Gaza. Israël viole les droits de l’homme, l’UE applaudit

Pierre Barbancey, vendredi 2 janvier 2009

Alors que la popu­lation de l’étroite bande de terre reste sous le feu intense de l’armée israé­lienne, les ministres euro­péens ren­voient tout le monde dos à dos.

Les ministres des Affaires étran­gères de l’Union euro­péenne (UE) étaient réunis [le 30 décembre], à Paris, « pour exa­miner en urgence la situation au Proche-​​Orient, vu (sic) la gravité des événe­ments récents », selon le site du Quai d’Orsay. Si l’on en croit les décla­ra­tions récentes du ministre français Bernard Kouchner, l’urgence est à « l’arrêt des vio­lences et au retour à la trêve ». Très bien. Mal­heu­reu­sement, la lecture par l’UE des événe­ments et de ce qui a conduit à ce qu’il faut bien appeler un mas­sacre de la popu­lation de Gaza ne laisse pas d’étonner. Selon Kouchner, la trêve a été « rompue par les tirs de roquettes effectués depuis la bande de Gaza sur le ter­ri­toire d’Israël », ce qui a le mérite de dédouaner Israël et d’expliquer la sau­va­gerie des bom­bar­de­ments sur Gaza. Parmi les 26 autres membres de l’Union euro­péenne, pas une tête ne dépasse. Tout le monde est, au minimum, aligné sur cette thèse.

Les mêmes omettent sciemment d’expliquer que la trêve, décrétée uni­la­té­ra­lement par le Hamas pour une durée de six mois, visait à obtenir la levée du blocus de la bande de Gaza qui tue les Pales­ti­niens à petit feu. Il suffit de consulter encore une fois le site du ministère français des Affaires étrangères (www​.diplo​matie​.gouv​.fr) pour constater que rien ne s’est produit. On y lit en effet (données datant du mois de juin, la situation s’est encore dégradée depuis) : « Le blocage de la bande de Gaza interdit toute expor­tation et entraîne la dévi­ta­li­sation de l’économie. Les seuls échanges com­mer­ciaux auto­risés consistent en l’importation de pro­duits ali­men­taires. De nom­breux entre­pre­neurs ont quitté Gaza pour la Cis­jor­danie et l’Égypte.

Israël ne pourra pas éradiquer le Hamas

Sur l’ensemble des ter­ri­toires pales­ti­niens, les deux tiers des ménages se situent sous le seuil de pau­vreté (…) Les prix ont évolué encore plus for­tement dans la bande de Gaza : + 10 % depuis juillet 2007 contre + 5,7 % pour la Cis­jor­danie (source : Pales­tinian Central Bureau of Sta­tistics). L’augmentation du niveau des prix à Gaza s’explique par la pénurie de biens et de pro­duits importés (…). Depuis l’application du blocus par Israël, le 28 octobre 2007, et en dépit des quelques journées de rupture de ce blocus en janvier 2008, la situation huma­ni­taire à Gaza s’est très sérieu­sement aggravée (…). De nom­breux patients affectés de maladies graves se sont vu refuser le droit de sortir de Gaza au point de mourir avant d’avoir pu se faire soigner en Cis­jor­danie ou en Israël. » Il fau­drait encore y ajouter les dizaines de Pales­ti­niens tués qui ne sont pas le résultat de tirs de roquettes mais bien celui de l’occupation israé­lienne. Que la branche la plus dure du Hamas, qui aurait bien voulu se passer d’une trêve, se réjouisse main­tenant, c’est une évidence. C’est sans doute ce que cherche Israël, qui sait per­ti­nemment qu’elle n’éradiquera pas le Hamas et que les tirs de roquettes se pour­sui­vront de plus belle, comme on peut le constater en ce moment.

Il y a d’autant moins à attendre des ministres des Affaires étran­gères qu’ils savaient per­ti­nemment qu’Israël pré­parait une inter­vention, comme le révèle dans ces colonnes l’eurodéputée socia­liste belge Véro­nique de Kayser (lire en page « Tribune/​Idées »). On pourrait également s’interroger sur le rôle de l’envoyé spécial de l’Union euro­péenne au Proche-​​Orient, un certain Tony Blair. Ancien premier ministre de la Grande-​​Bretagne (dont le rôle en tant que puis­sance man­da­taire sur la Palestine jusqu’en 1947 explique en partie l’impasse actuelle), il n’avait, à ce poste, rien tenté pour per­mettre la création d’un État pales­tinien et n’avait pas non plus cherché à faire appliquer les réso­lu­tions de l’ONU (sauf s’agissant de l’Irak). Il ne fait guère mieux dans son nouveau job.

Prague plus atlantiste encore

Nicolas Sarkozy en revanche, qui n’a eu de cesse de rap­procher la France d’Israël depuis qu’il est arrivé au pouvoir, peut se ras­surer : la pré­si­dence de l’UE qu’il aban­donne à la Répu­blique tchèque sera, à partir de demain, en de bonnes mains (si le critère d’appréciation est l’alignement atlan­tiste). Le ministre tchèque des Affaires étran­gères, Karel Schwar­zenberg, sou­tient tota­lement l’offensive israé­lienne. Il a d’ores et déjà fait savoir qu’un de ses pre­miers dos­siers sera le rehaus­sement (ajourné par le Par­lement européen pour cause de situation à Gaza) du statut d’Israël au sein de l’Europe. Il espère enfin orga­niser le premier sommet UE-​​Israël au cours des six pro­chains mois. De quoi satis­faire et ren­forcer les diri­geants israé­liens dans leur impunité et leur mépris de la com­mu­nauté inter­na­tionale. « Je n’accepte pas les appels à un cessez-​​le-​​feu conjoint. Comment peut-​​on com­parer Israël au Hamas ? » a déjà fait savoir Tzipi Livni, ministre israé­lienne des Affaires étran­gères et peut-​​être future premier ministre, sans un mot pour les femmes et les enfants pales­ti­niens tués par ses ordres.