Gaza : Le blocus en histoires (9) : les ambulanciers de Rafah

PCHR (Palestinian Center for Human Rights), samedi 31 mai 2008

Se débattre dans des conditions de travail « misérables »

En même temps que perdure la ter­rible pénurie d’essence qui frappe Gaza, les per­tur­ba­tions des ser­vices de transport public locaux, dont les ambu­lances, per­sistent dans toute la Bande de Gaza. Environ 15% des sevices publics locaux fonc­tionnent à travers Gaza, alors que jusqu’à 90% des voi­tures par­ti­cu­lières sont immo­bi­lisées, et que l’intégralité des 450 stations-​​essence de Gaza restent fermées.

Pour les conduc­teurs d’ambulance, la situation est par­ti­cu­liè­rement frus­trante, alors qu’ils ont vu la demande explosée ces deux der­niers mois, en raison de l’absence quasi-​​totale d’autres solu­tions pour se rendre aux hôpitaux. Dans la ville de Rafah, dans le sud de la Bande de Gaza, il y a 15 ambu­lances pour une popu­lation de plus de 175 000 per­sonnes. Au quartier général régional de la Société du Croissant Rouge pales­tinien, les conduc­teurs d’ambulance sou­lignent que la pénurie d’essence rend leur travail « dif­ficile et misé­rable ». Fawzi Abdul Hadi, à la tête du service ambu­lancier du Croissant Rouge de Rafah, confirme que la pénurie d’essence per­turbe gra­vement le fonc­tion­nement des ser­vices de santé dans le Sud de Gaza. « Nous arrivons à faire rouler nos am bulances, mais nous avons été contraints de limiter nos rota­tions, et nous ne pouvons désormais plus répondre qu’aux cas urgents », dit-​​il.

Les ambu­lan­ciers du Croissant Rouge de Rafah répondent en temps normal à 250-​​300 appels par mois à Rafah et dans ses environs, même si leur charge de travail est par défi­nition dif­fi­ci­lement pré­vi­sible. Mais Fawzi Hadi affirme qu’ils reçoivent main­tenant plus de 350 appels par mois. « Nous ne pouvons pas répondre à tous les appels désormais, car la demande globale a explosé. A côté des urgences, nous trans­férons également régu­liè­rement des patients entre les hôpitaux de la région – et main­tenant nous ne pouvons plus assurer que moins de la moitié des trans­ferts, alors même que nous demandons parfois aux patients trans­férés de par­tager leur ambu­lance pour écono­miser de l’essence. »

Samir Abdul Hamid Akil tra­vaille depuis 5 ans à temps plein en tant qu’ambulancier pour le Croissant Rouge de Rafah. « Nous avons 4 ambu­lances qui roulent toutes au diesel », dit-​​il. « Nous avions pour principe de ne pas rouler à moins d’un demi-​​plein, mais aujourd’hui, bien sûr, nous ne pouvons plus res­pecter ce principe, alors que nous avons en fait besoin de plus d’essence, parce qu’aujourd’hui beaucoup de gens n’ont que l’ambulance pour se rendre à l’hôpital. » Les ambu­lan­ciers du Croissant Rouge de Rafah affirme que cer­taines per­sonnes de la région ont régu­liè­rement utilisé des ânes ou des car­rioles pour se rendre à l’hôpital. « Nous connaissons de nom­breux cas où des per­sonnes ont eu recours à des ânes, des mules ou des cha­riots », dit Fawzi Hadi. « Dans les condi­tions actuelles, il est dif­ficile pour les habi­tants de Gaza de se déplacer tout court ».

Les sanc­tions col­lec­tives contre une popu­lation civile sont illé­gales au regard du droit inter­na­tional des droits de l’homme et du droit inter­na­tional huma­ni­taire, mais depuis bientôt deux ans Israël impose à la Bande de Gaza un blocus para­lysant. Non seulement le blocus israëlien de Gaza prive 1,5 million de citoyens de leur droit fon­da­mental de libre cir­cu­lation, notamment leur liberté de cir­cu­lation pour accéder à des struc­tures médi­cales adé­quates en dehors de la Bande de Gaza, mais en plus il a détruit l’économie et les infra­struc­tures gazaouites, et il continue à per­turber sévé­rement tous les ser­vices de base, notamment l’aide huma­ni­taire et les ser­vices médicaux d’urgence.

Asad Daoud est conducteur d’ambulance à l’hôpital Emi­rates de Rafah. L’hôpital, qui dispose d’une impor­tante unité d’obstétrie, reçoit environ 1800 patients par mois, mais n’a qu’une seule ambu­lance. Il y a dix jours, l’ambulance est tombée en panne d’essence, et le service ambu­lancier a du être tem­po­rai­rement sus­pendu. « La situation est misé­rable », dit Asad Daoud. « Nous avions pour habitude de fournir un service de qualité à nos patients. Mais ces condi­tions sont extrê­mement dif­fi­ciles car nous n’avons pas assez d’essence à Gaza. Je transfère régu­liè­rement des patients à l’hôpital européen de Khan Yunis, qui n’est qu’à 7 kilo­mètres d’ici. Mais aujourd’hui, je n’ai tou­jours pas assez d’essence pour aller jusqu’à l’hôpital européen et revenir ici ». Il affirme que le service ambu­lancier de l’hôpital Emi­rates vit aujourd’hui « au jour le jour ».

Le directeur de l’hôpital, le docteur Khamid Se’am, sou­ligne que l’hôpital Emi­rates n’a pas d’unité de soins intensifs, et a donc besoin d’être en mesure de trans­férer rapi­dement des patients gra­vement malades. « Nous avons plus de 20 nais­sances par jour », dit-​​il, « et si les nouveaux-​​nés ont besoin de soins spé­cia­lisés, nous devons les trans­férer de toute urgence à l’hôpital européen. »

Le directeur du service de maternité de l’hôpital, Saleh Al-​​Hams, réaf­firme que des patients, dont des femmes enceintes, arrivent à l’hôpital à dos d’âne ou en char­rette, mais sou­ligne que tous les rouages du système de soins de Gaza sont touchés. « Les patients viennent désormais à l’hôpital comme ils le peuvent », dit-​​il. « Nous ren­con­trons des pro­blèmes pour trans­férer les patients, pour récu­pérer des réserves de sang de secours, et pour envoyer nos doc­teurs à l’extérieur pour répondre à des appels d’urgence.

Le fait est que ce sont les vies des patients de Gaza qui sont mises en danger. »