Gaza : Les défenseurs des droits de l’Homme en prison ?

Réseau euro-​​méditerranéen des droits de l’Homme, samedi 27 septembre 2008

Le 11 sep­tembre 2008, quatre défen­seurs des droits de l’Homme résidant à Gaza, dont deux lau­réats de prix inter­na­tionaux, ont été empêchés d’aller à Bruxelles pour assister à d’importantes réunions avec leurs homo­logues euro­péens. Depuis le début du siège de Gaza en juin 2007, presque aucun défenseur des droits de l’Homme n’a eu l’autorisation de sortir de la bande de Gaza pour par­ti­ciper à des événe­ments liés aux droits de l’homme.

Le 2 sep­tembre 2008, l’armée israé­lienne a informé Mes­sieurs Issam Younis, Directeur du centre Al Mezan pour les droits de l’Homme, récent lauréat du prix inter­na­tional des droits de l’Homme de Weimar, Mahmoud Abu Rahma, du centre Al Mezan, Raji Sourani, Directeur du centre pales­tinien pour les droits de l’homme, et Iyad Nasr, du Comité inter­na­tional de la croix rouge*, que leurs per­mis­sions de sortir de Gaza avaient été refusées « du fait qu’un voyage à l’étranger était impliqué ». Aucun argument de sécurité n’a été évoqué. Les orga­ni­sa­tions pales­ti­niennes et euro­péennes des droits de l’Homme ont alors demandé à l’Union Euro­péenne et aux Etats Membres d’intervenir pour leur per­mettre de par­ti­ciper à ces événe­ments, où leur pré­sence, en tant que repré­sen­tants de la société civile pales­ti­nienne, était cru­ciale. Le 10 sep­tembre, à la suite d’interventions de plu­sieurs fonc­tion­naires d’Etats Membres de l’UE, les auto­rités israé­liennes décla­raient que deux des quatre demandes avaient été acceptées. En dépit de cet accord officiel, aucune auto­ri­sation néces­saire pour quitter Gaza n’a fina­lement été délivrée.

Israël refuse fré­quemment les demandes de défen­seurs des droits de l’Homme de sortir de Gaza pour assister à des événe­ments, que ce soit en Cis­jor­danie ou à l’étranger, la plupart du temps pour des « raisons de sécurité ». Un motif impos­sible à vérifier étant donné que les pièces uti­lisées par les ser­vices com­pé­tents pour prendre leur décision ne sont pas acces­sibles. Pour sortir la bande de Gaza, une demande doit être soumise deux semaines à l’avance mais même avec les bons docu­ments le pro­cessus reste incertain, en raison de nou­velles règles et pro­cé­dures décidées par les mili­taires israé­liens au dernier moment. De nom­breux défen­seurs des droits de l’Homme ont d’ailleurs réussi à obtenir une auto­ri­sation de sortie dans un premier temps, avant de voir cette même auto­ri­sation rejetée juste après, ce qui rend peu cré­dibles les raisons de sécurité invo­quées par Israël.

Le Réseau Euro-​​Méditerranéen des droits de l’Homme (REMDH), Avocats Sans Fron­tières (ASF) et l’Observatoire pour la pro­tection des défen­seurs des droits de l’Homme (un pro­gramme commun de la fédé­ration inter­na­tionale des droits de l’Homme – (FIDH) et de l’organisation mon­diale contre la torture – (OMCT) condamnent la décision des auto­rités israé­liennes. Elle dénie non seulement le droit de cir­culer librement aux défen­seurs des droits de l’Homme, mais empêche également des membres de la société civile pales­ti­nienne reconnus pour leur indé­pen­dance de faire entendre leurs voix et leurs inquié­tudes dans les forum inter­na­tionaux. Les empêcher de mener à bien leurs travaux librement est inac­cep­table. C’est de plus tota­lement contre-​​productif dans le contexte actuel de conflit et d’instabilité poli­tique dans les Ter­ri­toires Palestiniens.

En accord avec les direc­tives de l’Union Euro­péenne sur des défen­seurs de droits de l’Homme, qui recon­naissent l’importance « d’assurer la sécurité et la pro­tection des défen­seurs des droits de l’Homme”, le REMDH, ASF et l’Observatoire appellent l’UE et ses Etats Membres à :

 Tenir Israël res­pon­sable de ce type d’incident, et de tout autre incident concernant la libre cir­cu­lation des défen­seurs des droits de l’Homme .  Demander à Israël, puisqu’il contrôle le mou­vement des per­sonnes voya­geant à l’intérieur comme à l’extérieur des Ter­ri­toires Pales­ti­niens, d’assurer que des permis soient fournis à chaque fois qu’une demande légitime est pré­sentée par des défen­seurs des droits de l’Homme de Gaza pour mener à bien leurs travaux, et pour leur per­mettre de par­ti­ciper aux confé­rences que ce soit dans les TPO ou à l’étranger, en accord avec les conven­tions internationales.

* Ces per­sonnes avaient été invitées par l’organisation sué­doise Dia­konia et l’organisation belge Avocats Sans Fron­tières (ASF) à par­ti­ciper à une confé­rence sur l’application du droit huma­ni­taire inter­na­tional en ce qui concerne les Ter­ri­toires Pales­ti­niens Occupés (TPO) les 13 et 14 sep­tembre 2008. Elles avaient été également invitées par l’organisation irlan­daise Tro­caire à par­ti­ciper à une session sur son travail sur Israël et les TPO pro­grammée pour avoir lieu entre le 14 et le 19 sep­tembre. En outre, M. Raji Sourani était invité par le Réseau Euro-​​Méditerranéen des droits de l’Homme (REMDH) et la fédé­ration inter­na­tionale des droits de l’Homme (FIDH) pour par­ti­ciper à une délé­gation, com­posée d’organisations israé­liennes et pales­ti­niennes en vue de ren­contrer des fonc­tion­naires de l’UE et de ses Etats Membres.