Gaza ; Leïla Shahid : « Il faut une force internationale »

entretien avec Leila Shahid, lundi 5 janvier 2009

« Une folie obsède la hié­rarchie mili­taire israé­lienne, qui pense que l’on peut écraser le Hamas par la force », regrette Leïla Shahid. Pour stopper les combats entre Israël et le Hamas, la déléguée générale de la Palestine auprès de l’Union euro­péenne exige le déploiement d’une force de pro­tection à Gaza.

LE FIGARO - Après neuf jours de vio­lence, qu’attend l’Autorité pales­ti­nienne de la com­mu­nauté internationale ?

Leïla SHAHID - Les Pales­ti­niens en attendent énor­mément. Ils consi­dèrent que si la com­mu­nauté inter­na­tionale avait réagi plus fer­mement à l’offensive aérienne israé­lienne, qui a duré une semaine, l’État hébreu ne se serait pas permis une offensive ter­restre. Par son silence, le monde a sa part de res­pon­sa­bilité dans le carnage. On l’a encore vu avec la pre­mière prise de position de la pré­si­dence tchèque de l’Union euro­péenne, qui a repris les thèses israé­liennes d’une opé­ration défensive à Gaza. Or cette opé­ration a été pla­nifiée, il y a plus de six mois ; la presse israé­lienne n’en fait pas mystère. Elle est d’une telle envergure qu’elle ne peut pas être une simple réponse à une rupture de cessez-​​le-​​feu. Les Amé­ri­cains, les Euro­péens, mais aussi les États arabes ont le devoir d’assurer un cessez-​​le-​​feu immédiat, l’ouverture des points de passage entre la bande de Gaza et Israël et entre l’Égypte et Gaza, mais aussi l’envoi d’une force de pro­tection inter­na­tionale pour stopper le massacre.

Redoutez-​​vous que l’offensive israélienne ne renforce le Hamas ?

Les buts de guerre affichés par Israël ne sont pas atteints. Les tirs de roquettes conti­nuent, et ils vont s’intensifier, malgré la réoc­cu­pation de Gaza. Le résultat de cette offensive est bel et bien le ren­for­cement du Hamas. Mais aussi un carnage contre la popu­lation civile : c’est elle qui paie le plus lourd tribut aux bom­bar­de­ments. Comment croire que des hôpitaux, un par­lement et une uni­versité soient des cibles mili­taires ? Une folie obsède la hié­rarchie mili­taire israé­lienne, qui pense que l’on peut écraser le Hamas par la force. Je m’élève également contre la pro­pa­gande israé­lienne, selon laquelle cette offensive aurait recueilli une appro­bation tacite de l’Autorité pales­ti­nienne. C’est une supercherie.

La division inter­pa­les­ti­nienne n’a-t-elle pas facilité l’intervention israélienne ?

Jamais un assaut de cette envergure n’aurait pu avoir lieu s’il n’y avait pas eu une fracture entre l’Autorité pales­ti­nienne et le Hamas. Il est temps que nous nous récon­ci­lions. Le dia­logue est abso­lument néces­saire pour la survie de la cause pales­ti­nienne. Et pour cela, nous avons besoin d’une volonté poli­tique interne, bien plus que de l’appui de média­teurs arabes ou autres. Nous devons réa­liser que la tac­tique israé­lienne qui consiste à diviser nos rangs pour mieux régner ne peut qu’amener à notre perte. Depuis dix jours, c’est ce que la société civile nous dit : elle est soudée. Elle sait que les attaques visent tout un peuple, et pas seulement Gaza et le Hamas. Puisse ce drame nous per­mettre enfin de res­souder les rangs pales­ti­niens. La rue veut un gou­ver­nement de coa­lition d’ici aux élec­tions de 2009.

Comment convaincre le Hamas d’accepter des obser­va­teurs inter­na­tionaux dans son bastion de Gaza ?

Étant donné le prix payé par chacune des parties, le Hamas et les Israé­liens auront besoin de cette force de pro­tection. Elle était incluse dans la feuille de route établie, il y a quelques années, par la com­mu­nauté inter­na­tionale. Elle n’a jamais vu le jour : nous en payons le prix, aujourd’hui. Comme après la guerre au Liban, l’été 2006, la tra­gédie de Gaza doit déboucher sur l’envoi d’une force de pro­tection inter­na­tionale, qui assu­rerait à Israël l’arrêt des tirs de roquettes, et aux Pales­ti­niens la recons­truction de tout ce qui a été détruit.