (CPI) si Israël et les Pales­ti­niens, accusés de "crime de guerre" voire de "crimes contre l’humanité" durant la guerre, n’annonçaient pas d’ici fin janvier leur intention de mener des enquêtes "cré­dibles" sur la conduite du conflit.http://​tempsreel​.nou​velobs​.com/actu…